Musées et monuments, des appels à souscription toujours plus nombreux


17/4/16 - Acquisitions, restauration et souscriptions - Toul, Tarbes, Giverny et Azay-le-Rideau - La baisse des budgets dédiés à la culture a pour corollaire la multiplication des appels au mécénat populaire. Alors que celui-ci devrait apporter plus d’argent, il a ainsi tendance parfois à se substituer aux fonds publics, ce qui soulève de vraies questions. Il reste que cela permet à certains musées d’acheter des œuvres qu’ils ne pourraient pas acquérir sans cet apport ou à certains monuments d’être restaurés plus rapidement. Il faut y ajouter une dimension pédagogique, en incitant les citoyens à s’impliquer activement dans l’enrichissement des musées et la protection du patrimoine.


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1. France, vers 1520-1540
Sainte Catherine d’Alexandrie
Calcaire polychrome - 138 x 58 x 37 cm
Toul, Musée
Photo : Musée de Toul
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2. France, vers 1520-1540
Sainte Marie-Madeleine
Calcaire polychrome - 136 x 51 x 26 cm
Toul, Musée
Photo : Musée de Toul

Il est difficile d’être exhaustif tant les initiatives sont nombreuses (et nous n’en avons pas toujours connaissance). Voici quelques exemples toujours en cours. Tous les dons bénéficient de déductions fiscales (66 % du montant du don sur l’impôt sur le revenu et 60% sur l’impôt sur les sociétés).


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3. France, fin XVe siècle
Arrestation du Christ
Calcaire - 60 x 60 cm (environ)
Collection particulière
Photo : Musée de Toul
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4. France, fin XVe siècle
La Cène
Calcaire - 60 x 60 cm (environ)
Collection particulière
Photo : Musée de Toul

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5. France, fin XVe siècle
Le Couronnement d’Épines
Calcaire - 60 x 60 cm (environ)
Collection particulière
Photo : Musée de Toul

Le Musée de Toul a lancé une souscription qui fait suite à une première opération réussie, menée avec le concours de la Fondation du Patrimoine. L’année dernière en effet, il s’agissait d’acheter, auprès d’un particulier, deux sculptures de la Renaissance, une Sainte Catherine d’Alexandrie (ill. 1) et une Sainte Marie-Madeleine (ill. 2). En pierre calcaire polychrome, ces statues datent des années 1520-1540 et ont probablement orné les autels de la cathédrale Saint-Étienne de Toul jusqu’à la Révolution française. La souscription a permis de récolter 10 000 € tandis que le Fonds Régional d’Acquisition pour les Musées (FRAM) abondait pour 110 000 € et que la ville complétait avec 20 000 € ces acquisitions pour un montant total de 140 000 €.
Le succès de cette campagne a donc incité le musée à se lancer dans une deuxième opération de ce type. Il s’agit d’acheter, pour 68 000 €1, provenant de la même collection, trois groupes sculptés de la fin du XVe siècle représentant des scènes de la vie du Christ qui ornaient avant la Révolution les voussures du portail de la cathédrale (ill. 3 à 5). Le bulletin de souscription peut être téléchargé ici, mais il est possible de contribuer directement sur internet grâce à la Fondation du Patrimoine.


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6. Maître d’Alcira (actif second quart du XVIe siècle)
Prédelle, vers 1526
Huile sur panneau - 106 x 334 cm
Galerie Leegenhoek
Photo : Galerie Leegenhoek

À Castres, où le Musée Goya est bien connu pour sa collection de peintures espagnoles, l’initiative a été prise par l’Association des Amis des musées de Castres qui a lancé fin janvier sa première souscription. Il s’agit d’acquérir, auprès de la Galerie Leegenhoek à Paris, pour un montant total de 50 000 €, une prédelle du Maître d’Alcira (ill. 6), actif à Valence en Espagne au XVIe siècle. L’œuvre est actuellement visible au musée.
La somme récoltée était, au moment où nous avons commencé à rédiger cet article, de 11 000 €, ce qui est bien sûr insuffisant. Pour obtenir une aide de l’État (et alors que la ville ne semble pas mettre un sou dans cette achat...), la société des amis doit réunir au moins 25 000 €, à défaut de pouvoir tout financer grâce à la souscription. (25 000 €). Toutes les informations se trouvent sur le site de l’association. Remarquons qu’il est dommage qu’il ne soit pas possible de payer par internet ce qui doit décourager plus d’un souscripteur potentiel.

