Peintures françaises du XVIIe des églises de Paris


Auteur : Guillaume Kazerouni

local/cache-vignettes/L217xH290/ee5eeda97cfc60c5-6b9d0.jpgSi la peinture française du XVIIe siècle a donné lieu ces dernières années à de nombreuses publications, celles-ci ont parfois tendance à reproduire toujours les mêmes tableaux. La première qualité de ce numéro des Dossiers de l’art est de sortir des sentiers battus à partir d’œuvres conservées à Paris, et pourtant souvent inédites ou très rarement reproduites. Son objectf est simple : faire découvrir ce patrimoine d’une richesse parfois insoupçonnée du public. Après une introduction due à Daniel Imbert, chef du service de conservation des objets d’art de la Ville de Paris, rappelant le destin de ces tableaux après la Révolution, le texte retrace l’histoire de la peinture française du XVIIe à travers celles visibles dans les églises parisiennes.

Parmi les nombreuses découvertes, on soulignera l’importance des compositions murales. Il est très étonnant, compte-tenu de la rareté des décors peints du XVIIe siècle conservés en France, que ceux qui subsistent encore dans les églises parisiennes1 (essentiellement à Saint Eustache, Saint-Nicolas-des-Champs et à la Chapelle des Carmes) soient totalement exclus des grandes synthèses récentes et pour tout dire à peu près complètement ignorés même des spécialistes. Guillaume Kazerouni, l’auteur de ce dossier, avait déjà abordé la question dans son essai sur la peinture parisienne au début du XVIIe siècle dans le catalogue de l’exposition de Strasbourg Loth et ses filles de Simon Vouet2. Il y revient ici de manière plus approfondie à l’aide de bonnes photos en couleur. A Saint-Nicolas-des-Champs, pas moins de deux chapelles sont dues au pinceau de Quentin Varin (ill. 1) et une autre à celui de Georges Lallemant3. Les deux maîtres qui régnaient sur la peinture parisienne avant le retour de Vouet peuvent être ainsi étudiés grâce à leurs peintures décoratives, ce qui restera à jamais impossible pour Vouet lui-même. De l’école de ce dernier, un décor attribué à Nicolas Chaperon peut être vu dans la chapelle Saint-Vincent-de-Paul de l’église.


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1. Quentin Varin (vers 1575-1634)
La Chute des anges rebelles, 1623
Peinture murale
Paris, Saint-Nicolas-des-Champs, voûte de
la chapelle Sainte-Cécile
Photo : Conservation des objets d’art de la
ville de Paris
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2. Charles Thorin (actif vers 1600-1635)
Sainte Marie-Madeleine, 1631
Huile sur toile - 145 x 121 cm
Paris, Saint-Etienne-du-Mont
Photo : Conservation des objets d’art de la
ville de Paris

Déjà auteur d’un article sur le seul tableau connu de Jean Bassange4, Kazerouni aime les unicum. On verra ici un autre décor peint (Saint-Eustache), seule œuvre répertoriée d’Antoine Ricart (déjà publiée en 1960 par Jean-Pierre Babelon5, mais reproduite en couleurs pour la première fois), le seul tableau dû à Alexandre Durant, artiste certes très modeste (Martyre d’un pape, Notre-Dame-de-la-Croix)6 et surtout une Madeleine de très belle facture de Charles Thorin (ill. 2 actif vers 1600-1635), pour le moment l’unique toile retrouvée de l’artiste.
Les découvertes ne portent cependant pas uniquement sur des petits maîtres. On voit ici, pour la première fois la reproduction en couleur - hélas seulement de la partie inférieure - de La Flagellation, une œuvre de Charles Le Brun exposée en 1956 dans la chapelle de la Sorbonne7 et pourtant depuis complètement oubliée. Une belle Vierge de douleur de l’entourage de Philippe de Champaigne était jusqu’à aujourd’hui inédite tandis que Sainte Isabelle de France présentant à la Vierge le modèle de l’abbaye de Longchamp (Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle), œuvre autographe du peintre est photographiée ici après restauration.


