Musées et sociétés d’amis : le vertueux exemple de Troyes


1. Entourage de Dominique
Florentin (1506–1570/71)
Allégorie de la Charité,
vers 1540-1550
Marbre - 40 x 14 x 12 cm
Troyes, Musée d’art
et d’histoire
Photo : Musée d’art
et d’histoire
de Troyes

27/04/2010 - Acquisitions et Publication - Troyes, Musées d’art et d’histoire - Pas de (vrai !) musée sans sa société d’amis. C’est là, osons le dire, que se trouvent les vrais mécènes ou du moins les plus dévoués à la bonne cause des musées, bien davantage motivés par l’amour de l’art que par les déductions fiscales ! Une magnifique démonstration vient de nous être donnée à Troyes, dont la très active Société des Amis des Musées d’Art et d’Histoire (un demi-millier de membres), ces tenants de l’intérêt général, inlassables « passeurs d’Art » pour reprendre l’heureuse formulation de sa présidente1, a pu fêter en décembre 2009 ses soixante années d’existence (elle fut fondée en 1949, dans la renaissance que voulait signifier l’après-guerre). Ce qu’elle a tenu à marquer par la publication d’un catalogue qu’on trouvera tout à fait instructif, édifiant même, le mot s’impose, qui, rédigé par les conservateurs des musées concernés, récapitule les dons offerts par la société depuis 19892. En 1974 puis en 1989, deux précédents catalogues, le deuxième surtout avec une vraie exigence éditoriale3, avaient déjà mis en valeur l’apport des (quarante) années antérieures.
On ne peut que saluer l’intelligente et confiante constance de cette société d’amis tout à la fois donatrice et éditrice : l’écueil, à ses yeux, eût été de s’en tenir à une simple addition de visites, de conférences et de voyages … Il n’en est rien, tout au contraire.

2. Jean-Michel Picart (1600–1682)
Vase de fleurs sur un entablement
Huile sur cuivre - 50 x 40 cm
Troyes, Musée d’art et d’histoire
Photo : Musée d’art et d’histoire de Troyes

Se fondant sur une bonne entente – indispensable, il va de soi – entre les amis-mécènes et le musée (une réalité proprement plurielle à Troyes car, en sus des Beaux-Arts et de la collection d’art moderne de Pierre Lévy, il y a la bonneterie, l’archéologie, l’histoire naturelle et jusqu’à la pharmacie de l’ancien hôpital), la présente moisson se révèle spectaculaire. Noms prestigieux de la peinture ou de la sculpture, diversité des curiosités et des techniques vont caractériser ce vertueux florilège. Autant de démarches, souvent menées en vente publique, que renforce à l’occasion, pour qu’elles soient justement encore plus efficaces, tout un jeu de subventions accordées par le Fonds régional d’acquisition des musées ou par la ville même. C’est ainsi qu’est entrée en 2004 une exceptionnelle Allégorie de la Charité4 (ill. 1), marbre attribuable à Dominique Florentin sinon à son proche entourage, de ce gracieux sculpteur maniériste d’origine italienne, si présent à Troyes au XVIe siècle où il fit carrière (œuvres au musée de Vauluisant, spécialisé comme l’on sait dans la sculpture ancienne, notamment troyenne, et à l’église Saint-Pantaléon, le patrimoine troyen étant, il convient de le noter, d’une extrême richesse et souvent encore en place dans les édifices religieux). Que les peintres, troyens d’origine ou représentés in situ, comme Pierre Mignard (belle grisaille préparant un frontispice de thèse vers 1664, acquise en 20025), ou Tassel le Langrois (savoureux et puissant Adam et Eve marqué par le souvenir des sveltes académies d’Abraham Bloemaert, un tableau opportunément entré en 19956) ne puissent manquer à l’appel, cela s’impose presque avec la logique de l’évidence, et que faire alors chaque fois sans la manne des Amis des Musées ! Mais l’impérieuse et noble préoccupation locale, si légitime en soi (bien entendu, elle se comprend encore mieux lorsqu’elle se porte comme ici sur de vraies célébrités artistiques), ne saurait exclure des choix plus larges. Il suffit après tout qu’ils soient justifiés par la qualité ! On se réjouira donc de l’arrivée – en 1999 – de l’une des plus belles natures mortes (pas si défuntes que cela !) du XVIIe siècle français, pour rejoindre à Troyes d’autres exemples de cette spécialité chérie du public d’aujourd’hui (Dupuis, Baudesson le Troyen, Damien Lhomme lui aussi lié à Troyes7), à savoir un Vase de fleurs sur un entablement de Jean-Michel Picart8 (ill. 2), comme il ne s’en trouve pas d’exemple au Louvre, un cuivre impeccable et raffiné de la meilleure ascendance ou mouvance nordique : Picart, d’origine anversoise – Pickart ou Pickaert avant francisation de son nom –, actif marchand de tableaux autant que peintre – il fut en relation étroite et suivie avec le grand négociant d’Anvers Musson –, Picart n’est pas sans rivaliser ici avec Van Aelst, Daniel Seghers ou Van Thielen …, dans un baroquisme de couleurs et de formes qui l’associe à merveille à Monnoyer et à Blain de Fontenay : la Société des Amis des Musées de Troyes ne pouvait arborer plus brillante et florissante élection.

