Nombreuses préemptions à la vente de dessins d’architecture de la collection Lefuel


5/7/08 – Acquisitions – Musées français – Le 26 juin à l’Hôtel Drouot, Millon & Associés vendaient une exceptionnelle collection de dessins d’architecture, accompagnée d’un luxueux catalogue. Cet ensemble appartenait à l’expert Olivier Lefuel, décédé en 2004 (et descendant d’Hector Lefuel, l’architecte de Napoléon III). Les musées français ont été extrêmement actifs, préemptant (ou achetant directement) un total de 20 dessins pour un montant global de 491 907 € (frais inclus).

Versailles

Le château de Versailles s’est porté acquéreur de presque tous les dessins qui le concernaient. Le premier (ill. 1) est une vue du Trianon de Marbre de Jules Hardouin-Mansart due à un certain Cayeux qui pourrait être le sculpteur du nom de Philippe Cayeux (1688-1769).

1. Cayeux (fin du XVIIe - début du XVIIIe siècle)
Elévation du château royal du Trianon, la colonnade vue du Jardin
Aquarelle, plume et encre noire, lavis gris et brun - 38 x 190 cm
Versailles, Musée national du Château de Versailles
Photo : Millon & Associés



Plusieurs projets sont en rapport avec le concours pour la reconstruction du château, lancé en 1780 par Louis XVI. Celle-ci ne put être réalisée, d’abord pour des questions financières, puis en raison de la Révolution. L’un (ill. 2) est dû à Pierre-Adrien Pâris et à Louis-Jacques Durameau, auteur des petites figures qui animent le dessin. Comme pour tous ces projets, quel qu’en soit l’architecte, la Cour de Marbre, c’est à dire ce qui restait du petit château de Louis XIII, disparaît. Le programme préconisait en effet de donner une unité de façade.

2. Pierre-Adrien Pâris (1745-1819) et
Louis-Jacques Durameau (1733-1796)
Projet de reconstruction pour Versailles présenté au Roi Louis XVI, vers 1781
Aquarelle, plume et encre noire, rehauts de gouache blanche - 23,5 x 60 cm
Versailles, Musée national du Château de Versailles
Photo : Millon & Associés



Le deuxième projet préempté (ill. 3), dû à Marie-Joseph Peyre, est profondément original, puisque qu’il combine le néoclassicisme des façades à une disposition baroque. Deux ailes concaves sont terminées par une colonnade en partie reprise de celle de Saint-Pierre de Rome par le Bernin (mais sans les sculptures qui surplombent cette dernière).

3. Marie-Joseph Peyre (1730-1785)
Versailles entouré d’une colonnade à la façon de Saint-Pierre de Rome
Aquarelle, plume et encre noire - 40 x 90 cm
Versailles, Musée national du Château de Versailles
Photo : Millon & Associés



Les participants au concours étaient Pâris, Marie-Joseph Peyre, mais aussi Etienne-Louis Boullée, Nicolas-Marie Potain, Damandun et Antoine-François Peyre, dit le jeune, le frère du précédent. Jean-François Heurtier, inspecteur des bâtiments royaux à Versailles, laissa également des projets pour cette reconstruction, dont trois étaient présentés à la vente et ont tous été acquis par Versailles (ill. 4 à 6). Deux d’entre eux laissent voir la grille de Jules-Hardouin Mansart (finalement disparue à la Révolution) que l’architecte se proposait de conserver.

4. Jean-François Heurtier (1739-1822)
Projet de façade pour Versailles ornée de grandes colonnes rostrales
Aquarelle, plume et encre noire, lavis gris et rehauts d’aquarelle - 32,5 x 63 cm
Versailles, Musée national du Château de Versailles
Photo : Millon & Associés



5. Jean-François Heurtier (1739-1822)
Projet de façade
du château de Versailles

Aquarelle, plume
et encre noire, lavis gris et
rehauts d’aquarelle - 30,5 x 60 cm
Versailles, Musée national du Château de Versailles
Photo : Millon & Associés

6. Jean-François Heurtier (1739-1822)
Projet de transformation
de la cour de Versailles

Aquarelle, plume
et encre noire, lavis gris et
rehauts d’aquarelle - 30,5 x 62 cm
Versailles, Musée national du Château de Versailles
Photo : Millon & Associés


Napoléon Ier, à son tour, caressa longtemps l’idée de reconstruire Versailles pour en faire une résidence impériale. Son architecte Fontaine, associé à celui en charge du château, Alexandre Dufour, lui présenta plusieurs projets dont trois ont été acquis par le château (ill. 7 à 9).

