Paris : un budget participatif ludique, convivial, festif et végétalisé


Ce projet propose d’installer deux tables de ping-pong
dans le square afin de favoriser les échanges intergénérationnels

(extrait du budget participatif 2015 de la mairie de Paris)

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1. Jules Hardouin-Mansart (1646-1708)
Place des Victoires
Photo : Didier Rykner

La Mairie de Paris vient de lancer son deuxième « budget participatif » pour lequel les Parisiens pourront « voter » entre le 10 et le 20 septembre. Il s’agit, rappelons-le, de choisir des projets pour la ville, pour un montant cette année de 75 millions d’euros. Ces projets ont fait l’objet d’une première sélection parmi 5 115 soumis par le public. La municipalité en a retenu 77 concernant « tout Paris » (à savoir « d’envergure parisienne par leur importance même s’ils concernent un arrondissement unique, ou duplicables dans tous les arrondissements, ou encore à cheval sur plusieurs arrondissements »), et 237 concernant seulement un arrondissement précis. Chaque votant (sont inclus les enfants !) peut choisir 10 projets pour Paris et 10 projets pour son arrondissement.

Nous avons essayé d’être factuel dans la présentation de cette opération. Mais sur le fond, on hésite à la qualifier tant l’ensemble est délirant, au vrai sens du terme. On ne sait si l’on se trouve chez Lewis Carroll devant un dispositif imaginé par le Chapelier Fou, ou si Ubu a pris soudainement vie pour organiser cette consultation. On est peut-être passé dans une quatrième dimension, et nous ne nous en étions pas aperçus. L’ensemble est assurément totalement insensé comme on va pouvoir le constater ici. Nous avons dû pour écrire cet article regarder un par un les projets. Il y a des jours où ce métier tient du cauchemar.

Remarquons d’abord que seuls 6,2% des projets proposés ont été retenus pour le vote. Une grande partie d’entre eux est parfaitement en phase avec les folies de la municipalité telles que nous les dénonçons régulièrement, et emploie les mêmes termes. Même s’il y a fort à parier que les aficionados d’Hidalgo ont été les plus nombreux à proposer des idées, il est donc très probable que toute cette opération est entièrement orientée pour aboutir, en définitive, à ce qui va dans le sens de la mairie.

Nous avions essayé, dans un premier temps, de classer les projets par type : le vandalisme majeur, les projets stupides mais innocents, les projets idiots et coûteux, les projets flous dont on serait bien en peine de comprendre exactement de quoi il s’agit, les projets nécessaires pour lesquels demander un vote est invraisemblable car cela fait partie de la mission d’une municipalité, etc. Nous nous sommes très vite rendu compte que c’était impossible parce qu’il aurait fallu créer trop de catégories, et que certains projets sont des mixtes de tout cela. Nous procéderons donc différemment, en nous penchant d’abord sur ceux qu’il faut combattre pied à pied car ils vont défigurer encore davantage Paris, puis nous donnerons ça et là un florilège parmi les innombrables perles qui se trouvent presque partout dans ces propositions.
Nous nous concentrerons sur les projets concernant tout Paris et nous grappillerons à droite et à gauche dans ceux concernant les arrondissements, d’autant qu’ils se ressemblent souvent beaucoup.

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2. Jules Hardouin-Mansart (1646-1708)
Place Vendôme
Photo : Mbzt/Creative Commons (CC BY 3.0)

Le projet le plus grave est incontestablement le n° 12 intitulé « Nouveaux écrins pour les places Vendôme et Victoires » (ill. 1 et 2). Ne pas même savoir que la place des Victoires ne s’appelle pas « place Victoires » situe le niveau. Ce projet « propose les réaménagements de la place Vendôme et de la place des Victoires en privilégiant la végétalisation et en donnant plus de place aux piétons ».
Donner plus de place aux piétons, pourquoi pas. Mais « végétaliser » ces deux places historiques de Paris, œuvres de Jules Hardouin-Mansart, dont les façades ont été volontairement unifiées par leur architecte et qui n’ont bien sûr jamais été « végétalisées », constitue une négation complète de leur caractère minéral qui doit s’imposer. Il s’agit d’une méconnaissance totale de l’architecture et de l’urbanisme. Il ne faut évidemment en aucun cas « végétaliser » ces places et le ministère de la Culture, via l’Architecte des Bâtiments de France, doit mettre immédiatement son véto à cette idée stupide. La place des Victoires est par ailleurs aussi victime du projet n° 8/2è qui y prévoit la « pose de jardinières ». Preuve par ailleurs que toute cette opération, où les projets ne sont pas seulement stupides mais souvent redondants, est menée par des amateurs.

