Plusieurs galeries présentent actuellement des expositions de peintures anciennes qui complètent admirablement le beau rassemblement d’œuvres que propose le salon Paris-Tableau au Palais de la Bourse (voir l’article).

1. Jusepe Leonardo (1601-1652)
Saint Jean-Baptiste, vers 1635-1640
Huile sur toile - 185 x 111 cm
Paris, galerie Terradès
Photo : Galerie Terradès

2. Vicente López Portaña (1772-1850)
Apollon et les Muses, vers 1800
Huile sur toile - 52 x 50,5 cm
Paris, galerie Terradès
Photo : Galerie Terradès
Nous commencerons cette revue par la galerie Terradès1 dont le sujet, la peinture espagnole, n’est pas si fréquent. Les peintures ibériques de qualité sont rares sur le marché, et encore davantage en France. Pour cette raison, les amateurs ne rateront pas ce bel accrochage, dont nous retiendrons un grand Saint Jean-Baptiste de Jusepe Leonardo, un artiste actif à Madrid dans le second quart du XVIIe siècle. Ce tableau est proche d’une œuvre conservée à la National Gallery d’Ottawa. La composition est en revanche complète, contrairement au tableau canadien qui est coupé en bas.
On signalera aussi dans cette exposition un Saint François d’Assise recevant les stigmates de Mariano Salvador Maella, aux beaux coloris pastels, ainsi que plusieurs esquisses parmi lesquelles on distinguera celle, admirable, de Vicente López Portaña (ill. 2). Certes l’œuvre, avec sa fougue baroque, n’a rien de novateur puisqu’elle est peinte en 1800, en pleine période néoclassique. Mais le plaisir de peindre que laisse transparaître ce petit chef-d’œuvre emporte toutes les réserves.

3. Eugène Delacroix (1789-1863)
Peintre sur le motif dans l’abbaye de Valmont, 1831
Huile sur toile - 47 x 38 cm
Paris, galerie de Bayser
Photo : Galerie de Bayser

4. Louis Carrogis, dit Carmontelle (1717-1806)
Transparents : promenade dans un parc
Aquarelle gouachée, plume et encre noire sur
17 feuilles de papier Whatmann - 1300 cm
Boite avec le mécanisme permettant
de lire le transparent
Paris, galerie de Bayser
Photo : Galerie de Bayser
Une autre exposition, galerie de Bayser2, qui mêle tableaux et dessins, nous semble particulièrement importante. Il s’agit plus justement d’une double exposition. La première révèle un ensemble d’œuvres d’Eugène Delacroix provenant directement des descendants d’un cousin de l’artiste. Parmi celles-ci, on retiendra notamment une toile représentant un peintre (peut-être Delacroix lui même) dessinant dans les ruines de l’abbaye de Valmont (ill. 3), où habitait son cousin Bataille, et qui fascina le peintre qui y fit plusieurs séjours. Plusieurs autres aquarelles présentées ici représentent également ces ruines romantiques.
La seconde mêle œuvres anciennes et XIXe. Parmi celles-ci, l’objet incontestablement le plus fascinant est un Transparent complet de Carmontelle (ill. 4), avec sa boite d’origine (une rareté absolue). Rappelons que les transparents sont des gouaches sur papier transparent éclairées par l’arrière, que l’on tourne avec une manivelle afin d’en voir l’ensemble défiler, un peu comme un ancêtre du cinéma. On signalera également un tableau d’Ingres, acheté en vente publique, que la restauration a littéralement transformé. Cet Arétin et l’envoyé de Charles Quint est un pendant de L’Arétin chez le Tintoret du Metropolitan Museum.

