17/9/07 – Publication – Paris, Musée du Louvre – Lorsque le Louvre a annoncé son intention de créer une nouvelle revue, beaucoup ont craint que celle-ci ne signe l’arrêt de mort de La Revue des Musées de France. Mais la parution du numéro 1 de Grande Galerie devrait les rassurer. Bénéficiant d’une belle maquette et d’un graphisme très élégant, ce journal ne peut aucunement remplacer l’ancienne Revue du Louvre. On n’y trouvera en effet aucun article scientifique. Les spécialistes ne font pas partie du public visé, sans qu’on puisse affirmer pour autant que le grand public soit concerné. Celui-ci sera d’ailleurs probablement rebuté par un prix de vente très élevé (6,90 €).
Ce positionnement incertain est le principal défaut de la revue. Les articles, forcément pro domo, ressemblent, en tout cas pour ceux consacrés aux expositions et aux publications, à des communiqués de presse, sans aucun esprit critique. Certaines approximations sont gênantes dans un journal qui devrait être d’une rigueur absolue. On y apprend ainsi que les collections de dessin souffrent de « la cruelle absence de Vélazquez » ce qui, convenons-en, est vrai de tous les cabinets d’art graphique. On peut y lire aussi que les premiers à avoir affirmé que La Fuite en Egypte de Poussin était authentique ne seraient pas les frères Pardo, les vrais découvreurs de ce tableau, qui ne sont présentés que comme les « heureux acheteurs [...] contraints par décision de justice, de restituer au vendeur l’œuvre qu’ils avaient acquise », ce qui est une manière peu élégante de raconter l’histoire.
On y trouve cependant quelques bons articles qui semblent se placer sur le terrain des mensuels dédiés à l’art comme les textes de Jean-Louis Gaillemin sur le style Biedermeier, de Barthélémy Jobert consacré à Delacroix ou de Guillaume Faroult qui fait le portrait (tiré du catalogue de l’exposition) du collectionneur et mécène Louis La Caze. Et on y apprend quelques nouvelles intéressantes : par exemple que la Vierge au lapin de Titien doit être envoyée au Japon dans le cadre d’une exposition qui sera par ailleurs entièrement virtuelle (l’expérience Museum Lab - sic). Or, depuis 1999-2000, ce tableau, l’un des chefs-d’œuvre du Louvre et de la Renaissance Italienne, a déjà été montré dans cinq expositions différentes. On peut s’interroger sur la nécessité de ce sixième déplacement en huit ans (!) pour une présentation dont l’intérêt est si peu évident. Outre les risques qu’on lui fait courir bien inutilement, voir ce tableau au Louvre relève désormais de l’exploit.
Bénéficiant de toute la logistique et du financement du Louvre, le problème de sa viabilité commerciale ne se pose sans doute pas avec la même acuité que pour les autres revues. On s’étonnera donc que la Société des Amis du Louvre ait cru devoir, comme l’indique son Président Marc Fumaroli dans un éditorial, contribuer au financement du premier numéro de Grande Galerie. Comme on peut le lire sur son site, « le but de la Société est clairement défini : enrichir les collections du Louvre et acquérir - pour en faire don - des objets ayant une valeur artistique, archéologique ou historique ». Aider au financement de cette revue n’en fait clairement pas partie.
