Pas d’Abou Dhabi, pas de réserves ?


18/9/08 – Musées – Louvre Abou Dhabi – L’obligation de créer de nouvelles réserves pour les musées situés au bord de la Seine a été largement proclamée par le ministère de la Culture. Le risque de crue « centennale » serait réel selon les spécialistes.

Il est donc particulièrement choquant que le Louvre, avec la bénédiction de son ministère de tutelle, prenne prétexte de cette nécessité pour vouloir imposer aux autres musées l’envoi d’œuvres à Abou Dhabi, une participation dont il faut rappeler qu’elle devait se faire sur la base du « volontariat ». Dans une note à en-tête du Louvre et datée du 4 septembre 2008, ayant pour objet de préparer le projet de création des réserves1, on peut en effet lire :

« le principe retenu pour le financement du projet est celui de quotes parts2 à due proportion de l’utilisation des futures réserves par chacune des institutions muséales concernées. Le Louvre prend en charge, outre sa propre quote part, celle des laboratoires. Le cadre financier global - c’est-à-dire la facture totale - dépendra naturellement du site, du montage financier, des moyens budgétaires que pourra engendrer une collaboration avec des partenaires locaux. La mobilisation de ressources propres peut constituer pour chaque établissement un volet de ce projet, et tout particulièrement par une participation accrue au projet du Louvre Abou Dabi et aux opérations connexes qui seront menées par l’agence France muséums. »

Un peu plus loin, dans une annexe reprenant une note préparatoire à une réunion ayant eu lieu au cabinet de la Ministre le 18 juillet 2008, on peut lire :

« L’ensemble des institutions du "cœur" de projet3 ont vocation à bénéficier du projet du Louvre Abou Dabi. De surcroît, l’échéancier de réalisation du projet du centre de réserves aboutit à ce que les premiers versements s’envisagent à l’horizon 2013, au moment où les recettes liées au volet "exposition" du Louvre Abou Dabi pourront être perçues. En revanche, il importe de veiller à ce que l’agence France Museums prenne en compte cette réalité (besoins des institutions "cœur") dans la programmation des expositions temporaires (ainsi que dans les autres volets du projet Louvre Abou Dabi qui, pris globalement, a vocation à irriguer les musées français). De manière générale, l’agence peut contribuer à soutenir les efforts des musées concernés pour organiser des expositions à Abou Dabi, en préfiguration du futur musée universel, comme le musée Picasso l’a récemment fait. »

Ce jargon est clair, malgré tout. Pour bénéficier de réserves considérées comme indispensables à la sécurité des collections, les musées concernés n’auront pas le choix : non seulement ils devront envoyer des œuvres à Abou Dabi, mais il leur est même suggéré de le faire avant même que le « Louvre » n’ouvre dans les Emirats. Le musée Picasso, qui y a envoyé ses collections à l’occasion d’une exposition itinérante ayant vidé l’établissement (voir brève du 20/6/07) est présenté ici comme un exemple, quand il devrait servir de repoussoir.

English version


Didier Rykner, jeudi 18 septembre 2008


Notes

1L’intitulé exact de l’objet est « document cadre pour la réunion de cadrage du projet "Réserves" du 8 septembre 2008 en présence des chefs d’établissements concernés ou de leurs représentants ».

2Les mises en gras sont dans le document.

3Les musées appelés « cœur de projet » sont, outre le Louvre, le Musée d’Orsay, l’Orangerie, les Arts Décoratifs, l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts et le Quai Branly.





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