3. Nicolaas Verkolje (1673–1646)
Le Christ bénissant les enfants (Sinite parvulos)
Huile sur bois - 36 x 42 cm
Troyes, Musée d’art et d’histoire
Photo : Musée d’art et d’histoire de Troyes

Tout aussi rare et précieux dans nos musées (cette fois, le Louvre détient et même expose – depuis peu – une peinture de ce maître) est le Christ bénissant les enfants de Nicolaas Verkolje (ill. 3), spécialement acquis en 2008 – sur les fonds propres de la société, observons-le – pour marquer au mieux son 60e anniversaire9. Une œuvre au fini exquis et d’un sujet attachant, qui témoigne admirablement que la grande qualité de métier et de charme de la peinture hollandaise ne s’éteint nullement au XVIIIe siècle : il est même très avisé de chercher à acquérir des œuvres de cette période encore mal comprises (elles restent abordables, même lorsqu’elles sont comme ici du plus haut niveau). Un tableau d’un raffinement aussi virtuose n’eût certes point déparé les incomparables ensembles du Rijksmuseum d’Amsterdam (de cet artiste, il ne possède pourtant qu’un portrait et une évocation allégorisée d’Amsterdam, mais aucun tableau religieux ou mythologique), tandis que le fameux Mauritshuis de La Haye ignore tout simplement un tel maître. Pour faire mentir justement nos prétendues étroitesses hexagonales, voici que Troyes dont la série hollando-flamande10 n’est d’ailleurs pas négligeable (Gillis Mostaert, Spranger, Willaerts, Jacob Cuyp, Tilborch, Hieronymus Janssens, Bijlert – un bel achat de 1985 – Van Lint, autre significatif achat, lui, de 1986, deux acquisitions où intervint bien sûr la société, Jacob van Strij, Schelfhout, Kleyn …), voici que Troyes, menant une très bonne guerre …, contribue à nouveau à l’élargissement du patrimoine national.

4. Etienne Bouhot (1780–1862)
Vue de la salle de spectacles, de
la porte et de l’église
de la Madeleine, à Troyes
, vers 1822
Lavis et plume d’encre de Chine sur
papier bis - 28 x 44 cm
Troyes, Musée d’art et d’histoire
Photo : Musée d’art et d’histoire de Troyes

Le reste des dons relevant des Beaux-Arts est nettement axé sur l’intérêt local, mis à part une jolie esquisse de Suvée11 pour la Fête à Palès du Salon de 1783 au musée de Rouen (achat de 1993), ce qui ne veut pas dire qu’il faut pour autant les minorer, tant l’histoire de l’art gagne à toutes les explorations, se nourrit de redécouvertes et de réhabilitations. Comme la Société des Amis l’avait déjà prouvé (voir les catalogues de 1974 et 1989), et c’est à l’évidence le rôle intelligent d’une société d’amis qui œuvre en quelque sorte dans la tradition des « curieux » d’autrefois, il faut savoir honorer le sens du passé et du genius loci, répondre à des exigences documentaires souvent formulées par les conservations ; recueillir ainsi telles feuilles troyennes du XVIIIe siècle émanant de Lelu12 ou du rare et énigmatique Herluison13, acquérir tel soigneux Bouhot parce qu’il évoque un aspect disparu ou très modifié de la ville14 (ill. 4), renchérir encore sur l’excellence des fonds d’artistes d’origine régionale, les sculpteurs notamment, si bien considérés à Troyes, tels Paul Dubois15 ou Jules Franceschi16 (le musée est un véritable conservatoire de leur œuvre), ou bien défendre la mémoire d’un bel orientaliste natif de l’Aube et guère montré ailleurs, Gustave Pinel dont le Repos de chameliers dans le Sud Algérien17 (ill. 5) est aussi enchanteur dans son jeu d’ocres et de roses que le serait un Gérôme ! La complicité de la société (et l’entregent des conservateurs) s’est même étendue à l’ultra-contemporain Jacques Monory, alors même qu’il y a aussi à Troyes le très réputé Musée Pierre Lévy, mais le tableau de cet artiste intitulé Supplément n° 21, spécial Filature de 199118 avait sa place toute trouvée, très suggestive sur le plan plastique, au musée de la Bonneterie, cette fameuse spécialité industrielle de la ville. Voilà bien un rare esprit d’ouverture, ou un clin d’œil pour parler à la mode d’à présent, qui n’en rend que plus vivants – et légitimes ! – les musées.