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3. La façade de l’église Notre-Dame-de-Lorette
vue de la rue Laffitte
Photo : Didier Rykner

« Végétaliser », voilà d’ailleurs un des termes qui revient dans un nombre incalculable de projets, le n° 57 (7 millions d’euros) lui étant entièrement consacré. Ne pouvant installer Paris à la campagne comme l’imaginait Alphonse Allais (mais lui plaisantait…), ils veulent mettre la campagne à Paris. La beauté d’une ville, c’est aussi ses monuments, c’est aussi l’architecture, c’est aussi la pierre. Il y a des endroits où les plantes sont nécessaires, d’autres où elles sont indésirables. Certains boulevards, certaines avenues ont été conçus suffisamment larges pour qu’on y mette des arbres, l’urbanisme est un art. Il est tout de même invraisemblable que cette mairie, qui s’apprête à détruire sans vergogne un des plus beaux espaces verts de la capitale, les Serres d’Auteuil, prétende « végétaliser » le reste de Paris. Dans les projets « d’arrondissement », on remarque aussi le n° 14/9è qui consiste à « embellir le parvis de l’église Notre-Dame-de-Lorette » pour en faire un « lieu de vie plus agréable » (nous n’imaginions pas que le parvis de Notre-Dame-de-Lorette, église qui par ailleurs tombe en ruine, était un « lieu de vie » sauf les jours d’enterrement, probablement), « grâce à la réalisation d’une jardinière dans le sol alimentée par un réseau d’eau automatique, et à la plantation d’arbres ». Non, il s’agit là encore d’un vandalisme de l’architecture et de l’urbanisme, la façade néoclassique de l’église Notre-Dame-de-Lorette étant faite pour être vue de loin, de la rue Laffitte (ill. 3) !

On s’attaque également aux musées : la proposition n° 43, qui s’intitule sobrement : « Carnavalet en 3D – Redécouvrir les chefs-d’œuvre de l’histoire de Paris » propose tout simplement (pour 2,6 millions d’euros, soit 3 fois le budget annuel d’acquisition de tous les musées de la ville1) de transformer Carnavalet en parc d’attraction : « création d’une salle de visite immersive permett[ant] aux visiteurs, équipés de lunettes de réalité virtuelle, d’être transportés dans le Paris du Moyen-Âge, de la Révolution ou même des gallo-romains, et de déambuler dans des rues en s’imprégnant au plus près de l’ambiance de l’époque ». On ne commentera pas davantage, mais Carnavaland, c’est pour bientôt, si les « Parisiens » votent pour ce beau projet.

Un autre projet est simplement ridicule, mais pour 500 000 € tout de même : « Une seconde vie pour les cadenas d’amour ». Voilà une belle idée, qui méritait d’être proposée. « Une fois retirés et transformés, ils pourraient devenir un matériau d’expression artistique, permettant de concilier le respect de leur charge symbolique mais aussi celui de notre patrimoine ». C’est romantique, c’est émouvant.

Un projet (n° 42) peut également s’avérer très destructeur pour le patrimoine : « Des équipements producteurs d’énergie renouvelable », c’est-à-dire notamment « installer des panneaux solaires sur les bâtiments ». On imagine des batteries de panneaux solaires défigurant les toits de Paris… Il s’agirait aussi de « déployer dans l’espace public parisien du mobilier urbain autonome ou producteur d’électricité (feux tricolores, lampadaire, bancs, arbre à vent, gouttières…) ». On imagine la joie de Decaux qui va pouvoir vendre de nouveaux mobiliers urbains encore plus moches que les précédents, d’autant qu’une autre proposition (n° 51) suggère d’installer encore davantage de sanisettes à Paris ! C’est vrai que c’est si joli, une sanisette… Il s’agirait donc d’ajouter aux 400 existant déjà trente nouvelles, dont vingt seraient des « sanisettes innovantes ». On ne sait exactement ce qu’est une sanisette « innovante » dans le sabir hidalguien ; sans doute est-ce une sanisette ludique et festive ?