7. Alexandre Dufour (1760-1835)
et Pierre-François-Léonard Fontaine (1762-1853)
Projet de façade du palais de Versailles, côté de l’entrée
Aquarelle, plume et encre noire, lavis gris et brun - 36 x 65 cm
Versailles, Musée national du Château de Versailles
Photo : Millon & Associés



8. Alexandre Dufour (1760-1835) et
Pierre-François-Léonard Fontaine (1762-1853)
Projet de façade du Palais de Versailles
vu du côté de la ville

Aquarelle, plume
et encre noire, lavis gris - 32 x 91,5 cm
Versailles, Musée national du Château de Versailles
Photo : Millon & Associés

9. Alexandre Dufour (1760-1835) et
Pierre-François-Léonard Fontaine (1762-1853)
Projet de façade du Palais de Versailles
vu du côté de la ville

(deux rabats à l’extrémité du dessin
ne sont pas reproduits)
Aquarelle, plume
et encre noire, lavis gris - 27 x 170 cm
Versailles, Musée national du Château de Versailles
Photo : Millon & Associés


Les deux dernières aquarelles préemptées par Versailles sont attribuées à Heurtier, l’architecte dont nous avons déjà vu plus haut plusieurs projets de reconstruction, et Hubert Robert. Il s’agit de deux projets d’aménagement du groupe des Bains d’Apollon. Le premier (ill. 10) est proche de celui qui fut finalement réalisé [1]. Le second (ill. 11) représente le même groupe placé dans un petit temple dorique circulaire, proche de celui (à ordre ionique cependant) que Richard Mique construisit pour Marie-Antoinette.


10. Attribué à Jean-François Heurtier (1739-1822)
et Hubert Robert (1733-1808)
Le Bosquet d’Apollon
Aquarelle gouachée, plume et encre noire, lavis gris -
31 x 42,3 cm
Versailles, Musée national du Château de Versailles
Photo : Millon & Associés

11. Attribué à Jean-François Heurtier (1739-1822)
et Hubert Robert (1733-1808)
Le Temple d’Apollon
Aquarelle gouachée, plume et encre noire, lavis gris -
31 x 42,5 cm
Versailles, Musée national du Château de Versailles
Photo : Millon & Associés


Sceaux

Le musée de l’Île-de-France a préempté trois aquarelles (en deux lots) de Fontaine (ill. 12 à 14). Toutes sont en rapport avec le château de Neuilly, un domaine des Orléans que Louis-Philippe fit transformer par cet architecte, l’un des plus actifs du XIXe siècle, qui avait commencé sa carrière sous Louis XVI, travailla pour tous les souverains de Napoléon Ier à Louis-Philippe, et mourut au début du Second Empire.

12. Pierre François Léonard Fontaine (1762-1853)
L’Entrée du Duc d’Orléans au château de Neuilly, 1835
Aquarelle, plume et encre noire, lavis gris, brun et de sanguine -
30 x 46 cm
Sceaux, Musée de l’Ile-de-France
Photo : Millon & Associés



14. Pierre François Léonard Fontaine (1762-1853)
Le temple de marbre sur l’ïle devant le château de Neuilly
Aquarelle, plume et encre noire - 23 x 43 cm
Sceaux, Musée de l’Ile-de-France
Photo : Millon & Associés

13. Pierre François Léonard Fontaine (1762-1853)
Revue devant la grille du château de Neuilly
Aquarelle, plume et encre noire - 28 x 45,5 cm
Sceaux, Musée de l’Ile-de-France
Photo : Millon & Associés


Brunoy, Musée Municipal

Ce musée de l’Essonne a su se porter acquéreur d’une aquarelle de Boffrand représentant le décor du Salon du château de Brunoy (ill. 15) ainsi qu’une vue de l’hôtel parisien du marquis de Brunoy (ill. 16), construit par Etienne-Louis Boullée sur le Faubourg Saint-Honoré et détruit au XXe siècle après la première guerre mondiale.

