Napoleone e il Piemonte. Capolavori ritrovati


Alba, Fondazione Ferrero, du 29 octobre 2005 au 27 février 2006.

1. Louis-Charles-Auguste Couder (1790-1873)
Napoléon visitant l’escalier du Louvre
sous la conduite de Percier et Fontaine

Huile sur toile - 177 x 135 cm
Paris, Musée du Louvre
© R.M.N.

Depuis le 29 octobre et jusqu’au 27 février prochain, la Fondation Ferrero présente en son siège, à Alba, une exposition sur la question des réquisitions napoléoniennes d’œuvres d’art dans le Piémont puis de leurs restitutions après la chute de l’Empire. Il y a lieu avant tout de féliciter une initiative qui associe la Fondation Ferrero elle-même, la Soprintendenza per il Patrimonio Storico Artistico ed Etnoantropologico del Piemonte et le groupe de recherches dirigé par Giovanni Romano à l’Université de Turin. Car si l’événement qui se tient actuellement à Alba donne lieu à une belle exposition et à un catalogue conséquent, il s’inscrit dans un projet de recherches plus vaste, dont d’autres volets seront dévoilés ultérieurement.

L’exposition, comme son catalogue, traite de la période où Napoléon conquiert le Piémont, dès mai 1796 et organise, par l’intermédiaire d’agents, le déplacement de plusieurs œuvres, de leur emplacement d’origine vers le Louvre. Elle englobe également la période des restitutions post 1815, Lodovico Costa étant pour le Royaume de Sardaigne l’équivalent d’Antonio Canova pour les Etats pontificaux, chargé par Pie VII de récupérer les objets soustraits à Rome. Un des mérites de l’initiative d’Alba est de replacer ce phénomène dans le contexte plus général qu’il induit, à savoir une redéfinition complète de la géographie du patrimoine artistique piémontais, favorisée par la suppression des ordres religieux.


2. Giovanni Francesco Barbieri, dit Le Guerchin (1591-1666)
Le retour du fils prodigue
Huile sur toile - 192 x 203 cm
Turin, Galleria Sabauda
Photo : Service de presse

En effet, plusieurs éléments concomitants se superposent : destruction par l’armée impériale de monuments telle la cathédrale d’Alessandria, réquisitions d’œuvres des collections royales des Savoie (quarante tableaux ont été prélevés du Palazzo Reale de Turin dont Le Fils prodigue du Guerchin (ill. 2), aujourd’hui à la Galleria Sabauda), mise en vente, dès 1798, des biens accumulés par l’Eglise depuis plusieurs siècles, l’ensemble de ces faits modifiant de façon globale et irrémédiable la gestion du patrimoine artistique, son statut juridique, ses principes de conservation et de présentation, ses modalités de liquidation ou d’inventorisation, etc. La grande exposition Denon en 1999 au musée du Louvre se concentrait principalement sur la figure de « l’œil de Bonaparte » ; parallèlement plusieurs études locales en Italie ont rendu compte de manière plus précise du va-et-vient des œuvres avant et après l’Empire, notamment à Vérone lors d’une exposition en 1997, ainsi qu’avec deux ouvrages sur Pérouse et Bologne [1]. L’exposition d’Alba fait de même, son mérite étant d’exposer plusieurs tableaux de collections privées ordinairement non visibles. Elle met aussi l’accent sur le goût pour les Primitifs et les représentants de ce style dans la région, aspect dont traitait aussi le livre sur Pérouse. En élargissant son point de vue à la problématique de la muséalisation des œuvres piémontaises, elle devient de fait plus ambitieuse.


3. Charles-Louis Corbet (1758-1808)
Portrait de Napoléon Bonaparte, 1797 ?
Plâtre - H. 85 cm
Nice, Musée Massena
Photo : Service de presse

4. Antonio Canova (1757-1822)
Portrait de Pauline Bonaparte
Plâtre -46 x 27 x 27 cm
Nice, Musée Massena
Photo : Service de presse


Quelles qualités respectives comportent l’exposition et le catalogue, chacun organisé différemment ?

L’exposition comprend quatre sections : la première est dédiée à plusieurs personnages qui prirent part à l’histoire du Piémont dans ces années, Napoléon (ill. 3), sa sœur Pauline Bonaparte (ill. 4), épouse de Camillo Borghese, gouverneur du Piémont, Menou, Jourdan, Soult, les généraux de Napoléon. Cette section a l’avantage de rappeler de façon didactique l’histoire de la présence napoléonienne dans cette région. Parmi les œuvres exposées, le surtout en biscuit de porcelaine de Sèvres, provenant du Musée National de la Céramique, évoque les liens étroits entre l’art et la politique, soit la fonction de propagande conférée aux œuvres commanditées ou réquisitionnées. Parmi les statuettes, certaines reproduisent les antiques transportés de Rome à Paris. La seconde section illustre quelques exemples de restitutions d’œuvres à l’Italie après 1815, grâce à l’intervention de Lodovico Costa, élève de l’abbé Vernazza, auquel la Fondation Ferrero a consacré une monographie, Giuseppe Vernazza e la nascita della storia dell’arte in Piemonte et un colloque, Giuseppe Vernazza e la fortuna dei Primitivi, en novembre 2004, soulignant la place fondamentale de cet érudit dans l’histoire de l’art du Piémont.