5. Gustave Pinel (1842–1896)
Le repos du chamelier dans le sud Algérien, vers 1880-1890
Huile sur toile - 60 x 92 cm
Troyes, Musée d’art et d’histoire
Photo : Musée d’art et d’histoire de Troyes
i

Il serait injuste, même si cela échappe quelque peu à nos préoccupations, de ne pas mentionner, au moins en passant, la sérieuse part de l’archéologie avec notamment deux situles de bronze d’origine auboise et un important trésor monétaire fortuitement découvert à Saint-Thibault près de l’Ozain, ou bien l’importance de telle orfèvrerie locale (élégante timbale d’argent d’Edme Fauveau19, vers 1750-1751, achetée en 2007) qui renforce tout un fonds provenant en partie de l’Hôtel Dieu et devant être un jour présenté au musée (dons en 1993 par l’intermédiaire des Amis des Musées qui jouent ici utile rôle d’interface, ou achats divers, toujours avec la participation de la société), sans compter l’histoire naturelle20 avec un bel herbier d’origine locale (1100 échantillons de 1098 espèces rassemblés dans sept volumes reliés) qu’il fallut sauver d’une dispersion en vente publique, ainsi que de soigneuses collections de coléoptères (632 spécimens) et de chenilles soufflées, un secteur fort respectable à Troyes (son Muséum compte sans doute plus de 350 000 pièces !).

Tant d’efforts (et de réussites), et tout autant de dévouements patients et discrets (de l’éloge de l’abnégation et du bénévolat !) méritent une juste conclusion : que le musée des Beaux-Arts, le musée Saint-Loup autrement dit, parent pauvre de l’étonnante pléiade culturelle qui fleurit à Troyes (éblouissant musée d’art moderne logé en plein ancien palais épiscopal par la volonté conjointe d’un maire éclairé et d’un collectionneur-donateur inspiré, musée de Vauluisant si heureusement dévolu, on l’a déjà dit, à la sculpture et à la peinture troyennes des XVe-XVIe siècles comme à l’ancestrale bonneterie, muséum d’histoire naturelle, musée de la pharmacie de l’hôtel-Dieu, et puis l’éclatante réussite d’un secteur sauvegardé qui protège et déifie toute la ville ancienne), que ce musée Saint-Loup mal aimé – mais pourquoi donc ? – se redéploye enfin comme il le mérite, et comme il le peut désormais puisque les locaux adjacents de l’ancienne bibliothèque ne sont plus utilisés. Qui ne déplorera la criante situation actuelle de collections de peintures et de sculptures aussi riches et d’intérêt proprement national que sous-exposées ou pauvrement disposées et mal éclairées –la plus belle série d’œuvres de Natoire visible en France, une suite majeure de tableaux de Jacques de Létin et de Jean Tassel, un magistral et fascinant XIXe siècle21 qui se partage entre Paul Delaroche, Pierre-Eugène Maison, Luc-Olivier Merson, Hubert-Denis Etcheverry, Victor Biennourry, Yan Dargent ou Antoine Chintreuil, sans parler d’une stupéfiante abondance de sculptures, de Girardon à Pradier, de Boucher (Alfred) à Cordier, Jaley, Ramus, Simart, tous propres à enchanter nos rêves d’évasions poétiques ! Le temps est venu d’espérer, puisque, à Troyes, les musées et leurs valeureux amis s’activent en nous enrichissant superbement.

