Plusieurs acquisitions récentes du Musée Fabre


31/1/17 - Acquisitions - Montpellier, Musée Fabre - Rennes, Orléans, et bien sûr Montpellier. Voici trois des musées français les plus actifs dans tous les domaines, notamment dans celui des acquisitions et il nous est bien difficile de les suivre au jour le jour tant les achats ou les dons sont nombreux. Nous allons donc publier successivement plusieurs enrichissements de chacune de ces villes, sachant que nous ne serons toujours pas à jour puisque nous savons que d’autres achats ou dons sont déjà effectués ou en cours ! Nous commencerons donc par Montpellier avec plusieurs tableaux.


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1. Jean de Troy (1638-1691)
Saint Pierre et saint Jean guérissant le paralytique, 1687
Huile sur toile - 119 x 96 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : F. Jaulme/Musée Fabre
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2. Jean de Troy (1638-1691)
Saint Pierre et saint Jean guérissant le paralytique, 1687-1691
Huile sur toile - 600 x 470 cm
Montpellier, cathédrale Saint-Pierre
Photo : Inventaire Pyrénées-Méditerrannée
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La première toile dont nous parlerons est du peintre toulousain Jean de Troy, qui vint s’installer à Montpellier où il fut directeur de l’École de Peinture. L’esquisse acquise par Fabre (ill. 1) est de première importance, pas uniquement car elle permet de compléter la représentation de cet artiste dont le musée possédait seulement des portraits, mais parce que ce tableau prépare une commande majeure pour la cathédrale de la ville. En 1657, le chapitre avait demandé à Sébastien Bourdon La Chute de Simon le Magicien pour décorer le chœur, qui se trouve aujourd’hui dans le transept droit. Pour accompagner cette œuvre, deux autres toiles furent peintes par Jean de Troy trente ans plus tard, Saint Pierre et saint Jean guérissant le paralytique et La Remise des clés à saint Pierre que l’artiste laissa inachevée à sa mort et qui fut complétée dans sa partie basse par Antoine Ranc, tandis que le paysage était peint par Jean Charmeton. Ces deux tableaux sont également aujourd’hui exposés dans le transept.
L’œuvre a été acquise auprès de la galerie F. Baulme Fine Arts à Paris. Elle présente très peu de différences avec la grande composition (ill. 2) et il s’agit peut-êtré d’une reprise autographe, un ricordo, sans que l’hypothèse d’un modello, c’est-à-dire d’un modèle de présentation aux commanditaires, soit exclue. Il est en effet possible que cette commande ait fait l’objet d’un concours auquel aurait pu participer également Raymond Lafage dont un dessin représentant le même sujet, conservé à l’École des Beaux-Arts, et une copie d’après Lafage, de la même composition mais dans un format équivalent à celui de de Troy, pourraient être des témoignages1.


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3. Bénigne Gagneraux (1756-1795)
Le Nid d’amours, 1793
Huile sur toile - 39,3 x 51,2 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : F. Jaulme/Musée Fabre
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4. Bénigne Gagneraux (1756-1795)
La Diseuse de bonne aventure, 1794
Huile sur toile - 22 x 20 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : F. Jaulme/Musée Fabre
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Bénigne Gagneraux, originaire de Dijon, fut actif en Italie à la fin du XVIIIe siècle jusqu’à son suicide en 1795 à l’âge de trente-neuf ans. La toile qu’a pu préempter le Musée Fabre en vente publique à Dijon le 5 novembre 2016 (ill. 3) pour 28 500 € (sans les frais) vient compléter les collections à deux titres : d’une part, Gagneraux, son aîné de dix ans, vécut tout comme Fabre en Italie entre Rome et Florence (jusqu’à son suicide en 1795) et les deux peintres se sont connus (ils se sont notamment tous deux réfugiés à Florence pendant les émeutes anti-françaises de 1793), d’autre part son sujet, Le Nid d’amour, rappelle celui de La Marchande d’amours du montpelliérain Joseph-Marie Vien, conservée au château de Fontainebleau.
Cette acquisition est l’occasion d’en signaler une autre de ce même artiste, effectuée en 2012 et dont nous n’avions pas encore parlé ici. Il s’agit d’une Diseuse de bonne aventure (ill. 4), sujet italien s’il en est qui se perpétua chez les peintres français à Rome du XVIIe jusqu’au XIXe siècle. Ce tableau a été acquis pour 6250 € (frais compris) par les Amis du Musée Fabre le 29 octobre 2012 chez Christie’s Paris.