5. Jacob Jordaens (1593-1678)
Les quatre évangélistes et la Vierge à l’enfant
Huile sur toile - 118,3 x 155,5 cm
Paris, galerie Alexis Bordes
Photo : Galerie Alexis Bordes

6. Gortzius Geldorp (1553-1619)
Sainte Marie-Madeleine en prière
Huile sur panneau - 54,3 x 44,5 cm
Paris, galerie Alexis Bordes
Photo : Galerie Alexis Bordes
Chez Alexis Bordes3, dont l’exposition n’est pas thématique (et pour une fois sans catalogue), on verra pourtant plusieurs toiles importantes dont un très beau Jacob Jordaens daté assez tôt dans sa carrière, représentant Les quatre évangélistes et la Vierge à l’enfant (ill. 5). L’œuvre est prudemment présentée comme peinte avec la participation de l’atelier mais pourrait bien, compte tenu de sa qualité, être pleinement autographe.
La renommée d’un artiste n’est parfois pas proportionnelle à la beauté de ses œuvres. Ainsi, nous confessons n’avoir jamais entendu parler auparavant de Gortzius Geldorp, un peintre originaire de Louvain, dont une Sainte Marie-Madeleine en prière (ill. 6) est également proposée chez Alexis Bordes. L’œuvre ne déparerait pas les murs d’un musée.

7. Jean Jouvenet (1644-1717)
Saint Paul apôtre
Huile sur toile - 78,5 x 64 cm
Paris, Boquet et Marty de Cambiaire
Photo : Boquet et Marty de Cambiaire

8. Julie Forestier (1782-après 1843)
Le médecin Philippe Pinel et sa famille, 1807
Huile sur toile - 146 x 114 cm
Paris, Boquet et Marty de Cambiaire
Photo : Boquet et Marty de Cambiaire
Place Vendôme, Boquet et Marty de Cambiaire4 organisaient leur seconde exposition. Après les dessins, des peintures. Et toujours la même qualité, que nous avions signalée lors du premier accrochage. Ceci est vrai de Claude Vignon avec un Saint Paul Ermite, de Jean Jouvenet qui peint un Saint Paul apôtre (ill. 7) ou encore de Hyacinthe Rigaud et de son portrait de Jean-Baptiste Magnanis. On signalera également une Allégorie de la force ou de la vertu invincible par Antoine Rivalz ainsi qu’un passionnant portrait du Médecin Philippe Pinel et de sa famille par Julie Forestier (ill. 8). On sait que cette femme peintre fut un temps fiancée à Ingres avant que celui-ci ne rompe son engagement. Ses tableaux sont rares et la réapparition de cet important portrait inédit, représentant un célèbre psychiatre qui fit beaucoup pour la reconnaissance de la folie comme une maladie, est une découverte importante pour l’histoire de l’art.

9. Michele Tosini, dit Michele di Ridolfo del Ghirlandaio
(1503-1577)
L’Aurore, vers 1564
Huile sur panneau - 46,5 x 70,4 cm
Paris, galerie Mendes
Photo : Galerie Mendes

10. Isidoro Bianchi (1581-1662)
Mercure lié par Cupidon sur l’ordre de Vénus,
vers 1610/1630
Huile sur toile - 150,5 x 173 cm
Paris, galerie Mendes
Photo : Galerie Mendes
Si l’on se rend maintenant rue de Penthièvre, on trouvera face à face deux expositions thématiques, l’une autour de la nudité (galerie Mendès), l’autre plus surprenante sur la barbe dans la peinture (chez Maurizio Nobile).
Chez le premier5, on retiendra deux très beaux tableaux. L’un, L’Aurore (ill. 9), date des environs de 1564 et est dû au pinceau de Michel Tosini, dit Michele di Ridolfo del Ghirlandaio. Un nom à rallonge qui s’explique car celui-ci était l’élève de Ridolfo Ghirlandaio (le fils de Domenico). Cette figure est inspirée presque directement par L’Aurore de Michel-Ange, dont elle semble une traduction en peinture. Une autre version, avec de nombreuses variantes, est conservée dans la Galleria Colonna à Rome.
Un autre tableau est encore plus surprenant (ill. 10), montrant que le maniérisme se prolonge parfois tard dans le XVIIe siècle. L’œuvre fut peinte vers 1610-1630 par Isidoro Bianchi, un artiste originaire de Campione, près de Côme, qui fit une partie de sa carrière à Prague. Cela explique aussi bien son style que son iconographie, extrêmement rare, qu’on ne semble retrouver que dans une gravure de Lucas Kilian d’après Bartolomeus Spranger.

