Nogent-sur-Seine rouvre son musée de sculpture


Paul Dubois et Alfred Boucher n’ont pas de chance : le musée qu’ils avaient contribué à créer, qui portait leurs noms et qui rendait hommage à leur générosité a changé de nom pour prendre celui de Camille Claudel. Paul Dubois et Alfred Boucher ont de la chance : grâce à Camille Claudel, l’un des rares artistes qui attire le grand public, la ville de Nogent-sur-Seine a ouvert un nouveau musée où ils semblent les grands gagnants d’une muséographie qui les met magnifiquement en valeur (ill. 1), aux côtés de leurs contemporains et amis, dès l’entrée dans le bâtiment, ou plutôt les deux bâtiments. À la maison de la famille Claudel s’ajoute en effet une aile moderne, qui s’allie plutôt bien avec son environnement. On ne regrette que le portail trop voyant et le mur de verre médiocre qui forment une cour entre les deux édifices (ill. 2).


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1. Musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine
Architecte : Adelfo Scaranello
Photo : Marco Illuminati
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2. Vue de la salle sur la statuaire publique
Photo : Didier Rykner
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Qu’on se comprenne bien : Camille Claudel est incontestablement un grand sculpteur. Si l’on excepte les quelques fontes récentes sans grand intérêt faisant partie des 43 œuvres acquises en 2010 de Reine-Marie Pâris, biographe de l’artiste, les originaux et fontes anciennes qu’expose le musée sont pour l’ensemble très importantes et belles. Mais il y a d’autres sculpteurs que Rodin et Claudel, et il est parfois bon de le rappeler. Nous ne nous attarderons donc pas ici sur cette dernière dont nous avons déjà parlé longuement à plusieurs reprises sur ce site, notamment à l’occasion des expositions de 2008 et de 2015, mais nous évoquerons tout le reste qui à lui seul vaut largement une visite à Nogent-sur-Seine, à une heure de Paris en train.


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3. Paul Dubois (1829-1905)
Statue équestre de Jeanne d’Arc, 1889
Plâtre - 346 x 329 x 135 cm
Nogent-sur-Seine, Musée Camille Claudel
Photo : Didier Rykner
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4. Alfred Boucher (1850-1934)
Monument au docteur Ollier, 1904
Plâtre - 365 x 175 x 150 cm
Nogent-sur-Seine, Musée Camille Claudel
Photo : Didier Rykner
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5. Paul Dubois (1829-1905)
Chanteur florentin du XVe siècle, 1865
Bronze - 115 x 46 x 34,4 cm
Nogent-sur-Seine, Musée Camille Claudel
Photo : Didier Rykner
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Le fonds du musée a donc pour origine les dons de Paul Dubois et Alfred Boucher, qui offrirent également des œuvres d’autres sculpteurs. À ces deux Nogentais s’en ajoute un troisième, Marius Ramus, dont plusieurs sculptures sont également conservées au musée. Le parcours commence au rez-de-chaussée avec ces artistes, un choix d’ailleurs imposé par la taille de certains plâtres qui oblige à choisir les plus grandes salles. Les sculpteurs de la seconde moitié du XIXe siècle furent très malmenés au XXe siècle, au point que des fonds entiers de musées ont disparu. Ce n’est heureusement pas le cas à Nogent-sur-Seine et le public peut ainsi découvrir un grand nombre d’œuvres de grande qualité. On signalera notamment quelques sculptures monumentales comme la statue équestre de Jeanne d’Arc par Paul Dubois (ill. 3) ou le monument au docteur Ollier d’Alfred Boucher (ill. 4). On se trouve ici dans une tradition « académique » qui puise aux meilleures sources, notamment à la Renaissance florentine. La Jeanne d’Arc fut commandée en 1885 à Dubois par l’Académie de Reims. Il avait déjà une certaine expérience dans ce type d’œuvre puisqu’il est également l’auteur de la statue équestre du connétable de Montmorency érigée devant le château de Chantilly. Trois tirages en bronze furent réalisés à partir du plâtre de la Jeanne d’Arc : l’une se trouve devant l’église Saint-Augustin à Paris, un deuxième à Reims et un troisième à Strasbourg. De nombreux dessins et études sculptées témoignent de l’élaboration de ce monument. Celle, en cire, que conserve le Musée d’Art et d’Histoire de Troyes montre l’attention que le sculpteur porta au Colleone de Verrochio : la pucelle y est représentée dans une attitude très comparable. Si la composition évolua nettement, cette influence florentine se fait encore sentir. Une salle du musée rappelle en effet que Boucher et Dubois furent les principaux représentants d’un courant néo-florentin, qui regardait vers les grands modèles de la Renaissance, qui se développa dans les dernières années du XIXe siècle. Paul Dubois est l’auteur d’un chanteur florentin reproduit à d’innombrables exemplaires, et Alfred Boucher d’un sculpteur florentin (ill. 6). On peut aussi admirer les plâtres grandeur d’exécution préparant les quatre bronzes du tombeau du général de la Moricière de la cathédrale de Nantes. Le Courage miliaire notamment rappelle l’art de Michel-Ange (ill. 7).


