Paris d’église en église


Auteurs : Aline Dumoulin, Alexandra Ardisson, Jérôme Maingard, Murielle Antonello

local/cache-vignettes/L195xH291/6da2f650804a2326-bebbf.jpgIl n’existe en France rien de comparable aux célèbres « Guides Rouges » du Touring Club en Italie. Grâce à eux, l’amateur est assuré de pouvoir visiter les églises transalpines en y trouvant, la plupart du temps, le nom des auteurs des toiles ou des sculptures cachées dans les recoins les plus obscurs de leurs chapelles.
En France, on doit se contenter du guide vert ou du guide bleu qui, l’un comme l’autre, ignorent presque systématiquement le patrimoine mobilier religieux. Seule exception, l’excellent guide bleu de Paris, qui répertorie de manière presque exhaustive les œuvres et les peintures murales conservées dans les églises de la capitale.
Le beau guide des églises parisiennes publié par les éditions Massin a l’ambition de signaler, de la même manière mais avec de nombreuses illustrations, les richesses que l’on peut y trouver. Chaque édifice fait l’objet d’une notice comprenant systématiquement : son historique, une description de son architecture et des œuvres qu’ils contient, un rappel de l’histoire de son nom ainsi que de précieuses « informations pratiques » permettant d’éviter de trouver porte close.

On ne saura donc trop recommander à nos lecteurs l’acquisition de cet ouvrage à la fois pratique et savant, bien édité, qui rendra de multiples services à tous ceux qui voudraient mieux connaître le patrimoine religieux de Paris, hélas trop méconnu et souvent fort mal conservé (nous reviendrons longuement un jour sur cet aspect).
Il est dommage cependant que certains édifices n’aient pas été pris en compte. Si l’on peut comprendre la volonté de l’éditeur de « maintenir l’ouvrage dans des dimensions raisonnables », l’absence presque systématique des chapelles d’hôpitaux à l’exception, on ne sait pourquoi, de celle des Quinze-Vingt est injustifiée. On ne trouvera donc rien dans ce livre sur des bâtiments aussi importants que la Salpêtrière, l’ancien hôpital Laennec ou Lariboisière... De même, des chapelles dont l’accès public est facile et d’une taille équivalente à bien des églises sont omises, telle que celle des Lazaristes de la rue de Sèvres. Elles auraient remplacé sans dommage quelques édifices sans grand intérêt, comme la médiocre Notre-Dame-d’Espérance qui s’est édifiée sur les ruines d’une église des années 30 honteusement détruite par l’archevêché de Paris vers 1990.

On regrettera aussi la manière inégale dont sont traités les monuments. Si certains sont explorés de façon quasiment exhaustive, d’autres sont parfois insuffisamment décrits, en particulier pour leurs chapelles peintes au XIXe siècle. Saint-Séverin, par exemple, se voit expédiée très rapidement : « les peintures murales [des chapelles latérales] ont notamment été réalisés par Jean-Léon Gérôme, Paul et Hippoyte Flandrin1, Emile Signol, Jean-Victor Schnetz, Félix Jobbé-Duval ». Cette simple énumération, inomplète et sans localisation précise - c’est également le cas pour Notre-Dame-de-Lorette - rend la visite presque impraticable et nécessite de se plonger dans le guide bleu pour savoir où se trouvent les œuvres des artistes cités. De manière générale, les chapelles des déambulatoires sont rapidement expédiées alors que celles des nefs sont plutôt mieux traitées, et détaillées une à une. Ceci est dommage d’autant qu’un peu plus de précision ne nécessitait pas un livre plus gros et que certains chefs-d’œuvre sont négligés, comme les chapelles peintes par Amaury-Duval et par Henri Lehmann à l’église Saint-Merry. On est ainsi frustré par certaines ommissions, comme celle qui consiste à ne citer que trois auteurs des sculptures qui entourent la Madeleine. Une liste citant l’intégralité des auteurs aurait été la bienvenue.
On notera par ailleurs certaines imprécisions ou erreurs2 qui auraient pu aisément être évitées. Ainsi, beaucoup de peintures murales se voient qualifiées du terme de « fresque », comme les Thomas Couture de Saint-Eustache qui sont peints à l’huile. La fresque est une technique particulière, peu utilisée au XIXe siècle à Paris sauf dans quelques cas bien précis comme dans certaines chapelles de Saint-Sulpice.

Malgré ces réserves, répétons-le, l’ouvrage reste fort utile. Il témoigne à nouveau, après le livre de Bertrand Dumas, Trésors des églises parisiennes (voir l’article), d’un renouveau d’intérêt pour un patrimoine trop négligé. En encourageant et facilitant la visite, il contribue à sa manière à le protéger et à le sauver.

Aline Dumoulin, Alexandra Ardisson, Jérôme Maingard, Murielle Antonello, Paris d’église en église, Editions Massin, collection Reconnaître, Paris, 2008 ; 400 p., 40 €. ISBN : 978-2-7072-0583-4.


Didier Rykner, jeudi 24 janvier 2008


Notes

1On pourrait croire que Paul et Hippolyte Flandrin ont peint ensemble la même chapelle, alors qu’il s’agit bien de deux chantiers différents.

2On peut apporter ponctuellement quelques précisions ou compléments (cette liste n’est aucunement exhaustive, mais simplement un encouragement à améliorer encore l’ouvrage lors d’une deuxième édition) : Notre-Dame conserve un important de tableau de Guido Reni Le Triomphe de Job qui n’est pas signalé ; les anges sur la façade de 1937 de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet sont du sculpteur Pierre Poisson (deux maquettes en plâtre pour ces anges ont été acquises par le Musée Carnavalet il y a quelques années) ; église Saint-Jacques-du-Haut-Pas, les quatre tableaux anonymes autour du Jean Restout (reproduits p. 117) viennent d’être attribués, pour deux d’entre eux, à Jean-Baptiste de Champaigne (voir Sous la direction de Dominique Brême, A l’école de Philippe de Champaigne, Somogy Editions d’Art, 2007) ; la Pietà de la chapelle de Notre-Dame de la Compassion, de Triqueti, n’est pas d’après Ary Scheffer, contrairement au cénotaphe du Duc d’Orléans ; Saint-Eustache et Saint-Nicolas-des-Champs possèdent dans certaines chapelles de précieuses peintures murales de la première moitié du XVIIe siècle, étudiées et pour certaines d’entre elles attribuées par Guillaume Kazerouni, qui ne sont pas du tout signalées ; à propos des peintures murales de Sainte-Elisabeth, l’auteur a eu la gentillesse de me citer, mais la reproduction p. 64 n’est pas la peinture de Jean-Louis Bezard (qui s’orthographie sans accent) mais celle d’Adolphe Roger, Le Jugement dernier.





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