11. Alessandro Turchi, dit l’Orbetto (1578-1649)
Saint Jean l’Evangéliste
Huile sur toile - 97,7 x 72,3 cm
aris, galerie Maurizio Nobile
Photo : Galerie Maurizio Nobile

12. Nicolas Tournier (1590-1639)
Le Roi Midas
Huile sur toile - 71 x 54 cm
Paris, galerie Maurizio Nobile
Photo : Galerie Maurizio Nobile
Chez Maurizio Nobile donc6, la barbe est un prétexte (qui donne lieu à un long essai dans le catalogue par Laura Marchesini). Un prétexte, car aucun attribut n’est mieux partagé que celui-ci dans la peinture, la plupart des héros, des prophètes, des saints et des dieux en étant affublé. Faire l’histoire de la barbe en peinture, c’est un peu faire l’histoire de la peinture elle même.
Des nombreux tableaux accrochés, on retiendra plusieurs beaux inédits : un Portrait de gentilhomme par Leandro Bassano, un Saint Jean l’Evangéliste par Alessandro Turchi (ill. 11) ou un Roi Midas caravagesque en profil perdu, (ill. 12) donné à Nicolas Tournier. Quelques sculptures sont aussi présentées dont un très intéressant Guillaume Tell par un italien de la fin du XIXe siècle, Antonio Soldini (1854-1933).

13. Etienne Parrocel (1696-1777)
Assomption de sainte Jeanne de Chantal
Huile sur toile - 38 x 24 et 38 x 29 cm
Paris, Franck Baulme Fine Arts
Photo : Franck Baulme Fine Arts
Rue Sainte-Anne, Emeric Hahn7 présente des tableaux, notamment de Jacques Gamelin dont il est un des spécialistes, tandis que sa galerie est en grande partie occupée par Franck Baulme, un collectionneur qui se lance dans le grand bain du marché, et qui montre une paire d’esquisses d’Etienne Parrocel (ill. 13), sans doute préparatoires pour un même tableau représentant une Assomption de sainte Jeanne de Chantal, un beau tableau caravagesque anonyme représentant Saint Pierre et saint Paul ou encore un portrait de Hyacinthe Rigaud.

14. Girolamo Genga (1476-1551)
Vierge à l’enfant avec saint Jean-Baptiste et un moine
Huile sur toile - 108 x 92 cm
Pagliari Fine Arts
Photo : Pagliari Fine Arts

15. René Dudot (connu de 1640 à 1659)
Allégorie de la Méditation
Huile sur toile - 62 x 50 cm
Paris, galerie Ratton-Ladrière
Photo : Galerie Ratton-Ladrière
Si elle ne propose pas de catalogue contrairement aux autres, la galerie Ladrière8 montre également des tableaux anciens, tout en accueillant une galeriste italienne, Francesca Pagliari.
Celle-ci présente notamment une importante toile de Girolamo Genga, un artiste assez rare, représentant une Sainte Famille avec saint Jean-Baptiste (ill. 14) et une Mort de Cléopâtre de Michele Desubleo, le frère de Nicolas Régnier (dont on pouvait voir une œuvre à Paris-Tableau chez Bob Haboldt).
Appartenant à la galerie Ladrière, on signalera surtout deux petites toiles d’un artiste du XVIIe siècle originaire de Rouen, que l’on ne voit d’ailleurs à notre connaissance que dans cette ville et dont le musée des Beaux-Arts ne conserve que des grands formats. Ce peintre dont on voit passer peu d’œuvres est René Dudot (ill. 15).

16. Johann Jakob Frey (1813-1865)
Caravane prise dans le Simoun devant les pyramides de Gizeh, 1850
Huile sur toile - 55,5 x 66,5 cm
Lyon, galerie Michel Descours
Photo : Galerie Michel Descours

