Ne pas confondre les soldats et le général


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François-Désiré Froment-Meurice (1802-1855)
Reliquaire de sainte Marie-Madeleine
Paris, église de la Madeleine
Photo : Ville de Paris - C.O.A.R.C.

Certains conservateurs des monuments historiques ou conservateurs des antiquités et objets d’art ont, semble-t-il, mal pris notre dernière brève consacrée à l’initiative de la Sauvegarde de l’Art Français et de la Junior Entreprise de l’École du Louvre.
Notre propos était pourtant sans ambiguïté. Il s’agissait de dénoncer le désintérêt évident du ministère de la Culture pour la protection des objets mobiliers. Et en aucun cas d’une attaque contre les conservateurs.

Ce malentendu - car c’en est un - nous donne l’occasion de préciser notre opinion à ce sujet. Et d’une manière très claire. L’article ne remettait nullement en cause le travail de l’immense majorité des conservateurs sur le terrain du patrimoine mobilier. Nous sommes au contraire réellement admiratif de leur combat quotidien pour le conserver, le restaurer et, bien souvent, le sauver. Notre critique - car c’en était une - visait les différents ministres de la Culture qui se sont succédé depuis plusieurs dizaines d’années et leurs proches collaborateurs, qui jamais à notre connaissance n’ont mis comme priorité de leur action la défense de ce patrimoine mobilier. Peut-on nous donner un seul exemple d’un ministre s’étant déplacé en région, dans une ville, pour visiter les édifices religieux et dire clairement l’importance de ce patrimoine ? A-t-on jamais entendu un discours d’un ministre de la Culture pour rappeler aux élus locaux et au clergé que ces objets, s’ils appartiennent aux communes, ne peuvent être vendus, qu’ils ont une importance historique et qu’il est aussi de leur ressort de les protéger ? L’argent n’est pas tout, et une volonté politique affirmée est parfois aussi utile. Quand a-t-on vu cette volonté mise en œuvre alors que les moyens des DRAC ne cessent de se réduire, notamment en personnel, limitant forcément les moyens d’actions des fonctionnaires de terrain ?

Si nous nous faisons souvent le relais de menaces contre le patrimoine, nous aimerions aussi pouvoir, plus souvent, comme c’est le cas pour les acquisitions des musées, mettre en valeur les nombreuses actions positives effectuées dans les régions sur le patrimoine mobilier. Nous le faisons lorsque nous obtenons l’information, mais s’il est un domaine où les conservateurs ne sont pas très performants, c’est bien celui de la communication. Il est très rare, lorsqu’ils font restaurer un ensemble de peintures murales, lorsqu’ils remettent en place un mobilier original, lorsqu’ils découvrent des objets importants, lorsqu’ils obtiennent des résultats qui mériteraient d’être rapportés, qu’ils nous en informent. Notre rôle est évidemment d’aller chercher l’information - et nous passons notre temps à le faire - mais il serait parfois utile pour nous d’être tenu au courant de toutes ces réalisations1.

Bref, nous ne nous trompons pas de combat. Le patrimoine en général, le mobilier des églises en particulier, menacé par l’abandon, l’oubli, les négligences, l’indifférence ou le manque de moyens mérite mieux que ce que lui consacre le ministère de la Culture (et nous parlons bien du plus haut niveau de celui-ci). Notre combat va dans le même sens que celui des conservateurs de terrain qui se battent pour le protéger.


Didier Rykner, mercredi 27 février 2013


Notes

1Il est très simple de nous contacter, toutes nos coordonnées se trouvent sur le site.




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