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7. Gustave Caillebotte
Parterre de marguerites
Huile sur toile - quatre fragments (200 x 100 cm)
Collection particulière
Photo : Brame & Lorenceau

Le musée des Impressionnismes de Giverny au contraire a lancé sa souscription via un site spécialisé dans ce genre d’opérations, ce qui garantit à la fois une meilleure visibilité et une plus grande facilité pour le donateur potentiel.
Il s’agit ici d’acquérir chez les descendants de Gustave Caillebotte, un tableau ou plutôt quatre fragments d’un tableau (ill. 7). En effet, cette grande toile représentant un Parterre de marguerites, conçue comme un panneau décoratif pour la salle à manger du peintre et jamais achevée, avait souffert d’être longtemps resté dans de mauvaises conditions de conservation. Il fut donc décidé de couper l’œuvre, qui présentait des déchirures et de nombreuses et vastes parties non peintes, en quatre panneaux d’égale dimension... Toute cette opération a été documentée et les chutes conservées. Frédéric Frank, directeur du musée, et Marina Ferretti, sa directrice scientifique, nous ont indiqué qu’« une de [leur] préoccupations serait d’étudier l’opportunité et l’intérêt scientifique de reconstituer la toile d’origine dans son ensemble [ce qui] semble un chantier vaste et complexe mais [pour lequel ils n’ont] pas constaté d’éléments qui s’opposeraient à une réversibilité des opérations effectuées, tous les travaux de découpage et de restauration [ayant] en tout cas été effectués dans les règles de l’art ».
L’œuvre est présentée jusqu’au 7 juillet au musée dans le cadre de l’exposition Caillebotte, peintre et jardinier dont nous parlerons bientôt. Son prix est de 360 000 €. 145 000 viennent du fonds d’acquisition du musée, 50 000 du mécénat d’entreprise, 5 000 de la société des amis du musée qui vient d’être créée. 20 000 € sont attendus de la souscription et le reste devrait être recherché par d’autres actions de mécénat et l’organisation d’événements. On remarquera qu’à 34 jours de la fin de l’opération, la plate-forme Kisskissbankbank a déjà récolté 18 135 euros. L’objectif de 20 000 € devrait donc être largement dépassé.

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8. Château d’Azay-le-Rideau
(2014, avant le début des restaurations)
Photo : Didier Rykner

Nous conclurons cet article avec le Centre des Monuments Nationaux. Celui-ci, qui avait déjà lancé une souscription à l’occasion de la restauration du Panthéon, a mis en place une opération à plus long terme, sous le nom de « Une pierre à l’édifice ». Il est possible d’aider plusieurs monument, au choix, l’accent étant porté actuellement sur la restauration des épis de faitage du château d’Azay-le-Rideau. Nous avons à deux reprises évoqué ce chantier sur le site (voir les articles). Les autres chantiers concernés sont la restauration de l’ermitage - une église troglodyte du XIe siècle - de l’abbaye de Montmajour et celle de deux groupes sculptés du XIXe siècle du château de Champs-sur-Marne. Il est même possible de donner pour un autre monument, au choix.


Didier Rykner, dimanche 17 avril 2016


P.-S.

Nous rappellerons également la souscription, toujours en cours, du Musée des Beaux-Arts de Rennes, pour acquérir un fonds de dessins d’Armand-Félix Jobbé-Duval (voir l’article).


Notes

1Le FRAM contribue à hauteur de 50 000 €, il reste donc 16 000 pour la ville et la souscription. Il est évident que plus la souscription a de succès, plus cela encourage la ville à poursuivre et à encourager ce type d’opérations.





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