Picasso cubiste


Paris, Musée Picasso. Du 19 septembre 2007 au 7 janvier 2008.

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1. Pablo Picasso (1881-1973)
Homme à la clarinette, 1911
Huile sur toile - 106 x 69 cm
Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza
© Succession Picasso

Organiser une telle exposition tenait du défi. Le prétexte était celui du centième anniversaire des Demoiselles d’Avignon qui marque officiellement la naissance du cubisme. Il aurait été étonnant que cette toile mythique fut prêtée pour l’occasion par le Museum of Modern Art de New York. Ce n’est évidemment pas le cas. A défaut, l’exposition présente de très nombreuses feuilles d’études formidables qui témoignent du travail acharné et passionné de Picasso à cette époque. Délimitée par la chronologie 1906-1924, l’exposition propose de cheminer dans l’évolution du peintre catalan depuis la fin de la période rose jusqu’aux toiles du retour à l’ordre. Pour cela, la quasi-totalité des salles a été requise. La plupart des œuvres exposées proviennent du fond du Musée que l’on suppose inépuisable. On remarque également quelques prêts importants en provenance du Guggenheim Museum de New York et du Musée Thyssen-Bornemisza de Madrid.


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2. Pablo Picasso (1881-1973)
Nature morte à la chaise cannée, printemps 1912
Huile et toile cirée sur toile encadrée de corde - 29 x 27 cm
Paris, Musée Picasso
© Succession Picasso

Le parcours de l’exposition débute timidement puis nous fait plonger dans la découverte de la statuaire nègre. Cet apport fondamental est illustré par quelques citations de Picasso rapportant sa visite dans les salles du Musée du Trocadéro. Des masques dignes du Quai Branly étayent un peu la présentation. L’exposition suggère certains propos très intéressants que l’on aurait aimé voir plus développés. D’une part, le nuancement du mythe d’un Picasso démiurge : comme l’indiquent les cartels, le peintre s’est nourri d’influences diverses, depuis les maîtres anciens jusqu’à Gauguin. D’autre part, l’usage très important de la photographie par Picasso dans son processus créatif notamment au moment des Demoiselles d’Avignon. Ces deux points ressortent comme des apports essentiels à l’écriture de l’histoire de l’art. Parmi les œuvres étonnantes, on retiendra les fragiles assemblages de guitares en carton, peu souvent montrés au public, et une très belle salle consacrée au cubisme analytique des années 1910-1911 (ill. 2) le plus hermétique, dans laquelle figure immanquablement la célèbre Nature morte à la chaise cannée de 1912. Les collages de Picasso révèlent également sa grande créativité. La Tête de Fernande, magnifique sculpture cubiste, est fort bien exposée dans la chapelle où elle émerge d’une abside blanche et immaculée. Malgré tout, l’accrochage de l’exposition manque généralement de spontanéité et de joie de vivre. Rien, ici, n’est ludique. Les cartels explicatifs, présents dans chaque salle, sont utiles mais ne remettent pas suffisamment en contexte les toiles dans la vie artistique de l’époque. L’exposition se clôture un peu à la hâte sur les années de l’immédiat après Grande Guerre, sur une évocation des décors pour le ballet Parade et des toiles aux personnages « réalistes » monumentaux. Cette dernière salle est une amorce intéressante car elle démontre que, loin de l’écriture linéaire qui en est souvent faite, Picasso n’est pas « revenu » du cubisme. Son art est une évolution progressive, un dialogue sans cesse ininterrompu entre les différentes phases de sa vie d’artiste.

La remise en perspective des problématiques du cubisme ne fait heureusement pas défaut à l’important catalogue d’exposition. Le volume, au prix de vente conséquent, apparaît comme la meilleure facette de ce non évènement. On remarque la contribution toujours intelligente de J.C. Lebensztejn qui revient sur l’historique du nom de cubisme, les solides études esthétiques de Léo Steinberg et le véritable essai que publie Irving Lavin. Anne Baldassari, directrice du musée, signe un article autour de l’expérience photographique menée par Picasso en 1909. Dans l’ensemble, les articles font constater combien les historiens de l’art anglo-saxons occupent toujours la part du lion dans les études sur les avant-gardes françaises des années 1900-1914. Le catalogue est illustré par des œuvres appartenant souvent à de grands musées étrangers, et absentes des cimaises du Musée Picasso comme le sont les fameuses Demoiselles d’Avignon. Il offre donc un heureux complément, pour ne pas dire un dénouement, à l’exposition.

Les espaces du haut du Musée présentent dans le même temps que l’exposition un accrochage « coup de poing » de photographies de guerre contemporaines de Gilles Peress sous le prétexte fallacieux de la commémoration du bombardement de Guernica. Les visiteurs ont peine à comprendre l’insertion de cette manifestation à l’intérieur de l’exposition Picasso cubiste bien que le travail du photographe mérite, dans un autre contexte, toute notre attention.

IMG/jpg/Couverture_Picasso.jpgSous la direction d’Anne Baldassari, Picasso cubiste, Flammarion, 2007, 320 p., 49 €. ISBN : 9782081206977.


Informations pratiques : Paris, Musée Picasso, 5, rue de Thorigny, 75003 Paris. Tél : 01 42 71 25 21. Ouvert tous les jours, de 9 h 30 à 17 h 30, sauf le mardi. Entrée : 6,50 €. Tarif réduit : 4,50 €.

Site Internet.

English version


Claire Maingon, lundi 1er octobre 2007




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