Paris : et si Aurélie Filippetti faisait son travail ?


JPEG - 121.1 ko
Nicolas Edward Gabe (1814-1865)
Prise du Panthéon, le 24 juin 1848
Huile sur toile - 69 x 100 cm
Paris, Musée Carnavalet
Photo : RMN-GP

Chaque jour ou presque, Anne Hidalgo approuve ou sort de sa poche un projet qui dénaturera encore davantage Paris. Il y a quelques semaines, c’était l’avenue Foch sur laquelle des promoteurs privés veulent construire. Hidalgo trouve cela formidable. Plus récemment, une « association de commerçants et de riverains » de la Madeleine a proposé de « créer de nouveaux espaces de vie » sur la place, en en faisant une « place du goût, de l’art de vivre et de la gastronomie » et en l’illuminant « en fonction de la quantité et de la diversité des personnes qui passent », « s’il y a plus de femmes que d’hommes [...], l’éclairage pourrait être rose, si c’est l’inverse, bleu, si ce sont des étrangers, orange… » en ajoutant à tout cela « des projections de vidéos sur les façades ». Hidalgo est « très enthousiaste1 ». Samedi, Hidalgo elle-même (car elle a aussi des idées) nous informe qu’elle souhaite mettre des arbres sur la place du Panthéon, ne comprenant pas que c’est justement l’aspect minéral de cette place qui lui donne sa majesté. Hidalgo aime la végétation là où il ne doit pas y en avoir (sur les façades des immeubles ou sur la place du Panthéon) mais va la détruire dans les jardins des Serres d’Auteuil. Son association de soutien s’appelle « Paris qui ose », Hidalgo aussi. C’est même à ça qu’on la reconnaît.

Hidalgo, adjointe à l’urbanisme, ne comprend rien à l’architecture, à l’urbanisme ni à Paris. C’est une véritable guerre qu’elle déclare à cette ville après avoir déjà, dans l’équipe de Bertrand Delanoë, participé à la destruction de la piscine Molitor, des bâtiments de la Samaritaine, à la dénaturation de la place de la République, laissé se dégrader les églises, lancé la construction de tours de grande hauteur

Pourtant, il y avait aux dernières nouvelles un ministre de la Culture. Celui-ci est chargé de faire respecter la législation sur les monuments historiques. On peut légitimement se demander une fois de plus (ce qui énervait beaucoup Frédéric Mitterrand) à quoi il sert.
En particulier, nous aimerions qu’Aurélie Filippetti joue son rôle en affirmant qu’elle s’opposera, comme c’est son droit et son devoir, à la dénaturation de l’avenue Foch, site classé, à celle de la place de la Madeleine, qui se trouve dans le périmètre de protection de l’église de la Madeleine et à celle de la place du Panthéon, elle aussi protégée par le périmètre de protection monument historique. Il faudrait seulement rappeler que ces lieux ne peuvent être altérés et affirmer que le ministère de la Culture s’opposera à tous ces projets délirants et destructeurs. Cela suffirait à empêcher Hidalgo de nuire. Le silence d’Aurélie Filippetti et de ses collaborateurs (dont beaucoup travaillaient encore il y a peu à la Mairie de Paris...) est un scandale en soi. Il n’étonne hélas plus personne.


Didier Rykner, mardi 11 mars 2014


Notes

1Selon l’article de Metronews où nous avons vu cette information, Nathalie Kosciuscko-Morizet est également « très enthousiaste »...





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Éditorial : Ne mettons pas les tableaux sous verre (suite)

Article suivant dans Éditorial : Municipales : le triomphe des démolisseurs