Nomination annoncée à la Villa Médicis et nomination confirmée à l’Ensba


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Le jardin de la Villa Médicis
Photo : Didier Rykner

3/9/15 - Nominations - Rome, Villa Médicis et Paris, Ensba - C’est presque fait : Fleur Pellerin a annoncé avoir « proposé au Président de la République la nomination de Muriel Mayette à la direction de l’Académie de France à Rome (Villa Médicis) ». Le circuit de décision a été un peu complexe, sachant que c’est en réalité Manuel Valls qui a demandé à Fleur Pellerin de proposer à François Hollande (« moi président »..) de nommer l’ancienne administratrice de la Comédie Française à ce poste pour lequel elle n’a aucun titre ni aucune compétence, mais qui est l’épouse de Gérard Holtz, grand ami du Premier ministre (voir notre article).

Nous ne reviendrons pas sur le profil et la personnalité de Muriel Mayette. On fera simplement remarquer que si la polémique sur la nomination prévue d’Éric de Chassey à l’Ensba (voir ci-dessous) a fait échouer celle-ci, le scandale que constitue l’arrivée de l’ancienne administratrice de la Comédie Française à Rome risque de ne pas suffire à l’empêcher même si une lettre ouverte à la ministre portant la signature de plus de 70 anciens pensionnaires, exposants ou invités à la Villa vient d’être publiée par Libération, s’indignant de cette nomination, et réclamant le maintien d’Éric de Chassey. Le bilan de ce dernier n’est certainement pas aussi rose qu’ils le proclament, mais il est néanmoins certain que la comparaison entre les deux serait cruelle pour la nouvelle venue.
Le communiqué de presse de la ministre est d’un ridicule achevé : le « savoir-faire tout comme [l’]expérience acquise [par Murielle Mayette à la tête de la Comédie Française] seront un atout important1 pour conduire le développement de la Villa Médicis ». Rappelons que non seulement cette institution n’a aucun lien avec le milieu du théâtre, mais que l’épouse de Gérard Holtz avait été virée par sa troupe.
Plus grave : Fleur Pellerin semble ignorer que la Villa Médicis a aussi pour vocation d’accueillir des historiens de l’art, puisqu’elle ne parle que du « déploiement de la création contemporaine », oubliant ainsi une composante essentielle de l’Académie de France.
Cette nomination est évidemment politique, d’autant qu’il n’y a eu aucun appel à candidature ni aucune sélection via un jury indépendant, procédure qui devrait être au moins la règle pour ce type de poste même si cela ne garantit rien (comme on le verra plus loin). Tout cela est bien digne, comme nous l’écrivions, d’une république bananière exemplaire.

Quant à l’École nationale supérieure des beaux-arts, c’est un « artiste à la réputation internationale2 », Jean-Marc Bustamante, qui a été nommé. Nous serions bien en peine d’en faire le portrait car nous ne le connaissons pas. Ce qui est amusant en revanche, c’est que ce professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Munich et à l’École nationale des beaux-arts de Paris semble dans cette dernière institution qu’il va désormais diriger tout aussi inconnu : les personnes qui y travaillent et avec qui nous avons pu parler ne le voient quasiment jamais dans les lieux, alors qu’on reprochait justement son absentéisme à Nicolas Bourriaud... Et pourtant, il y avait là un jury chargé de faire une sélection.
Quant au patrimoine de l’Ensba, dont la conservation devrait constituer un des deux critères essentiels de recrutement d’un directeur (avec l’aspect enseignement), on peut continuer à s’inquiéter à son propos (voir notamment cet article) d’autant que le projet de Jean-Marc Bustamante, tel qu’il est résumé par le communiqué de presse du ministère de la Culture, n’évoque pas une seconde le patrimoine... C’est vrai que toutes ces vieilleries, c’est d’un ringard.


Didier Rykner, vendredi 4 septembre 2015


Notes

1Nous aurions volontiers écrit « seront des atouts importants », mais après tout nous ne sommes pas ministre de la Culture...

2Ce qui semble incontestable.





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