Musées et Mécènes. 60 ans des Amis des Musées d’Art et d’Histoire de Troyes, Troyes, 2009, 100 p. ISBN 290163527


Jacques Foucart, jeudi 29 avril 2010


Notes

1. Cf. Françoise Caumont, dans son introduction au catalogue Musées et Mécènes / 60 ans des Amis des Musées d’Art et d’Histoire de Troyes, Troyes, 2009, p. 9, qui souligne que « Nés au lendemain d’une guerre, les Amis des Musées poursuivent, soixante ans après, une bataille pacifique dans un monde de plus en plus perturbé par les troubles financiers et les risques écologiques », et d’ajouter avec esprit : « Ils ne peuvent donc prendre leur retraite » !

2. Op. cit. à la note 1. Catalogue de 100 pages avec 78 reproductions, pour la plupart en couleurs. Avant-propos de Pierre Pomez, président d’honneur des Amis des Musées d’Art et d’Histoire ; mot d’introduction de Françoise Caumont : « Soixante ans au service des musées », cf. supra, note 1. Les notices classées sous les rubriques : Beaux-Arts / Peinture, Sculpture, Arts graphiques – 16e, 17e, 18e, 19e, 20e siècle(s), et Autres collections / Archéologie, Objets d’art, Bonneterie, Histoire naturelle sont dues à la conservation des musées : Pascal Leblanc, Brigitte Massé, Claudie Pornin, Christelle Prunier, Philippe Riffaud-Longuespé et Chantal Rouquet, directeur des musées.

3. Les 25 ans des amis des musées de Troyes / 25 ans de mécénat, Troyes, Musée de l’Hôtel de Vauluisant, décembre 1974 – février 1975, 32 pages, 53 numéros, mais il s’agit d’une modeste brochure ronéotypée, maigrement illustrée (7 reproductions en noir et blanc). L’exposition, il est vrai, ne présentait qu’un choix parmi les 146 œuvres données de 1949 à 1974. – Richesse d’une donation 40 ans de mécénat des Amis des Musées de Troyes, Troyes, Musée des Beaux-Arts, novembre 1989 – février 1990, n.p. [100 pages environ], 60 reproductions dont 13 en couleurs. Parmi les dons de peinture ancienne catalogués là, notons des œuvres de Philippe de Champaigne (1986), Bijlert (1985), Van Lint (1989), P. Mignard (1985), Natoire (1981 et 1979), Tocqué (1981), soit un somptueux bilan.

4. Marbre blanc avec traces de dorure. H. 0,40 ; L. 0,14. Repr. p. 16. Cette sculpture a été signalée au musée par Jean-René Gaborit, alors conservateur général des musées nationaux, chargé du département des sculptures du Louvre. Le catalogue, pourtant assez soigné, ne précise pas la provenance de l’œuvre, ce qui est certes regrettable pour une publication de ce genre, par ailleurs fort bien documentée.

5. Projet en grisaille pour un frontispice de thèse : les vertus du président Lamoignon (1617-1672), gravé par François de Poilly en 1664 et 1671. T. H. 0,47 ; L. 0,58. Repr. p. 20. Acquis en vente publique à Paris (Christie), 26 juin 2002, n° 23.

6. T. H. 1,00 ; L. 0,81. Repr. p. 24. Acquis à la galerie Marcus, Paris.

7. Pierre Dupuis (attribué à), Corbeille de fleurs (entré en 1864) ; Nicolas Baudesson, Fleurs (achat de 1995) ; Damien Lhomme (attribué à), Vanité aux livres dont une page d’almanach porte la date de 1641 et le nom de « Damien Lhomme Troyen » (achat de 1972). Un « Lhomme » est cité par l’abbé de Marolles (1666) comme peintre, en compagnie de Baudesson justement, qui peut correspondre à l’imprimeur et faiseur d’almanach Damien Lhomme, actif à Troyes au XVIIe siècle. A ce sujet, cf. l’article de Jacques Foucart, « Sur une nature morte oubliée de Damien Lhomme [tableau d’une collection privée, mis en rapport avec la Vanité de Troyes], Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art français, 1982, p. 59-62.

8. Cuivre. H. 0,50 ; L. 0,40. Repr. p. 22. Acquis à la galerie Eric Turquin, Paris. Sur Picart, dont les actives relations commerciales ont été bien étudiées par Denucé (1949), cf. la mise au point de Marie-Louise Hairs, Les peintres flamands de fleurs au XVIIe siècle, Paris-Bruxelles, 1985, p. 376-384 et vol. II, p. 39-40 (liste d’œuvres), qui tient compte bien entendu des recherches de Michel Faré (1962, 1974). Dans les musées français, Hairs ne peut signaler que deux tableaux de fleurs, à Saint-Etienne (achat de 1872), ceux de la collection de Louis XIV n’étant pas localisés.