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5. Jean-Charles Rémond (1795-1875)
La Mort d’Abel, vers 1837
Huile sur toile marouflée sur panneau - 38 x 46 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : F. Jaulme/Musée Fabre
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6. Jean-Charles Rémond (1795-1875)
La Mort d’Abel, 1838
Huile sur toile marouflée sur panneau - 366 x 400 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : F. Jaulme/Musée Fabre
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Le Musée Fabre a acquis, de la Galerie La Nouvelle Athènes à Paris, un très joli paysage néoclassique de Jean-Charles Rémond représentant La Mort d’Abel (ill. 5). Il s’agit d’une esquisse préparatoire à un tableau déposé à Montpellier par l’État en 1838 (ill. 6). L’artiste, qui avait obtenu en 1821 le Prix de Rome de paysage. Ce concours, créé en 1817, n’avait lieu que tous les quatre ans, et Rémond fut donc le deuxième à l’obtenir. L’œuvre achevée n’est pas très différente de l’esquisse. On y voit le drame se jouer au premier plan dans un cadre dramatique, avec l’orage qui approche. Si cette manière de faire transforme le tableau en une œuvre relevant autant du courant néoclassique que de l’inspiration romantique, il faut noter que cette manière de peindre un paysage composé sur fond de tempête n’est pas si éloigné de certaines toiles de Poussin dont les artistes académiques de la première moitié du XIXe siècle s’inspirèrent fortement. Il n’en reste pas moins que Rémond crée ici une image très forte et très originale qui le met au niveau des meilleurs paysagistes de son temps.


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7. Élisabeth Fort-Siméon (vers 1835-1865)
Paysage
Huile sur toile ) - 74 x 61 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : F. Jaulme/Musée Fabre
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8. Élisabeth Fort-Siméon (vers 1835-1865)
Paysage
Huile sur toile ) - 74 x 61 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : F. Jaulme/Musée Fabre
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Un autre paysage (ill. 7) a été acheté en Italie cette fois Galleria Giamblanco à Turin. Il s’agit d’une toile d’une élève de Jean-Charles Rémond, Élisabeth Fort-Siméon, qui fut l’épouse d’un autre artiste, Siméon Fort, notamment connu pour ses vues de bataille pendant la conquête de l’Algérie. Elle peignit essentiellement des paysages dans diverses régions françaises et en Italie. L’œuvre vient rejoindre deux autres tableaux de sa main (ill. 8 et 9) déjà conservés au musée et qui appartiennent visiblement à une même série, le format et les cadres étant identiques. Le lieu représenté n’a pas été identifié, et il est possible qu’il ne corresponde pas à un lieu précis.


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9. Élisabeth Fort-Siméon (vers 1835-1865)
Paysage
Huile sur toile ) - 74 x 61 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : F. Jaulme/Musée Fabre
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10. Auguste-Barthélémy Glaize (1807-1893)
Paolo et Francesca, vers 1845
Huile sur toile ) - 54 x 45 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : F. Jaulme/Musée Fabre
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Enfin, un nouveau tableau d’Auguste-Barthélemy Glaize (ill. 10), artiste originaire de Montpellier, est venu rejoindre le musée qui en conserve déjà plusieurs dont un acquis l’année dernière (voir la brève du 11/10/16). Cette petite toile également achetée auprès de la Galerie La Nouvelle Athènes - décidément un fournisseur de plus en plus régulier des musées - représente un sujet éminemment romantique, Paolo et Francesca, et la fameuse scène souvent traitée par les peintres de la découverte par Malatesta des amours illicites de son épouse avec Paolo. Les deux amants surpris, laissent tomber le livre qu’ils étaient en train de lire. Sans même évoquer l’exemple fameux d’Ingres, rappelons que le Musée d’Orléans avait acquis il y a peu un tableau représentant l’instant précédant immédiatement cet épisode, peint par le belge Henri Décaisne (voir la brève du 5/3/16).


Didier Rykner, mardi 31 janvier 2017


Notes

1Cette information nous a été fournie par Pierre Stépanoff, conservateur au Musée Fabre.





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