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6. Alfred Boucher (1850-1934)
Le Sculpteur florentin, 1883
Bronze - 88 x 35 x 35 cm
Nogent-sur-Seine, Musée Camille Claudel
Photo : Didier Rykner
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7. Paul Dubois (1829-1905)
Le Courage militaire, 1876
Plâtre - 160 x 77 x 78 cm
Nogent-sur-Seine, Musée Camille Claudel
Photo : Didier Rykner
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Les salles du rez-de-chaussée montrent des œuvres par des artistes assez bien connus comme Falguière, Frémiet ou Clésinger, aux côtés de sculpteurs à la notoriété moins affirmée mais non moins remarquables. On découvre ainsi Loin du monde (ill. 8) par Henri Allouard, une statue qui représente Heloïse. La discrète polychromie, due à l’utilisation d’un marbre gris bleuté avec un marbre blanc plus classique en font une œuvre envoutante et inoubliable. Il s’agit d’un dépôt d’Orsay qui se montre ici fort généreux. Signalons un autre beau dépôt du musée parisien : une maquette de cheminée par Paul Dubois (ill. 9).


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8. Henri Allouard (1844-1929)
Loin du monde, 1894
Marbre - 172 x 60 x 80 cm
Nogent-sur-Seine, Musée Camille Claudel
Photo : Didier Rykner
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9. Paul Dubois (1829-1905)
Maquette de cheminée
Cire et plâtre - 90 x 63 x 14,3 cm
Nogent-sur-Seine, Musée Camille Claudel
Photo : Didier Rykner
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La qualité des collections exposées fait regretter parfois que la présentation ne soit pas un peu plus dense (ill. 10). Il y aurait sans aucun doute la possibilité de montrer davantage d’œuvres, un certain nombre étant encore conservé en réserve (nous ne savons pas exactement quoi : un catalogue exhaustif est prévu, mais n’est pas encore paru). Ceci est d’autant plus vrai que le fonds peut encore s’enrichir. Ainsi, une section consacrée aux « Représentations du travail », un thème souvent traité par Alfred Boucher (ill. 11), pourrait être complétée par des sculptures de Jules Dalou et Constantin Meunier, notamment (même si ce dernier est belge, le représenter ici s’impose). Outre Orsay, de nombreux musées (les Arts Décoratifs, Rodin, Bourdelle, etc.) ont déposé ou prêté des œuvres : nul doute que le Petit Palais pourrait ainsi montrer à Nogent-sur-Seine une ou deux figures d’ouvriers du fonds Dalou qu’il ne pourra jamais exposer entièrement.


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10. À gauche, Ernest Nivet, Paysanne reprisant
À droite, place possible pour une autre sculpture
Photo : Didier Rykner
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11. Alfred Boucher (1850-1934)
Le Forgeron, vers 1881
Plâtre - 107,5 x 59 x 36 cm
Nogent-sur-Seine, Musée Camille Claudel
Photo : Didier Rykner
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13. Camille Claudel
Paul Claudel à trente-sept ans, 1905
Bronze - 48,4 x 52,4 x 31,1 cm
Nogent-sur-Seine, Musée Camille Claudel
Photo : Didier Rykner
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On espère avoir donné envie de visiter ce musée même sans s’attarder sur celle qui lui donne désormais son nom et qui fut l’élève d’Alfred Boucher avant de devenir celle de Rodin. Signalons tout de même l’un des chefs-d’œuvre qui fut acquis il y a quelques années grâce au mécénat et au classement œuvre d’intérêt patrimonial majeur : Persée et la Gorgone (voir la brève du 10/7/08). Illustrons aussi cet article d’un achat récent dont nous n’avons pas parlé : un buste de Paul Claudel acquis auprès de ses héritiers (ill. 12) en 2016.

La visite devra en revanche être complétée par celle de l’église. Pas seulement parce qu’on y verra des œuvres religieuses1 de Ramus, Dubois et Boucher, mais aussi parce qu’elle contient de nombreuses peintures importantes parmi lesquelles un Saint Jérôme du Guerchin. Nous consacrons d’ailleurs ici un article aux œuvres de cette église.

Informations pratiques : Musée Camille Claudel, 10 Rue Gustave Flaubert, 10400 Nogent-sur-Seine. Ouvert : du 1er avril au 30 octobre, du mardi au vendredi, de 11 h à 18 h, le samedi et le dimanche, de 11 h à 19 h, fermé le lundi ; du 1er novembre au 31 mars, du mercredi au samedi, de 11 h à 18 h, le dimanche, de 11 h à 19 h, fermé le lundi et le mardi. Tarifs : 7 € (réduit : 4 €).

Site internet.


Didier Rykner, vendredi 28 avril 2017


Notes

1Notons que ce genre est peu représenté dans les collections du musée.





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