Le nombre d’expositions en cours est si important qu’il nous est impossible de consacrer un article de fonds à toutes celles que nous avons vues.
Certaines se terminant bientôt, il serait dommage de ne pas en parler du tout. Nous ferons donc ici une critique rapide de plusieurs manifestations que vous pouvez encore visiter jusqu’en janvier [1].
Titien, Tintoret, Véronèse... Rivalités à Venise
Paris, Musée du Louvre, du 17 septembre 2009 au 4 janvier 2010.
Le succès public de l’exposition du Louvre est pleinement mérité. Si l’on peut trouver le titre un peu accrocheur et quelque peu excessif (les rivalités entre les peintres ont toujours existé et n’étaient certainement pas pire à Venise au XVIe siècle qu’elles ne l’étaient à Paris ou à Rome au XVIIe), le choix des œuvres, leur accrochage et les confrontations auxquelles il donne lieu méritent tous les éloges, d’autant que le lieu, nous avons plusieurs fois l’occasion de le dire, n’est pas idéal pour ce type de rétrospective.
Le catalogue, constitué de plusieurs essais logiquement reliés entre eux, est à la fois abordable pour le grand public tout en ne renonçant pas à une véritable exigence scientifique. La manière dont les œuvres exposées sont insérées dans les textes compense quelque peu l’absence néanmoins regrettable de notices.
Sous la direction de Vincent Delieuvin et Jean Habert, Titien, Tintoret, Véronèse. Rivalités à Venise, Hazan, 2009, 480 p., 42 €. ISBN : 9782754104050.
Renoir au XXe siècle
Paris, Galeries Nationales du Grand Palais, du 23 septembre 2009 au 4 janvier 2010 ; Los Angeles, County Museum of Art, du 14 février au 9 mai 2010 ; Philadelphie, Museum of Art, du 17 juin au 6 septembre 2010.
Il est difficile de parler objectivement d’une rétrospective d’un artiste que l’on n’aime pas. Si Renoir n’est, décidément, pas un excellent peintre, Renoir au XXe est peut-être encore moins bon que pendant sa période Impressionniste. On s’abstiendra donc de critiquer ici cette exposition dont le sérieux ne peut être remis en cause.
Il faut en effet souligner le travail effectué par les commissaires, notamment dans la rédaction du catalogue, qui restera certainement un ouvrage de référence pour qui s’intéresse à ce sujet.
Collectif, Renoir au XXe siècle, Editions de la Réunion des Musées Nationaux, 2009, 440 p., 49 €. ISBN : 9782711855872.
L’Ecole de la Liberté. Etre artiste à Paris 1648-1817
Paris, Ecole des Beaux-Arts, du 24 octobre 2009 au 10 janvier 2010.

1. Anonyme
Torchère
Bois doré - 175 x 54 cm
Paris, Ecole nationale
supérieure des Beaux-Arts
Photo : ENSBA
Régulièrement, l’Ecole des Beaux-Arts organise des expositions uniquement à partir de ses collections. Celles-ci sont en effet presque inépuisables. Outre les dessins, présentés par roulement dans le cabinet Jean Bonna, l’institution conserve une grande partie des tableaux et sculptures provenant des académiciens (morceaux de réception) ou des élèves (concours de figures, concours d’esquisses, Prix de Rome...), ainsi que certains vestiges du Musée des Monuments Français. Il possède aussi du mobilier provenant de l’ancienne Académie Royale de Peinture et de Sculpture dont quelques éléments sont présentés ici. On pourra ainsi admirer quatre paires de torchères anciennement attribuées à Jean Lepautre (ill. 1).
L’objectif de cette manifestation est de conter l’histoire de l’Académie et la manière dont les artistes y ont travaillé en bénéficiant, paradoxalement, d’une liberté réelle de création. Faute d’avoir eu le temps de lire le beau catalogue (qui possède, on se plaira à le souligner, à la fois des essais et des notices replaçant les œuvres dans la problématique traitée), nous nous contenterons de signaler la muséographie assez réussie et, surtout la présentation d’œuvres particulièrement mal connues dont certaines ont pu être restaurées à cette occasion.

