Alors que Toulouse expose Verrio (voir l’article), le Palais des Beaux-Arts de Lille s’intéresse également à un peintre italien peu connu du XVIIIe siècle. Cette coïncidence mérite d’être notée car il faut encourager les initiatives des musées visant à faire voir un patrimoine oublié, plutôt que les expositions reprenant des thèmes archi-rebattus.
Le traitement du sujet est pourtant très différent entre Toulouse et Lille. Il ne s’agit pas ici d’une petite rétrospective autour du napolitain Paolo Domenico Finoglio. Lille a privilégié une approche spectaculaire en faisant venir tout un cycle monumental de cet artiste conservé au château de Conversano dans les Pouilles (autre point commun avec Verrio) et en le faisant mettre en scène par le cinéaste et plasticien Alain Fleischer (ill. 1).
On découvre donc un ensemble remarquable sur le plan pictural et d’une extraordinaire ambition. On apprend, grâce au catalogue, que celui-ci revient de loin : vendues une première fois par les anciens propriétaires du château, les dix toiles allaient être dispersées aux enchères en mai 1978. Fort heureusement, alertée par Claudio Strinati alors jeune inspecteur à la Soprintendenza dei beni culturali, la municipalité de Conversano décida de les acquérir et de les faire revenir à l’endroit où elles étaient conservées depuis l’origine, désormais transformé en musée.

2. Paolo Domenico Finoglio (1590-1645)
Clorinde reçoit le baptême de Tancrède, 1642-1645
Huile sur toile - 260 x 300 cm
Conversano, Pinacoteca Paolo Domenico Finoglio
Photo : Pinacoteca Paolo Domenico Finoglio

3. Paolo Domenico Finoglio (1590-1645)
Renaud part de l’île enchantée, 1642-1645
Huile sur toile - 257 x 312 cm
Conversano, Pinacoteca Paolo Domenico Finoglio
Photo : Pinacoteca Paolo Domenico Finoglio

4. Paolo Domenico Finoglio (1590-1645)
Herminie retrouve Tancrède blessé, 1642-1645
Huile sur toile - 260 x 300 cm
Conversano, Pinacoteca Paolo Domenico Finoglio
Photo : Pinacoteca Paolo Domenico Finoglio
Les visiteurs seront frappés par la puissance des compositions de Finoglio (ill. 2 à 4). Evidemment marqué par l’art du Caravage, il mêle dans ses tableaux de multiples influences, notamment celles de Battistello Caracciolo qui fut son maître et de Ribera. On ne peut s’empêcher d’admirer cette série de tableaux dont les plus beaux (Tancrède baptise Clorinde, Renaud part de l’île enchantée...) montrent une véritable originalité.
La scénographie d’Alain Fleischer, dans le grand atrium, organise les tableaux selon une grande diagonale, chacun étant montré tête bêche avec ceux qui l’entourent. Pourquoi pas, même si l’on ne comprend pas bien l’intérêt de cette disposition ni ses avantages par rapport à une organisation spatiale qui aurait présenté les tableaux de manière plus classique (ce qui aurait d’ailleurs permis de les voir tous ensemble d’un même emplacement, ce qui est ici impossible). On laissera les amateurs d’art contemporain lire dans le catalogue le texte d’explication de l’artiste et celui de Régis Cotentin [1]. On doit au moins reconnaître que le scénographe invité n’a pas cédé à la tentation de se mettre en valeur à la place des œuvres : sa présentation est sobre.
Un regret toutefois : les commissaires auraient pu profiter de la venue de ce cycle figurant essentiellement des épisodes rarement représentés de La Jérusalem délivrée pour le replacer dans la carrière de Finoglio et l’accompagner ne serait-ce que de quelques tableaux et dessins d’un peintre aussi peu connu du public français. Il aurait pu être intéressant également d’approfondir l’iconographie en montrant des œuvres d’autres artistes inspirées du même poème épique du Tasse. Malgré le petit livret donné au visiteur, celui-ci risque d’être perdu face à ces sujets dont il ne possède pas les clés.
Mais on ne fera pas la fine bouche, quand l’exposition de Lille permet à chacun, spécialistes ou non, de voir un ensemble dont il n’avait probablement jamais entendu parler. Aider à la découverte, provoquer la curiosité, voilà aussi le rôle des musées.
Collectif, Paolo Domenico Finoglio, La Jérusalem délivrée, Somogy et le Palais des Beaux-Arts de Lille, 2010, 80 p., 19 €, ISBN : 9782757203842
Informations pratiques : Palais des Beaux-Arts, Place de la République 59000 Lille. Tél : 33(0)3 20 06 78 00. Ouvert du mercredi au dimanche de 10h à 18h et le lundi de 14h à 18. Tarif : 5,50 € (tarif plein), 3,80 € (tarif réduit).