9. B. H. 0,36 ; L. 0,42. S.b.d. : N. Verkolje. Repr. p. 34 et en couverture du catalogue. Acquis chez Etienne Bréton, expert-conseil et courtier en œuvres d’art, Paris, 2008. Le tableau du Louvre représente Proserpine, fille de Cérès cueillant des fleurs avec ses compagnes dans la prairie d’Erna (sujet tiré des Métamorphoses d’Ovide) T. H. 0,65 ; L. 0,82. S.b.g. : N. Verkolje. Acquis sous Louis XVI en 1783, cf. J. Foucart, Catalogue des peintures flamandes et hollandaises du musée du Louvre, Paris, Gallimard-Musée du Louvre éditions, 2009, p. 324 avec repr. Dans les musées français, notons encore une Suzanne et les vieillards à Quimper (legs Silguy, 1864) et un Portrait de dame (1705), également à Quimper (achat de 1987), et, à Carcassonne, un Amour endormi (achat de 1985).

10. Cf. le catalogue Tableaux flamands et hollandais / Collections du musée des Beaux-Arts de Troyes, Troyes, 1990, 132 pages. Etude exhaustive du fonds par Hélène Meyer et Mirjam Wijnands : 59 tableaux, tous reproduits dont 10 en couleurs.

11. T. H. 0,56 ; L. 0,56. Repr. p. 32. Acquis chez N. Fiertag à Paris.

12. Evêque bénissant des fidèles dans la basilique Saint-Urbain à Troyes. Plume et lavis de sépia, mine de plomb sur papier bis. H. 0,40 ; L. 0,25. Repr. p. 29. Acquis en vente publique à Paris, Hôtel Drouot (Ader-Picard-Tajan), 27 novembre 1990. Lelu a dû exécuter ce dessin vers 1802, lorsqu’il accompagna le collectionneur Charles-Etienne de Bourgevin Vialard de Saint-Morys dans ses « voyages archéologiques », voués à l’étude du passé monumental français qui venait d’être vandalisé par la Révolution et qui était dorénavant menacé de destruction (Lelu avait déjà travaillé à partir de 1785 pour Saint-Morys père, fameux collectionneur de dessins). Précédemment en 1971, la Société des Amis des Musées de Troyes avait acheté neuf autres dessins de Lelu évoquant Troyes (sur un total de 27), dans le vaste fonds topographique proposé en vente chez Prouté à Paris à l’automne 1970 (52e catalogue, nos 148 à 220, soit 173 dessins de cet artiste relatifs au Valois, au Soissonnais et à la Champagne). Le catalogue des dons de la société (1974) en reproduit deux (nos 19 et 24). En plus de Troyes, les musées de Soissons, de Sceaux et de Senlis acquirent alors quelques autres dessins de ce fonds. En décembre 1993, toujours chez Prouté, Soissons et Crépy-en-Valois en achetèrent encore. Lelu, alerte dessinateur, se révèle comme un « reporter » archéologue et topographe de premier ordre. Comment ne pas regretter, avec le recul des années, qu’un tel ensemble n’ait pas été acheté en bloc pour être sauvegardé pour l’étude et la documentation des monuments du Moyen Age et l’iconographie ancienne des villes !

13. Louis Herluison (attribué à), Esquisse de la naissance du Sauveur, avec inscription ancienne sur le papier de montage indiquant que ce croquis « a servi au tableau en grand » [disparu] de l’église Saint-Pantaléon de Troyes, tableau « fait par herluison de Troyes peintre en 1740 ». Pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier bleu. Repr. p. 28. Acquis du collectionneur Jean de La Motte de Broöns, Paris, 1997. Voir dans le catalogue une intéressante discussion sur l’identification du Herluison en question, de cette vaste famille de sculpteurs-menuisiers ou peintres actifs à Troyes aux XVIIe et XVIIIe siècles. – Un beau document qui, au-delà d’un simple intérêt local, révèle un artiste peu connu, de la suite des Coypel, enrichissant notre approche de la peinture religieuse en France au XVIIIe siècle.

14. Vue de la salle de spectacle de Troyes, de la porte et de l’église de la Madeleine. Lavis et plume d’encre de Chine noire, sur papier bis. H. 0,28 ; L. 0,44. Repr. p. 40. Acquis à la galerie Daniel Greiner, Paris, en 1991. Bouhot étant passé à Troyes en 1809 et 1822, le dessin a dû être exécuté à cette dernière date, estime le rédacteur de la notice du dessin.