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3. France, XVIIe siècle
(élève de Simon Vouet)
Saint Michel terrassant le démon
Huile sur toile - Dimensions non précisées
Québec, Musée de l’Amérique française
Photo : Centre de conservation du Québec

Complétant ce panorama (non exhaustif) de la peinture française du XVIIe dans les églises parisiennes, un chapitre s’intéresse à des collections en lien avec ce sujet. Sont successivement abordés les tableaux (souvent des esquisses) conservés au Musée Carnavalet, les grands formats présentés au Musée des Beaux-Arts d’Arras, les tableaux parisiens envoyés à Mayence et à Bruxelles lorsque ces villes étaient les chefs-lieux de départements français et enfin, le plus inattendu, les peintures conservées dans des églises de Québec. Deux sont reproduites : un Simon Vouet peu connu (Saint François de Paule ressuscitant un enfant) et un Saint Michel terrassant le démon (plutôt que le dragon) par un de ses élèves qui reste à identifier (ill. 3). La revue se termine sur quelques tableaux XVIIe des écoles étrangères dans les églises parisiennes. Certains sont bien connus comme le Guerchin de Saint-Thomas-d’Aquin ou le Zurbarán de Saint-Médard, d’autres le sont beaucoup moins tels que L’extase de Saint François, anonyme de Saint-Nicolas-du-Chardonnet (donné tantôt à l’école italienne, tantôt à l’école espagnole) ou l’extraordinaire Antonio de Pareda, une toile monumentale (630 x 385 cm) hélas peu visible dans la sacristie des Mariages, souvent fermée, de Saint-Sulpice.

Les seules réserves sont dues au format, forcément limité, d’une revue, qui interdit de donner une bibliographie détaillée8. Les mêmes contraintes ont probablement empêché la publication d’un inventaire complet qui aurait pourtant été bienvenu. Mais ce ne sont que des inconvénients mineurs pour un ouvrage vendu à un prix modique, qui s’adresse au grand public tout en se révélant indispensable pour les spécialistes.

Guillaume Kazerouni, introduction par Daniel Imbert, « Peintures françaises du XVIIe des églises de Paris », Dossiers de l’Art, n° 149, février 2008, 9 €. En vente dans les kiosques.

English version


Didier Rykner, mercredi 27 février 2008


Notes

1Dans un état parfois très précaire...

2Guillaume Kazerouni, « Simon Vouet et la peinture à Paris au début du XVIIe siècle. Questions de styles. », catalogue de l’exposition Loth et ses filles de Simon Vouet, Musées de Strasbourg, p. 59-76.

3Notons qu’il ne s’agit pas de fresques mais de peintures murales. A Paris, au XVIIe, seule la coupole de Mignard du Val-de-Grâce, dans la seconde moitié du siècle, est peinte à fresque.

4Guillaume Kazerouni, « Jean Bassange, peintre de l’Académie de Saint-Luc, un tableau retrouvé », Les Cahiers de l’Histoire de l’Art, n° 4, 2006.

5Jean-Pierre Babelon, « Recherches sur les fresques du XVIIe siècle décorant une chapelle de l’église Saint-Eustache », Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art français, 1959 (1960), p. 67-74.

6Déjà reproduit, mais en noir et blanc, dans l’article cité note 1.

7Trésors d’art des églises de Paris, catalogue d’exposition, Paris, Chapelle de la Sorbonne, 1956.

8Comme c’est encore souvent le cas, les publications Internet ne sont pas citées. Or, un des tableaux reproduits (Frère Luc, Jésus descendu de la Croix, Saint-Nicolas-du-Chardonnet) a été publié pour la première fois sous ce nom ici-même. Il est vrai que Guillaume Kazerouni avait, indépendamment de Pierre Curie, également identifié son auteur.





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