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4. Champs-Élysées
Photo : Sam Greenhalgh/Creative Commons (CC BY 2.0)

Les titres forment parfois un programme à eux tout seuls. La proposition n° 5 s’intitule « Les Champs-Élysées apaisés ». Un peu de poésie dans ce monde de brutes. « L’objectif de ce projet est de rendre l’espace de cette avenue emblématique plus agréable, végétalisé et praticable pour les piétons et les cyclistes. Seraient par ailleurs rénovées et remises en eau les fontaines du rond-point des Champs-Élysées. » Végétalisons, végétalisons. Sauf que les Champs-Élysées sont déjà végétalisés, puisqu’ils sont plantés sur toute leur longueur et sur une grande partie d’une double rangée d’arbres ! On se perd en conjecture. Ou alors, « végétaliser », cela veut dire multiplier les plantes en pots ? Quant à rendre les Champs praticables pour les cyclistes, c’est effectivement nécessaire car aucune piste cyclable n’y est installée. On se demande en revanche ce qui empêche les piétons d’y circuler… sinon les piétons, eux-mêmes trop nombreux. Enfin, rénover et remettre en eau les fontaines du rond-point serait effectivement une excellente chose, mais faut-il voter pour décider à chaque fois la mairie de Paris à faire son travail, c’est-à-dire entretenir son patrimoine ? Ce projet, qui consiste à mettre en place ce qui existe déjà largement, et à faire ce qui devrait être fait, est proposé pour la bagatelle de 14,5 millions d’euros !

La proposition n° 7 s’appelle « Paris en 3D et en Open Source ». 1 million d’euros pour « créer une maquette 3D de la Ville intégrant les bâtiments et l’espace public ». Le 3D est à la mode et peut être, pourquoi pas, utile d’un point de vue pédagogique. Quel serait l’objectif premier de cette maquette ? « mieux comprendre l’impact des projets d’aménagement ». Indiscutablement, l’aspect pédagogique s’éclaircit : cela permettrait de mieux comprendre comment Hidalgo est en train de détruire Paris.

Parfois, cependant, un projet propose réellement de s’occuper d’un élément de patrimoine. Pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ? On n’en saura pas davantage. Le projet n° 3/1er suggère ainsi de « rénover » (nous aurions préféré le terme « restaurer ») « la statue Sainte-Geneviève » (nous aurions écrit « la statue de sainte Geneviève », mais ne pinaillons pas) du portail central de Saint-Germain-l’Auxerrois, qui paraît-il est « le chef-d’œuvre de cette église ». Non, l’église entière est un chef-d’œuvre, et une église comme celle-ci, même si elle n’est pas la plus menacée, contient un nombre considérable de chefs-d’œuvre plus importants que cette sculpture. Remarquons par parenthèse que si une partie des chapelles a été entièrement restaurée il y a quelques années, une autre partie est en piteux état.
Les restaurations des édifices religieux (la dernière priorité de la ville) doivent se concevoir de manière raisonnée, pas en picorant de ci de là parce que quelqu’un le propose, comme le projet n° 3/11è qui suggère de remettre en état l’horloge de l’église Saint-Ambroise, sans paraître s’émouvoir que les pinacles de cet édifice sont couverts de filets pour empêcher les pierres de tomber (comme d’ailleurs une grande partie des églises à Paris), ou le projet n° 7/10è qui demande la restauration des grilles de l’église Saint-Vincent-de-Paul, qui par ailleurs est en péril, ou encore le projet n° 7/9è qui envisage de restaurer la copie par Charles Porion de la Résurrection de Lazare de Sebastiano del Piombo qui se trouve dans la sacristie des mariages de l’église de la Trinité.

