Musées et politique : la démonstration par l’absurde


Le mariage malsain entre la politique et les musées, que nous ne cessons de dénoncer sur La Tribune de l’Art, aboutit aujourd’hui, avec le conflit diplomatico-judiciaire qui vient torpiller de nombreuses expositions organisées par les musées français dans le cadre de l’année du Mexique, à une situation totalement absurde.

Nous ne commenterons pas ici les dernières déclarations du président de la République Nicolas Sarkozy à propos de l’affaire Florence Cassez. Que celle-ci soit innocente ou coupable, que les juges mexicains aient ou non failli à leur mission, en quoi ceci regarde-t-il, de près ou de loin, les musées ? Cette comédie dramatique, l’amateurisme invraisemblable de nos gouvernants et les annulations des événements prévus qui en découlent prouvent une chose : le ridicule et l’inanité de ce type d’opération. L’année de la Turquie (en 2009), celle de la Chine (en 2004) ou de la Russie (en 2010)... Coup de chance, ce n’était pas en 2011 l’année de la Libye.
Les expositions organisées pour ce genre d’occasion, si elles peuvent avoir parfois un fond scientifique grâce au professionnalisme des conservateurs, sont-elles bien nécessaires ? Répondent-elles à un programme précis de nature scientifique ? Evidemment non. Il s’agit d’opérations montées trop rapidement (moins de deux ans pour le Mexique), pour de mauvaises raisons et très coûteuses. Le gâchis est immense.

Il est très regrettable que ces expositions soient annulées du jour au lendemain. Mais cela serait-il arrivé si on laissait les musées travailler tranquillement, sans le diktat de l’audimat ou la nécessité de complaire à tel ou tel gouvernement ? Saint-Romain-en-Gal, par exemple, dont l’exposition sur « les cultures antiques de Véracruz » a été fermée avant même son ouverture, est un musée d’archéologie gallo-romaine. Il n’avait pas vocation à organiser une exposition sur le Mexique. Et à supposer qu’il ait souhaité le faire, c’était à lui de décider (évidemment avec l’accord de sa tutelle) d’un partenariat direct avec les musées de ce pays, sans que l’initiative provienne des gouvernements. La crise entre le Mexique et la France n’aurait certainement pas amené l’annulation de cette rétrospective qui devait ouvrir le 18 février.
L’argent et l’énergie dépensés dans ces manifestations auraient pu être utilisés de manière bien plus utile sans l’intervention de ces politiques qui, décidément, ne comprennent vraiment rien à l’art et aux musées.


Didier Rykner, mercredi 23 février 2011



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