5. Antoine de Lonhy
Saint Dominique
Tempera sur
panneaux
105,5 x 46 cm
Turin, Galleria
Sabauda - Anvers,
Mayer van der
Bergh Museum - Collection privée
Photos : Service de presse

5. Antoine de Lonhy
Nativité
Tempera sur panneaux
121 x 69,5
Turin, Galleria Sabauda - Anvers,
Mayer van der Bergh Museum -
Collection privée
Photos : Service de presse


5. Antoine de Lonhy
Jean-Baptiste et donatrice
Tempera sur panneaux
92 x 45,5 cm
Turin, Galleria Sabauda - Anvers,
Mayer van
der Bergh
Museum -
Collection privée
Photos : Service de presse

La troisième section offre l’opportunité de voir exceptionnellement réunis et reconstitués des polyptyques démembrés, dont les parties furent envoyées en France ou vendues à des collectionneurs privés. C’est le cas notamment du tableau d’Antoine de Lonhy (ill. 5) sectionné entre le musée Mayer van der Bergh d’Anvers (Adoration de l’Enfant), la Galleria Sabauda de Turin (Saint Dominique) et une collection privée suisse (Saint Jean-Baptiste). Enfin, la dernière section est consacrée à la conservation et à la présentation dans les musées italiens et étrangers de peintures de Primitifs du Piémont, comme Gaudenzio et Defendente Ferrari, témoignant d’un goût certain, à l’aune du XIXe siècle en Europe, pour ce style, fleuron de l’exposition organisée par Vivant Denon au Louvre et objet d’étude privilégié pour les historiens locaux tel Giuseppe Vernazza. Le choix des prêts retient quelques chefs-d’œuvre, venus de collections publiques et privées internationales. La Madone entre saint Philippe et sainte Agnès de Donato de’ Bardi (ill. 6), provenant du Metropolitan Museum de New York, est exemplaire d’un moment de diffusion du gothique international entre la Ligurie, la Lombardie et le Piémont, et caractéristique du début de la production de l’artiste, originaire de Pavie, mais actif à Gênes et à Savone.


6. Donato de’ Bardi
Vierge à l’enfant entre
saint Philippe et sainte Agnès

Tempera sur panneau - 59,7 x 33,3 cm
New York, Metropolitan Museum
Photo : Service de presse

Quant au catalogue, il comporte neuf contributions, les notices détaillées de l’ensemble des œuvres présentées dans l’exposition, et enfin les annexes, dont une bibliographie très complète qui offre un bon état des recherches sur le thème. Cette dernière a aussi l’avantage de distinguer dans une rubrique indépendante les travaux universitaires soutenus ou en cours et les sites Internet et les bases de données afférentes au sujet. Les textes des chercheurs ci-dessus mentionnés correspondent aux points développés dans l’exposition, notamment la gestion des biens mobiliers des congrégations religieuses abolies dans le Piémont annexé à la France (G. Gentile), le choix des Français dans les collections royales (M. di Macco-M. B. Failla), la fortune des Primitifs piémontais (G. Romano). La partie incombant à B. Fioravanti « Appunti per la bibliografia. Le indagini sul territorio piemontese » développe une synthèse très utile pour le chercheur sur les sources utilisées ainsi que le matériel à disposition, notamment les documents d’archives présents dans divers fonds publics et privés, à Turin et sur l’ensemble du territoire régional. Cet ouvrage permet enfin un éclairage particulier sur deux autres aspects : le patrimoine archéologique (E. Micheletto) et la question du retour en Ligurie, grâce à Lodovico Costa, d’une partie du patrimoine artistique prélevé, au moment où Gênes devient duché du Royaume de Sardaigne (M. Vazzoler).

local/cache-vignettes/L100xH130/Couverture_Napoleon_Piemont-391d3.jpg Catalogue : Sous la direction de Bruno Ciliento, avec Massimiliano Caldera, Napoleone e il Piemonte. Capolavori ritrovati, L’Artistica Editrice, 272 p., ISBN : 88-7320-125-3, 40 € (textes du catalogue : Giovanni Romano, Carla Enrica Spantigati, Bruno Ciliento, Guido Gentile, Barbara Fioravanti, Michela Di Macco-Maria Beatrice Failla, Paola Astrua, Maddalena Vazzoler, Egle Micheletto).


Anne Perrin Khelissa, vendredi 18 novembre 2005


Notes

[1] Dominique-Vivant Denon, l’œil de Napoléon, cat. expo. Paris, Musée du Louvre, oct. 1999-janv. 2000, Paris, RMN, 1999 ; 1797 Bonaparte a Verona, cat. expo. Vérone, Museo di Castelvecchio, sept. 1997-janv. 1998, Venise, Marsilio, 1997 ; Galassi (Cristina) Il tesoro perduto. Le requisizioni napoleoniche a Perugia e la fortuna della « scuola » umbra in Francia tra 1797 e 1815, Perouse, Volumnia, 2004 ; Camurri (Daniela), L’Arte perduta. Le requisizioni di opere d’arte a Bologna in età napoleonica (1796-1815), Bologne Minerva Edizioni, 2003.



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