2. Félix Lecomte (1737-1817)
L’Eucharistie
Terre cuite - 56 x 77 cm
Paris, Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts
Photo : ENSBA
Plusieurs sculptures méritent d’être signalées : un très beau bas-relief en cire de Pierre-François-Grégoire Giraud [2], exposé à côté d’une fonte en bronze du même modèle donnée par Edouard Gatteaux, ainsi qu’une série de terres cuites, également en bas-relief, de Félix Lecomte représentant Les Sept Sacrements (ill. 2). Cet ensemble inédit, est habituellement présenté sur les murs de la chapelle mais était très sale et presque invisible. La restauration de ces œuvres et leur présentation permettent de les découvrir dans toute leur splendeur.
Parmi les autres plaisirs que procure cette exposition, on notera également une section consacrée au Concours de la demi-figure qui permet de voir côte à côte de nombreuses toiles exécutées pour cette épreuve. Si celle d’Ingres est évidemment bien connue et fréquemment présentée, cette accumulation de figures imposées témoigne des qualités des élèves de l’Académie, même des moins connus d’entre eux. Particulièrement remarquable, par exemple, est la figure d’étude peinte par Jean-Baptiste-François Desoria (ill. 3), qui représente le modèle dans la position d’un Saint-Jérôme, portant une pierre et méditant sur un crâne.

3. Jean-Baptiste-François Desoria (1758-1832)
Torse
Huile sur toile - 100 x 81 cm
Paris, Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts
Photo : ENSBA
Ce type d’exposition, beaucoup trop courtes (pourquoi ne l’ouvrir que pendant deux mois et demi à peine alors que toutes les œuvres appartiennent à l’Ecole ?), fait regretter l’absence de salles d’expositions permanentes dans cette institution.
Sous la direction d’Anne-Marie Garcia et d’Emmanuel Schwartz, L’Ecole de la liberté. Etre artiste à Paris 1648-1817, Beaux-arts de Paris les éditions, 2009, 343 p, 40 €. ISBN : 9782840563150.
Brueghel-Memling-Van Eyck. La collection Brukenthal
Paris, Musée Jacquemart-André, du 11 septembre 2009 au 11 janvier 2010
La bonne idée de cette exposition est de faire mieux connaître un musée, celui de Sibiu en Roumanie, longtemps inaccessible puisqu’il avait été réquisitionné par Ceaucescu au temps de la dictature communiste. Une partie des œuvres étaient alors accrochées dans sa résidence à Bucarest.
Il est dommage cependant que le choix des œuvres (quarante-cinq sur les 1200 conservées par le musée) n’ait pas été plus strict du point de vue qualitatif. La sélection est en effet inégale, qui va du chef-d’œuvre absolu (le Jan van Eyck) à des tableaux sans grand intérêt (certaines natures mortes décoratives). Les rares œuvres italiennes présentées souffrent du même reproche : un très beau Lorenzo Lotto jouxte un Titien plutôt médiocre.
Sous la direction de Jan de Maere et Nicolas Sainte-Fare-Garnot, Brueghel-Memling-Van Eyck. La collection Brukenthal, Fonds Mercator, 2009, 192 p., 49,95 €. ISBN : 9789061539056.
Souvenirs d’Italie. Chefs-d’œuvre du Petit Palais 1600-1850
Paris, Musée de la Vie Romantique, du 29 septembre 2009 au 17 janvier 2010


