Paris-Saint-Petersbourg, 1800-1830. Quand la Russie parlait français...


Paris, Dôme des Invalides. Exposition terminée le 31 août 2003.

1. Jean-Auguste-Dominique Ingres
Portrait du Comte Gouriev
Saint-Petersbourg, Musée de l’Ermitage,
tel qu’on peut (ne pas)
le voir à l’exposition
Paris - Saint-Petersbourg

Le sujet était passionnant : les rapports entre la France et la Russie sous l’Empire et la Restauration. Le résultat est affligeant.
Non pas que les objets exposés soient médiocres. Au contraire : les œuvres, provenant essentiellement des musées russes et du musée de l’Armée sont souvent fort belles. Mais la scénographie est l’une des plus tape-à-l’œil que l’on puisse imaginer. D’après le communiqué de presse : “de cette modernité agressive et conflictuelle surgit d’autant la splendeur de l’histoire (sic)”. L’ensemble baigne dans une lumière laiteuse qui annihile toute vision. Citons encore le communiqué de presse et sa prose aussi prétentieuse qu’insignifiante : “Présentées dans des vitrines lumineuses, les pièces sont en suspens dans l’espace à l’instar de brisures de glaces éclairées par des torches de spéléologues dans une grotte obscure (sic toujours !)”. Le résultat : les tableaux sont totalement invisibles, de quelque angle et distance que l’on se place. A quoi bon faire venir le chef-d’œuvre d’Ingres, le Portrait du Comte Gouriev, avec tous les risques que cela comporte, si c’est pour le cacher aux yeux du public (ill. 1). Un merveilleux vase monumental, en porcelaine (dit Vase "Russie", ill. 2), provenant du musée de l’Ermitage est également présenté. Il est, pour sa part, parfaitement visible. Mais comment ose-t-on déplacer un objet de cette taille, aussi fragile, pour une exposition sans caractère scientifique ?


2. Manufacture Impériale
de Saint-Petersbourg
Vase "Russie’
Saint-Petersbourg, Musée de l’Ermitage

Le catalogue est un gros album d’images, totalement indigent, sans appareil critique ni mise en perspective. Le dôme, transformé en salle d’exposition, se voit cloisonné de telle manière que le monument de Vauban par Etex et, surtout, celui de Turenne par Tuby, sont totalement masqués. L’ensemble est un ratage historique.

Cette manifestation est le type même de ce que l’on ne devrait jamais voir, et que l’on verra hélas de plus en plus : un objectif purement politique ou diplomatique (célébrer l’amitié franco-russe), aucun intérêt scientifique, une scénographie au service d’elle-même et des objets d’arts alibis. Une telle exposition est pire qu’une erreur. C’est une faute. Mais Poutine et Chirac sont contents, et ils le disent en exergue du catalogue. C’est bien là l’essentiel.

Catalogue, 89 €.


Didier Rykner, dimanche 8 juin 2003



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