17. Markus Simeon Larsson (1825-1864)
Paysage de fjord, vers 1858/1860
Huile sur toile - 71 x 82 cm
Lyon, galerie Michel Descours
Photo : Galerie Michel Descours
A Lyon, la galerie Michel Descours9 présente également en ce moment une exposition de peintures anciennes et XIXe consacrée aux paysages. Nous ne l’avons pas vue, mais nous en avons consulté le catalogue. Parmi toutes les œuvres présentées, on retiendra parmi de nombreux français (dont plusieurs Lyonnais) un ensemble de paysages romantiques par des artistes germaniques et scandinaves dans la suite de Friedrich.
Ainsi, une Caravane prise dans le Simoun devant les pyramides de Gizeh (ill. 16) est particulièrement fascinante. Le soleil brille à peine à travers cette tempête de sable contre laquelle hommes et chevaux semblent lutter en vain pour ne pas sombrer. L’auteur de cette peinture, Johann Jakob Frey, est originaire de Bâle. Une autre œuvre, par Markus Simeon Larsson, bien que montrant une scène beaucoup plus calme (ill. 17), est peinte également dans des tons mordorés qui suffisent à transformer un paysage en un lieu fantastique qui peut évoquer une atmosphère de fin du monde.
On conclura enfin ce parcours essentiellement parisien, après ce détour lyonnais, par des dessins.

18. Ernest Duez (1843-1896)
Paysage de bord de mer en Normandie, vers 1880
Pastel - 49 x 60,5 cm
Paris, Etienne Bréton et Pascal Zuber
Photo : E. Bréton et P. Zuber

19. Albert Bussy, dit Simon Bussy (1870-1954)
Shama, Inde, vers 1930
Pastel - 25,7 x 22,1 cm
Paris, Etienne Bréton et Pascal Zuber
Photo : E. Bréton et P. Zuber
Des pastels d’abord, exposés chez Etienne Bréton10 en collaboration avec Pascal Zuber. Deux Bords de mer sont dus à Edgar Degas, mais un autre Paysage de bord de mer par le beaucoup moins connu Ernest Duez n’est pas d’une qualité vraiment inférieure (ill. 18). Le pastel, curieusement, est un média qui doit inspirer les peintres. Ainsi, Paul Helleu, artiste très inégal, réalise un Portrait de femme de profil d’une monumentalité singulière. Quant à Emile Schuffenecker, ses Falaises en Normandie, presque abstraites, en bleu et vert, témoignent d’une grande économie de moyens qui aboutit pourtant à un résultat très séduisant.
On admirera aussi plusieurs œuvres de Simon Bussy, des animaux étranges et stylisés aux associations colorées surprenantes (ill. 19). Quant à Nicolas Schwed, dans les mêmes locaux, il présente une amusante exposition de dessins miniatures où l’on trouve cependant des noms connus. Un catalogue miniature accompagne, comme il se doit, cet accrochage.

20. Hubert Robert (1733-1808)
Soldats romains devant des ruines, vers 1760/1765
Sanguine - 37 x 28,8 cm
Paris, galerie Didier Aaron
Photo : Galerie Didier Aaron

21. Friedrich Reclam (1734-1774)
Temple de Vesta vu de la grotte de Neptune, vers 1760
Sanguine - 36 x 23 cm
Paris, galerie Didier Aaron
Photo : Galerie Didier Aaron
La galerie Aaron11 enfin, qui participe à Paris-Tableau, a choisi en effet dans sa galerie de jouer le contre-pied en montrant un superbe ensemble de sanguines, essentiellement du XVIIIe siècle. Tous les grands noms sont présents, à l’exception de Watteau et Fragonard. Mais Hubert Robert (ill. 20) et Edme Bouchardon sont représentés par plusieurs feuilles, tandis que Natoire, Suvée, Greuze, Trinquesse ou Carmontelle sont également exposés. On notera la récente attribution à Friedrich Reclam, par Nicolas Lesur, d’un Temple de Vesta vu de la grotte de Neptune (ill. 21).`

22. Antonin Moine (1796-1849)
Le Paradis terrestre
Fusain et rehauts de craie blanche - 43 x 55,5 cm (vue)
Paris, galerie Christine Béthenod
Photo : Christine Béthenod
On conclura sur une dernière feuille, une œuvre romantique assez rare puisqu’il s’agit d’un dessin de paysage par le sculpteur Antonin Moine (ill. 22), présenté par la galerie Christine Béthenod12 rue Sainte-Anne.