4. Hubert Robert (1733-1808)
Laocoon
Huile sur toile - 280 x 132 cm
Paris, Hôtel de Ville
Photo : FMAC
L’intérêt de cette exposition, si l’on excepte la présentation de gravures et de dessins par la force des choses non exposés en permanence au Petit Palais, réside essentiellement dans la redécouverte d’un important ensemble de tableaux d’Hubert Robert déposés depuis le XIXe siècle à l’Hôtel de Ville (ill. 4).
Ces huit grandes toiles avaient été commandées en 1790 par Beaumarchais pour le salon de son hôtel particulier, aujourd’hui détruit, qui se trouvait entre les n° 2 et 20 de l’actuel boulevard Beaumarchais. Entre 1818, date de l’achat de cet édifice par la Ville de Paris et 1826, date de sa démolition, le décor d’Hubert Robert est transporté à l’ancien Hôtel de Ville où il connaît diverses vicissitudes avant d’être accroché sous le Second Empire dans la galerie des Marbres. Ayant réchappé à l’incendie de 1871, il rejoint en 1883 le nouvel édifice abritant la municipalité mais les éléments ne seront plus jamais réunis jusqu’à ce jour. Deux d’entre eux sont déposés au Petit Palais en 1902 (L’Hercule Farnèse et La Villa Médicis) tandis que les six autres toiles sont installées, en 1911, dans les appartements privés du préfet avant d’être disposées récemment dan un espace de réception de l’Hôtel de Ville.
La présentation de ces huit œuvres au Musée de la Vie Romantique démontre l’importance de l’ensemble et la nécessité de le conserver réuni et visible par le public. Il faut donc souhaiter - ce qui semble d’ailleurs se profiler - qu’il soit entièrement déposé au Petit Palais. A condition toutefois que ce musée puisse l’exposer sans pour autant reléguer en réserves d’autres tableaux. Suggérons à cet effet que l’immense galerie à droite de l’entrée soit enfin utilisée pour présenter les collections permanentes plutôt que pour servir d’espace de réception.
Sous la direction de Daniel Marchesseau, Souvenirs d’Italie. Chefs-d’œuvre du Petit Palais. 1600-1850, Editions Paris Musées, 2009, 160 p., 30 €. ISBN : 9782759601073.
Tableaux flamands et hollandais du Musée des Beaux-Arts de Rouen
Paris, Institut Néerlandais, du 19 novembre 2009 au 24 janvier 2010
La Fondation Custodia poursuit son entreprise de présentation des collections nordiques des musées de province. Après Quimper (1987), Lyon (1991) et Montpellier (1998), c’est au tour de Rouen de montrer quelques-uns de ses plus beaux tableaux hollandais et flamands dans les salle de l’Institut Néerlandais.
S’il ne s’agissait que de cela, l’événement serait de peu d’importance et sans doute discutable. Si l’on veut voir les peintures de Rouen, ne faut-il pas mieux se rendre dans cette ville ? Mais l’opération se justifie car elle permet la publication d’un catalogue exhaustif. Conseillons donc à ceux qui ne connaîtraient pas bien ce fonds de se rendre rue de l’Université avant la fermeture de l’exposition, et concentrons-nous sur la publication qui l’accompagne.
Une grande partie des œuvres est étudiée de manière approfondie et très documentée, mais d’autres sont rejetées dans une partie catalogue sommaire, sans notices (ou avec des notices trop courtes) et reproduites à l’aide d’images médiocres et de très petite taille. Si ce traitement différencié peut se justifier pour les tableaux réellement de second ordre, ce n’est pas tout à fait le cas ici puisque des Jan van Goyen, des Otto van Veen ou même le Gerard David font partie de cette section sommaire. Même la belle redécouverte d’un Willem Key (Portrait d’homme) nouvellement attribué pourrait ainsi passer inaperçu.
Si l’on excepte cette critique, le catalogue raisonné lui-même est exemplaire, proposant des notices détaillées et faisant le point sur les connaissances actuelles. On notera deux nouvelles identifications outre celle du Key : La Décollation de saint Jean-Baptiste (cat. 24) est attribuée ici pour la première fois à Adriaen Thomasz. Key, artiste qui fut seulement l’élève de Willem Key dont il reprit à la fois l’atelier et le nom ; Le Tour de cartes (cat. 31) : ce tableau était jusqu’ici attribué à Judith Leyster et est maintenant rendu à Jan Miense Molenaer.

5. Ecole flamande, 1621
Jeune femme sur son lit de mort
Huile sur toile - 82 x 100 cm
Rouen, Musée des Beaux-Arts
Photo : Rouen, Musée des Beaux-Arts
On remarquera la spécificité de la collection rouennaise. De grande qualité mais peu riche en très grands noms, elle permet en revanche de découvrir certains artistes mal connus ou rares (Hendrick van Minderhout, Anna Ruysch...) parfois même dans les musées de leur pays d’origine.
On conclura cette revue sur deux très beaux tableaux qui demeurent dans un anonymat irritant. Le premier, bien connu et sans doute flamand, représente le portrait d’une jeune femme sur son lit de mort (ill. 5) ; le second est un Saint Paul, peut-être dû à un caravagesque hollandais, a été attribué tantôt à Jacob Backer, tantôt à Lambert Jacobsz. et même, récemment, à Jan Lievens. Aucun de ces noms ne paraît cependant convenir.
Diederik Bakhuÿs, Jasper Hillegers, Cécile Tainturier, Koenraad Jonckheere, Tableaux flamands et hollandais du musée des Beaux-Arts de Rouen, Fondation Custodia, 2009, 277 p. ISBN non précisé.