15. Le catalogue (p. 44) rappelle à bon escient que Paul Dubois est représenté au musée de Troyes par un ensemble de 173 sculptures, 63 peintures et 70 dessins issus pour la plupart du legs que l’artiste fit en 1905 de son fonds d’atelier. Comme l’on apprécierait qu’un tel ensemble, tout à la gloire de ce sculpteur marquant, soit un jour publié intégralement ! – Le Courage militaire, repr. p. 45, réduction en bronze d’une des figures du tombeau du général Lamoricière (inauguré en 1879), de ces réductions comme telles abondamment diffusées par la maison Barbedienne, a été donné par les Amis des Musées de Troyes sur achat en vente publique à Paris, Hôtel Drouot, le 19 décembre 2003, rejoignant d’autres bronzes relatifs à ce tombeau, donnés en 1980 par la petite-fille du sculpteur. – Le dessin d’Eve, repr. p. 46, l’une des figures favorites de Dubois qui se complaisait dans cette recherche de gracilité néo-Renaissance (61 autres études dessinées sont ainsi conservées au Louvre-Orsay), en vue de la grande sculpture du Salon de 1873 (plâtre au musée de Troyes), a été acquis, cette fois encore à l’hôtel Drouot, le 22 mars 2001. – La Madeleine repentante, repr. p. 48, autre belle recherche typique de Dubois, a été achetée, toujours à Drouot, le 18 juin 2001. Le processus créateur de l’artiste est ainsi suivi au mieux, Troyes possédant déjà sept esquisses de Madeleine. On voit avec quel soin le musée, grâce au concours de sa société d’amis, veille à améliorer et perfectionner le fonds monographique d’un de ses meilleurs sculpteurs.

16. De Jules Franceschi, Troyes possède l’essentiel de son fonds d’atelier, donné par sa veuve en 1900 et 1903 (35 œuvres, surtout des plâtres). En 1994, la Société des Amis des Musées de Troyes supporte l’achat d’un bronze de la Fortune (1882), d’une élégante sveltesse typique, là encore, d’un goût néo-Renaissance cher au XIXe siècle. H. 1,10. Repr. p. 50.

17. T. H. 0,60 ; L. 0,92. S.b.d. : G. Pinel. Repr. p. 60. Acquis en vente publique à Troyes, le 11 mars 2001, n° 78. Pinel passe à l’orientalisme à partir de 1887. – Dans les achats-dons d’œuvres du XIXe siècle, on relèvera encore les noms parfois peu connus et le plus souvent troyens ou liés à Troyes de Jules Aviat, Alfred Boucher (des peintures de cet artiste plutôt sculpteur), Charles Cuisin, Adrien Moreau (18 dessins d’illustration pour un roman de 1896), Victor Petit, Victor Salle, Henri Schäfer, Jules Schitz, etc.

18. T. H. 1,50 ; L. 1,60. Daté 1991. Repr. p. 88. Acquis en 1997.

19. Timbale en argent, à piédouche. H. 0,09. Poids : 140 gr. Inscription : M. Delace (nom d’un possesseur de l’objet ?). Poinçon dont celui de l’orfèvre troyen Edme-Antoine Fauveau (1698-1760). L’œuvre date des années 1750-1751. Repr. p. 84. Les autres pièces d’orfèvrerie acquises avec le concours de la Société des Amis sont citées p. 85.

20. Cf. le catalogue, p. 91-97.

21. Un suggestif (mais partiel) aperçu des ressources du fonds de Troyes en peintures et sculptures du XIXe siècle est donné par le catalogue Prédilections académiques / Collections du musée des Beaux-Arts de Troyes, 1989, ouvrage d’Hélène Meyer et Chantal Rouquet (23 notices de peintures, toutes reproduites en couleurs, et 16 notices de sculptures). A propos de Simart, relevons que deux dessins, La Peinture et La Sculpture, relatifs aux figures allégoriques du décor sculpté du Salon Carré du Louvre, ont été donnés par la société en 1993 sur achat à la Galerie Coligny à Paris. Repr. p. 66 et 68 (comme attribués à Simart). Ils portent un cachet PPC qui ne prouve pas forcément qu’ils aient appartenu à Puvis de Chavannes, cette marque PPC (authentique ?) ayant pu être apposée postérieurement. Le musée de Troyes possède bien entendu dans son riche fonds Simart les modèles en plâtre, en haut-relief, des quatre allégories du décor en question.


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