Remarque : En attendant que la jurispudence vienne préciser les termes de la loi sur les droits d’auteur et droits apparentés, nous préférons nous conformer aux exigences de l’ADAGP. Nous retirerons donc, pour les artistes morts depuis moins de 70 ans - ce qui est le cas d’Othon Friesz, les images après la fin des expositions.

1. Othon Friesz (1879-1949)
Le Port d ’Anvers, 1906
Huile sur toile - 54 x 65 cm
Liège, musée d’Art moderne et contemporain
Photo MAMAC, Liège - © ADAGP, Paris 2007
Mal connu mais essentiel dans la genèse de l’art moderne, l’œuvre d’Othon Friesz peut enfin accéder à la reconnaissance grâce à une exposition de grande ampleur organisée conjointement par trois musées aux riches collections. Après une première étape à la Piscine, musée d’Art et d’Industrie de Roubaix, au printemps dernier, elle tient ses quartiers d’été au musée d’art moderne de Céret, avant de rejoindre à l’automne le musée Malraux du Havre, ville natale de l’artiste.
Au pied des Pyrénées, dans le cadre somptueux de la Catalogne française, le musée de Céret compte actuellement une collection impressionnante d’œuvres issues en grande partie de la générosité des artistes qui y ont séjourné, en particulier des dons de peintres aussi prestigieux que Picasso et Matisse. Tout au long du XXe siècle se côtoient à Céret des artistes partis en quête d’une nature vraie. A quelques kilomètres de Collioure, où a lieu la révolution fauve, et non loin de Barcelone, grand foyer artistique des années 1900, Céret accueille des peintres tels Juan Gris, Frank Burty Haviland, Georges Braque, Max Jacob, Auguste Herbin (dont le musée vient d’acquérir une toile importante de 1919, Composition Construction Céret), Chaïm Soutine, Marc Chagall, puis, pendant la Première Guerre mondiale, Raoul Dufy, Albert Marquet, etc. Plus récemment, cette tradition s’est perpétuée, notamment avec les membres du groupe Supports/Surfaces dans les années 1970, qui ont continué à fréquenter Céret et à donner des œuvres au musée.

2. Othon Friesz (1879-1949)
Le Printemps ou L’Âge d’or, 1908
Huile sur toile, 81 x 100 cm
Paris, musée d ’Art moderne de la Ville de Paris
Photo PMVP / cliché Franck Chevallier
© ADAGP, Paris 2007
Othon Friesz (1879-1949), né au Havre, n’a pas séjourné à Céret. Il a cependant grandement contribué à la révolution fauve, en compagnie de Braque, avant d’amorcer, comme de nombreux artistes de l’entre-deux-guerres, un sage retour à l’ordre. A son sujet, Guillaume Apollinaire parlait de « tendre violence ». Le titre de « Fauve baroque » lui correspond aussi pleinement. En effet, Friesz, né dans l’impressionnisme si vivant dans sa région normande natale, fréquente très tôt les futurs Fauves Matisse, Camoin, Manguin et Marquet. Ses premières toiles, vues de Paris et paysages normands, relèvent d’un impressionnisme assez classique. Le peintre expose en 1905 au Salon d’Automne, dans une salle voisine de la fameuse « cage aux Fauves » qui révèle la jeune génération réunie autour de Matisse.
Pourtant, le déclic ne se fait pas immédiatement dans l’œuvre de Friesz. Ce n’est qu’à l’été 1906, peignant à Anvers en compagnie de Braque, que l’artiste laisse les couleurs arbitraires envahir ses toiles (Le Port d’Anvers, ill. 1) et libère peu à peu les lignes colorées. L’année suivante, les toiles peintes à la Ciotat, toujours aux côtés de Braque, témoignent d’une totale libération formelle, confinant parfois à l’abstraction (Paysage à La Ciotat, 1907, Troyes, musée d ’Art moderne). Ici, Friesz va tout aussi loin que ses camarades fauves dans la spontanéité et le lyrisme de la ligne, « baroque » par son caractère chantourné et décoratif.

3. Othon Friesz (1879-1949)
Miarka la mulâtresse, 1924
Huile sur toile, 116 x 81 cm
Collection particulière
© ADAGP, Paris 2007
La période fauve est brève. Rapidement Friesz, qui dit ne pas être intéressé par le cubisme, retourne à une peinture plus structurée, en référence notamment à Cézanne (Le Travail à l’automne, 1908, Oslo, Nasjonalmuseet fur kunst) et aux thèmes élégiaques en vogue (Le Printemps, ou L’Age d’or, ill. 2). Il est ainsi un des premiers artistes à accomplir le fameux « retour à l’ordre », avant même la Première Guerre mondiale. Les nombreuses études qu’il effectue à partir de 1908 assument un caractère décoratif, qui s’épanouit dans les céramiques réalisées sous l’impulsion d’Ambroise Vollard, ou les gravures sur bois de 1910, proches de Gauguin. Par la suite vont se succéder, sans grande invention formelle, mais d’une qualité d’exécution remarquable, des natures mortes et des nus (Miarka la mulâtresse, ill. 3) convenant à un certain goût bourgeois. A noter enfin la présentation inédite d’un paravent provenant de l’appartement du vicomte de Flers (1920, collection Larock-Granoff), réalisation monumentale où se détachent sur un fond émeraude des oiseaux de paradis, dernier accomplissement d’une œuvre devenue résolument décorative.
Présentée dans un ordre non strictement chronologique, l’exposition, richement documentée, comporte un nombre conséquent de numéros (près de 170, dont de nombreuses œuvres provenant de la collection Larock-Granoff), qui permettent de suivre l’évolution passionnante du travail de Friesz, à mettre en parallèle avec celui d’autres artistes comme Derain ou Dufy. L’exposition est, entre autres, le résultat du travail de David Butcher, auteur d’une thèse sur le peintre. Le catalogue publié sous sa direction est d’une grande qualité scientifique et iconographique, et permet de rendre au peintre la place qu’il mérite dans la généalogie de la peinture moderne.
Sous la direction de David Butcher , Othon Friesz, le fauve baroque 1879-1849, Gallimard, 2006, 295 p., 39 €. ISBN : 978-2070118762.
Informations pratiques : Céret, Musée d’Art Moderne. Tél : 04 68 87 27 76. Ouvert tous les jours jusqu’à la fin de l’exposition. De 10 h à 19 h jusqu’au 15 septembre, de 10 h à 18 h à partir du 15 septembre. Entrée : 8 €, tarif réduit : 6 €. Site Internet.
