Nouvelles informations sur le Musée Lorrain


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Le palais ducal, siège du Musée Lorrain à Nancy
Photo : Didier Rykner

Le maire de Nancy, il faut le reconnaître, a toujours affirmé qu’il suivrait l’avis de l’État pour le chantier du Musée Lorrain. Faire confiance au ministère de la Culture pour protéger le patrimoine est une attitude un peu curieuse de nos jours, mais elle a le mérite de la cohérence.
Depuis que nous avons relancé le débat sur le musée, Laurent Hénart semble avoir infléchi sa position, ce qui n’est pas si courant pour un élu, la plupart préférant persister dans leurs erreurs. Il a en effet déclaré à L’Est Républicain du dimanche 3 avril qu’il souhaitait que l’architecte prenne en compte à la fois les prescriptions de l’État mais aussi « ce qui est dit par les amoureux du musée Lorrain ». Il précise aussi qu’il « préfère que l’on prenne le temps pour mener à bien ce projet ambitieux ». Tout cela, évidemment, va dans le bon sens, et il faut espérer que les arguments des opposants au projet actuel soient entendus, d’autant que nous souhaitons apporter ici des informations supplémentaires.

Le premier point concerne la zone classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Nous rappelions en effet que la nouvelle loi « création et patrimoine » prendra en compte cette protection en prévoyant de créer des zones tampons. Peut-on vraiment violer la loi au moment même de son adoption ? Ajoutons surtout que cette notion de zone tampon n’est pas nouvelle, puisqu’elle existe déjà pour l’UNESCO, et que l’État français a proposé dès 2006 qu’elle corresponde au secteur sauvegardé. Car en plus du classement monument historique, en plus de se trouver à la limite de la zone patrimoine mondial, le Musée Lorrain (et donc les écuries de 1766) se trouve dans le secteur sauvegardé. On ne saurait trouver en France un monument théoriquement plus protégé. Et qu’on se propose, pourtant, de démolir.

Le second point est au moins aussi grave. Il est en effet prévu que du ciment mélangé à de la bentonite soit injecté pour transformer en béton le sol sous les semelles de fondations de la totalité du Palais Ducal. Cette technique, connue sous le nom de jet grouting, est normalement utilisée pour résoudre des problèmes structurels résultant d’un tassement différentiel des fondations. Or, dans son état actuel, le Palais Ducal n’a AUCUN problème structurel. Ce sont les travaux à venir qui vont les créer : le monument se trouve en effet sur un sol humide, ce qui ne l’empêche pas d’être très stable car il s’est installé dans le sol. Mais la création de sous-sol dans la cour et de « points durs » dans le palais (correspondant notamment aux escaliers permettant aux visiteurs de remonter vers le musée) empêchera les adaptations naturelles de l’édifice aux mouvements du sol, fragilisant l’ensemble. C’est pour cette raison que l’emploi du jet grouting est nécessaire. Mais cette technique fait débat. Il s’agit d’une méthode aveugle (on ne voit pas ce qui se passe réellement dans le sol), invasive, irréversible et qui provoque la perte des couches archéologiques. Elle est, de plus, très onéreuse. L’architecte du patrimoine Slawomir Swieciochowski nous a précisé que « le prix de l’intervention peut parfois augmenter de manière significative en cas de surprise concernant la nature du sous-sol ».

Le problème pour le Musée Lorrain est réel. Car si Slawomir Swieciochowski nous a dit ne pas pouvoir se prononcer sur ce monument qu’il ne connaît pas, tous les risques cités précédemment ont été identifiés par le ministère de la Culture, notamment les risques hydrogéologiques et le coût. Le jet grouting du Palais Ducal, en fixant celui-ci sur du béton, pourrait avoir aussi pour incidence de fragiliser les bâtiments qui l’entourent. Sera-t-on obligé ainsi d’étendre cette technique aux autres monuments, la chapelle ou pourquoi pas le Palais du Gouvernement ?
On comprend mal que cette question n’ait jamais été évoquée publiquement, même pas en Commission nationale des monuments historiques. Nul doute qu’elle donnera l’occasion de discussions animées lors de sa prochaine réunion à ce sujet.

La conclusion est simple et le maire de Nancy a encore la possibilité de sortir de ce dossier par le haut : il faut renoncer à la destruction des bâtiments et les utiliser tels qu’ils sont. Il serait raisonnable également d’abandonner la création de ce sous-sol. Comment justifier d’y installer des salles d’archéologie alors qu’on détruira entièrement les couches archéologiques du musée ? Comment justifier de construire un auditorium quand celui du Musée des Beaux-Arts peut être utilisé, d’autant que les musées de Nancy vont être regroupés en une structure unique permettant les mutualisations ? Tout cela est cher, inutile, et destructeur. Les économies réalisées ainsi pourraient être utilement affectées à la restauration et à l’utilisation du Palais du Gouvernement. Oui, l’architecte va devoir revoir son projet. De manière drastique.


Didier Rykner, mercredi 6 avril 2016





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