15. Germain Boffrand (1667-1754)
Lambris pour le Salon de Brunoy, vers 1740-1745
Aquarelle, plume et encre noire, rehauts de gouache blanche -
21 x 40 cm
Brunoy, Musée Municipal
Photo : Millon & Associés

16. Jean-Baptiste Maréchal
(actif en France jusqu’à la fin du XVIIIe siècle)
L’Hôtel de Brunoy dans un paysage animé
Aquarelle gouachée, plume et encre noire - 16 x 22 cm
Brunoy, Musée Municipal
Photo : Millon & Associés


Paris, Bibliothèque Nationale

C’est à nouveau à Fontaine que l’on doit le projet acquis par la BnF pour une annexe à la bibliothèque (ill. 17). Il s’agissait d’une commande de Napoléon Ier, finalement non réalisée.

17. Pierre François Léonard Fontaine (1762-1853)
Projet pour l’annexe de la Bibliothèque Impériale
Aquarelle, plume et encre noire,
lavis brun, rehauts de gouache blanche -
31 x 44 cm
Paris, Bibliothèque nationale de France
Photo : Millon & Associés



Paris, Musée d’Orsay

Deux aquarelles ont été acquises par Orsay. La première, pour laquelle nous n’avons pas d’illustration, est une Vue d’un temple avec une charrette de foin devant par Félix Duban, la seconde un Projet de cheminée gothique (ill. 18) d’Eugène Viollet-le-Duc.

18. Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc (1814-1879)
Projet de cheminée gothique avec une femme
debout sur la gauche

Plume et encre noire, lavis gris et aquarelle - 20,5 x 26 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Millon & Associés



Archives de Bordeaux

19. Attribué à Louis Combes (1737-1816)
Vue du port de la ville de Bordeaux, aménagement des quais
Aquarelle gouachée, plume et encre noire - 30 x 45 cm
Bordeaux, Archives
Photo : Millon & Associés


Fontainebleau

Le château de Fontainebleau s’est par ailleurs porté acquéreur d’un projet de plafond néoclassique (26 x 26 cm) par Georges-Alphonse Jacob-Desmalter (1799-1870) dont nous n’avons pas de photographie. [Complément du 10/7/08 : Vincent Droguet, conservateur en chef au Château de Fontainebleau, nous a indiqué que ce dessin représente : « le plafond de la chambre d’Anne d’Autriche dans l’appartement dit appartement du pape qui a été réouvert il y a un an. [Ce] plafond avait été réalisé vers 1664 sous la direction de Jean Cotelle. [Le] dessin, qui reste à étudier, nous fournit un témoignage intéressant de [son] état, sans doute au début du XIXe siècle, avant la restauration qui affecta cet appartement, et notamment les peintures décoratives, en 1859-60. »]

Paris, Musée Carnavalet

20. Jean Nicolas Sobre (? - ?)
Le marché des Innocents vu de la maison Batave, 1804
Aquarelle, plume et encre noire,
lavis gris, rehauts de gouache blanche -
41 x 33 cm
Paris, Musée Carnavalet
Photo : Millon & Associés



On conclura cet article en s’interrogeant sur la seule acquisition du Musée Carnavalet (ill. 18). Non que cette vue du marché des Innocents à travers la maison Batave, édifice construit par Jean Nicolas Sobre et Célestin-Joseph Happe et détruit lors du percement du Boulevard Sébastopol, soit dénuée d’intérêt. Bien au contraire puisqu’à l’aspect historique et documentaire (elle est due à Sobre lui-même, un élève de Ledoux) elle ajoute de réelles qualités esthétiques. Mais qu’il s’agisse du seul achat du musée parisien (pour la modique somme de 2 231 €) est inquiétant. La vente recélait de nombreux chefs-d’œuvre concernant la capitale qui auraient dû logiquement intéresser Carnavalet, notamment un Projet pour palais sur un quai attribué à Etienne-Louis Boullée et Jean-Michel Moreau le Jeune, des projets de Jean-François Chalgrin pour le Collège de France, pour Saint-Philippe-du-Roule et pour des décors provisoires, un exceptionnel Projet de transformation de l’Arc de Triomphe de la Place de l’Etoile, à la gloire de Louis XVIII par Jean-Nicolas Huyot (1780-1840) et bien d’autres merveilles. Les musées de la Ville de Paris semblent décidément au pain sec et le patrimoine n’est clairement pas la principale préoccupation de la municipalité. Nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir bientôt.

English version


Didier Rykner, samedi 5 juillet 2008


Notes

[1] Notons que les sculptures de Girardon, Coustou et Marsy doivent être déposées et rentrées dans les prochains jours avant d’être remplacées par des copies dans le bosquet restauré.



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