Hidalgo, qui se veut moderne, n’a bien sûr que le terme « numérique » à la bouche. À Paris, bientôt, tout sera numérique et connecté, d’ailleurs une catégorie des projets s’appelle « Ville intelligente et numérique »… Le patrimoine, on ne le restaure pas, on le met « à l’heure du numérique » comme le propose la proposition n° 38, pour le montant modeste de 800 000 €. On se contentera de citer le reste de la proposition, elle se suffit à elle-même : « Au-delà de quelques sites emblématiques, beaucoup de Parisiens et de touristes souhaitent mieux connaître ce patrimoine moins connu. Les nouvelles technologies permettent aujourd’hui d’imaginer des dispositifs innovants pour le connaître et le valoriser en mobilisant de nombreux acteurs comme les services de la Ville, des amateurs passionnés, des historiens, des scientifiques, des associations, des start-ups. Plateformes en ligne, applications dédiées, bornes interactives sont autant de moyens qui permettent de partager ce patrimoine en perpétuelle réinvention. » On notera le dernier mot. « Réinventer Paris », c’est un leit-motiv de la novlangue hidalguienne.

Quand on ne « végétalise » pas un mur, on le peint. Un autre type de projet revient de très nombreuses fois parmi ceux concernant des arrondissements : la réalisation de grandes fresques murales ! Nous n’avons pas examiné point par point ces propositions. Si l’on peut imaginer que, ponctuellement, on puisse faire peindre un mur par un artiste, encore faut-il le choisir soigneusement, et encore ne faut-il pas faire cela dans un lieu historique de la capitale.

Le patrimoine n’est évidemment pas seulement en cause, et bien que cela sorte stricto sensu du champ de La Tribune de l’Art, nous ne pouvons résister à l’envie de citer quelques autres de ces projets tous plus absurdes les uns que les autres. D’une part parce qu’il faut bien rire (même si ici c’est plutôt jaune), d’autre part parce que les budgets prévus pour leur mise en œuvre, quand on sait où sont les véritables besoins, méritent d’être connus.

Évidemment, comme pour tout projet hidalguien, le « festif », le « convivial », le « ludique » tiennent lieu d’alpha et d’oméga. On fait la fête partout : « au pied des immeubles » (projet n° 27) ; dans des « centres d’animation » où « on cuisine, on bricole, on s’amuse, on se défoule ensemble » (sic) (projet n° 41) ; dans les bois et les jardins (projet n° 18). Quand on ne fait pas la fête, ou qu’on ne joue pas (« tennis de table et baby foot en accès libre », projet n° 5/19è), on fait du sport partout : « Paris terrain de sport à ciel ouvert » (projet n° 21) ; « Des lieux innovants pour les nouvelles pratiques sportives » (projet n° 22), avec un budget de 3,5 millions d’euros ; « Des parcours sports et santé dans le 19è » (projet n° 2/19è) ; « Aménagement d’un parcours sportif sur les grands boulevards du 11e arrondissement » (projet n° 15/11è), etc. ! Plus encore : Paris doit être un lieu de « rencontres ». Il faut des « points de rencontre », Hidalgo souhaitant sans doute rivaliser avec Meetic. Il est suggéré, par exemple, de « créer une zone de rencontre boulevard de Port-Royal » (projet n° 2/13è), de transformer trois rues du 4è en « zones de rencontres » (projet n° 2/4è), de faire de même rue des Envierges à Belleville (projet n° 3/20è), rue des Beaux-Arts (projet n° 3/6è), rue Lakanal (projet n° 10/15è), etc., etc., etc. Il ne faudrait pas, pour le respect des bonnes mœurs, que quelque mauvais esprit songe à mêler ces projets de « zones de rencontres » avec celui consistant à rajouter des sanisettes…

On va jusqu’à proposer de créer un « réseau social », pour la modeste somme de 500 000 € (monstrueuse quand on pense à ce que l’on pourrait faire avec cet argent, ridicule s’il s’agit de concurrencer Facebook !). Ainsi, cela « permett[rait] aux Parisiens de se créer des communautés d’intérêt, des contacts et des échanges pour organiser des rencontres en présentiel ». Pour lutter contre l’exclusion, « une application mobile de traduction instantanée en langue des signes serait créée afin que les personnes sourdes ou malentendantes puissent communiquer avec les agents municipaux au contact du public ». Et rien pour les aveugles ?
La convivialité ne se décline pas seulement en bas des immeubles, sur le web, ou dans la rue, mais aussi dans les jardins, la proposition n° 44 étant nommée « Décontractés dans les jardins ! » (on aimerait mettre des « sic » partout). La convivialité, c’est aussi autour du canal Saint-Martin, avec ce projet qui « propose de réaménager les quais et les berges du canal » sans prévoir une seconde les mesures – nécessaires et qui n’appellent aucun vote – ayant pour objectif de rendre ce lieu « festif et ludique » tout simplement vivables pour ses habitants (voir ici le site des riverains).

