Inviter des personnalités extérieures au Louvre, parfois sans rapport avec l’histoire de l’art, pour organiser des expositions, est une bonne idée mise en pratique depuis plus de vingt ans. Elle permet parfois de voir d’un œil différent les œuvres du musée.
Patrice Chéreau est un excellent metteur en scène de théâtre et de cinéma, un dessinateur intéressant comme on le découvre avec les feuilles de sa main exposées dans le couloir des poules au deuxième étage de la Cour Carrée. Mais son intervention au Louvre n’est pas celle d’un invité. Il s’y installe comme s’il était chez lui, un peu comme un coucou fait son nid dans celui du voisin. Qu’on en juge plutôt.

2. Salon Denon au Louvre
Panneaux acoustiques réflecteurs et gradins installés
pour les représentations de spectacles mis en scène
par Patrice Chéreau
Caché à l’arrière-plan, de gauche à droite
Horace Vernet, Raphaël au Vatican
Eugène Devéria, Naissance d’Henri IV,
Paul Delaroche, La mort de la reine Elisabeth
Photo : Didier Rykner

1. Salon Denon au Louvre
Panneaux acoustiques réflecteurs et rideau acoustique installés
pour les représentations de spectacles mis en scène
par Patrice Chéreau
Caché à l’arrière-plan, décor de Charles-Louis Muller
Photo : Didier Rykner
Salon Denon, au mépris du décor de Charles-Louis Muller et des tableaux accrochés sur les murs qui le gênent manifestement plus qu’autre chose, le metteur en scène a fait installer des gradins au fond de la pièce et des panneaux réflecteurs acoustiques à mi-hauteur, afin de pouvoir y donner des pièces de théâtre, des lectures et des spectacles chorégraphiques (ill. 1 et 2). Cette installation nie complètement le volume et la fonction de cette salle, qui consiste à montrer des toiles de grand format. On peut par ailleurs s’interroger sur les dégradations potentielles que la fixation de ces éléments lourds directement sur les murs pourrait occasionner à la pièce et aux quelques tableaux qui sont restés en place.
Salle Restout, les toiles installées habituellement ont été enfermées derrière des coffrages (on se croirait à Aix-en-Provence) pour accrocher « l’exposition » proposée par Chéreau. Soit des tableaux provenant essentiellement du Louvre et de quelques autres musées dont Orsay (L’Origine du monde de Courbet). Ne cherchons pas un sens particulier à cette présentation. Les tableaux sont beaux, ils ont un thème commun, si l’on peut dire, puisqu’ils présentent « des visages et des corps ». Un programme particulièrement original convenons-en où se côtoient Giordano et Lambert Sustris, Courbet et Fautrier, Rembrandt et Bonnard... L’accumulation de belles œuvre ne fait pas une exposition, on en a une nouvelle fois la preuve. Tout cela serait totalement anodin et sans importance si l’on n’avait pas caché les tableaux de Subleyras ou la grande Pentecôte de Restout (ill. 3) qui, manifestement, gênaient l’invité. Chéreau n’a pas grand chose à dire sur le Louvre, mais il le crie très fort.

