Pierre Gouthière, ciseleur-doreur du roi Contenu abonnés


Paris, Musée des Arts décoratifs, du 16 mars au 25 juin 2017.

Pierre Gouthière (1732-1813) est certainement l’un des artistes les plus intéressants et l’un des artisans (mot qui est tout sauf péjoratif) les plus doués de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Or le destin a voulu qu’il puisse exercer son talent dans un domaine, celui des arts décoratifs, qui atteint alors « un moment de perfection », pour reprendre le titre d’une fameuse exposition consacrée aux arts du règne de Louis XV1. L’exposition organisée conjointement par la Frick Collection de New-York, qui est à l’initiative du projet2, et le Musée des Arts Décoratifs de Paris, permet d’illustrer ce constat, qui pourrait apparaître proche du cliché. C’est aussi un hommage rendu aux recherches menées, des années durant, par Christian Baulez, conservateur honoraire au château de Versailles. Comme le souligne la « Note » d’introduction du très beau catalogue qui accompagne l’exposition, Gouthière, comme le mobilier du château et l’histoire de ses aménagements, lui doivent beaucoup et le texte qu’il consacre à l’artiste, accompagné d’un second, plus court, et de riches annexes, en donne un nouvel exemple.

Pierre Gouthière

« Un nom illustre abrège les recherches et, de même, que tous les bijoux du XVIe siècle sont de Benvenuto Cellini, tous les bronzes du temps de Louis XVI sont de Gouthière3 ».

Cette phrase, écrite par Paul Mantz en 1865, résume assez bien la véritable infortune4 de Gouthière : être un nom resté tellement célèbre qu’on lui a attribué beaucoup trop d’objets, les ciseleurs-fondeurs signant rarement leurs ouvrages. Cela a fait perdre de vue l’excellence de sa production personnelle jusqu’à sa faillite en 1787. Si les recherches et les publications qui lui ont été consacrées depuis l’article de Paul Mantz jusqu’à la riche notice de Christian Baulez en 1986, ont permis de mieux retracer ses origines familiales et sa carrière, elles ont, jusqu’au milieu du XXe siècle, embrouillé son catalogue5, qui peut être désormais apuré à défaut de pouvoir être complet. Fils d’un maître sellier de Bar-sur-Aube, Pierre Gouthière est reçu, le 13 avril 1758, dans la corporation des maîtres ciseleurs doreurs6 de Paris, comme « doreur, ciseleur, damasquineur sur tous métaux ». Sa collaboration, au début des années 1760, avec l’orfèvre François-Thomas Germain, jusqu’à sa faillite en 1765, l’amène à maîtriser la dorure et la ciselure sur or et argent, matériaux plus souples mais plus coûteux que le bronze7, en même temps qu’elle lui ouvre les portes d’une riche clientèle (Louis-Marie Augustin, duc d’Aumont, et ses parents dont la duchesse de Mazarin, Madame du Barry, le comte d’Artois, frère de Louis XVI, la Dauphine devenue reine8, etc.) auquel son nom reste attaché.

Le duc d’Aumont, qui lui commanda, à titre personnel, une cinquantaine d’objets, permit à Gouthière de faire évoluer sa carrière : le 7 mars 1767, il lui remet le brevet de « doreur seul ordinaire des Menus Plaisirs », dont le duc avait la supervision. En effet, devant la concurrence…

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