Certains projets sont ahurissants, non parce qu’ils ne sont pas utiles ou souhaitables, mais parce qu’ils relèvent simplement de la gestion normale d’une ville responsable. Il ne s’agit pas d’actions facultatives sur lesquelles on devrait voter, mais de la simple mission d’une mairie. On remarquera que sur ce plan, personne n’a osé proposé qu’on « nettoie Paris régulièrement » car cela apparaissait probablement comme un projet trop fou.
En revanche, le n° 56 (renforcé par de nombreux autres projets similaires concernant les arrondissements) consiste – c’est écrit noir sur blanc – à « rénover les toilettes dans les écoles et les collèges », considérant que ceci « apport[era] ainsi aux élèves un bénéfice direct en terme de santé publique, d’amélioration de l’hygiène et de leur bien-être ». De deux choses l’une : soit les sanitaires des écoles sont en bon état et propre, et il n’y a rien à faire, soit ils sont en mauvais état et sales, et on ne demande pas aux gens de voter pour savoir s’il faut les rénover.

L’intitulé du projet n° 1, « Des salles de science rénovées pour les collégiens », semble raisonnable, même si là encore, comme pour les toilettes, le moins que l’on puisse attendre d’une municipalité est bien qu’elle donne aux élèves des conditions de travail décentes. Mais il faut lire la description de cette action. Il n’est pas question ici de permettre aux élèves d’apprendre dans les meilleures conditions possibles. « Ce projet propose de rénover les salles de sciences dans les collèges pour en faire de mini-laboratoires de recherche. Elles deviendraient d’authentiques centres d’expérimentation et de ressources scientifiques ouverts et modulables, où les élèves pourraient à tout moment manipuler, expérimenter, traiter et partager des résultats, se documenter, prélever des informations ou encore communiquer à l’écrit et à l’oral sur supports papier ou numérique. » En gros, les élèves, tous de petits Einstein en puissance, ne seront pas là pour apprendre, mais pour faire de la recherche dans des « mini-laboratoires » prévus à cet effet. Et pour ce faire, ils pourront – c’est révolutionnaire – « communiquer à l’écrit et à l’oral sur support numérique, mais aussi sur support papier2 ». On ne commentera pas davantage, si ce n’est en donnant le budget de cette opération : 3,7 millions d’euros.

Même des projets qui pourraient paraître en partie sensés, voire souhaitables peuvent être lourds de menaces. C’est le cas de celui qui propose de « Repenser la place de l’Opéra Garnier » en « permettant l’accès piétonnier à l’Opéra depuis la sortie de métro et en rénovant son éclairage ». S’il y a une place où la circulation pourrait certainement être revue, c’est bien celle-ci. Mais créer un parvis qui aille de la façade de l’Opéra au métro, cela coûte-t-il 5,1 millions d’euros ? Et, surtout, que penser de la « rénovation » de l’éclairage ? Cette place typiquement haussmannienne n’a pas besoin d’un nouvel éclairage, il faut conserver intégralement les réverbères anciens.

Soyons honnête. Parmi ce ramassis de bêtises, quelques projets surnagent, comme le n° 53 dont il faut oublier le titre imbécile (« Pour une ville lumineuse, développer l’éclairage intelligent ») qui suggère de ne pas éclairer les rues n’importe comment, ou des aménagements ponctuels, comme des élargissements de trottoir, ou la sécurisation de certaines zones cyclables. Mais ils sont minoritaires.

On conclura cet article avec le projet n° 31. Son titre pourrait manifestement servir à qualifier, à une voyelle près, ce budget participatif : « Complètement berges » !


Didier Rykner, mardi 8 septembre 2015


Notes

1En 2014, ce budget était de 835 000 €, dont la moitié pour le Musée d’Art Moderne !

2Ce n’est qu’un extrait. Comme pour tous ces projets, il faut lire le descriptif en entier, souvent inénarrable.





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