Musée Magnin : quatre tableaux restaurés


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Abraham Janssens (vers 1575-1632)
La Joie et la Mélancolie, 1623
Huile sur bois - 105 x 75 cm
Dijon, Musée Magnin
Photo : RMN-GP/M. Rabeau

7/10/14 - Restauration - Dijon, Musée Magnin - La marge de manœuvre de Rémi Cariel, conservateur du Musée Magnin, est assez mince, puisqu’il lui est interdit d’acquérir de nouvelles œuvres. Il peut en revanche rendre vie à celles que le musée possède déjà : une collection de plus de 1500 peintures, dessins, meubles et objets d’art qui fut constituée par Jeanne et Maurice Magnin, frère et sœur, et finalement léguée à l’État en 1938, en même temps que l’hôtel particulier qui lui sert encore d’écrin aujourd’hui, avec le désir qu’on ne la complète pas par des acquisitions ultérieures. Les deux collectionneurs achetaient avec la volonté d’illustrer les principaux moments de l’histoire de l’art. Ils ne recherchaient pas les maîtres les plus fameux – même s’ils étaient enclins à faire parfois des attributions généreuses - mais s’intéressaient davantage à leur entourage.
Rémi Cariel veille donc à l’état de conservation des œuvres qui lui sont confiées, et c’est avec l’aide de la Fondation BNP Paribas que quatre tableaux du XVIIe siècle, deux Italiens et deux Flamands ayant travaillé en Italie, ont été récemment restaurés.
Les deux peintures flamandes se trouvaient dans les réserves et sont à présent visibles dans les salles du musée. La campagne de restauration, entreprise en collaboration avec le C2RMF, a porté pour ces quatre œuvres sur les vernis jaunis et oxydés qu’il a fallu alléger. Certaines toiles étaient en outre déchirées et leur couche picturale souffrait de lacunes, d’usures, d’altérations et d’encrassements. Les supports ont également été repris, le Saint Jérôme notamment a bénéficié d’un nouveau châssis après avoir été rentoilé.

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2. Felice Ficherelli dit il Riposo (1605-1660)
Saint Agathe, 2e quart du XVIIe siècle
Huile sur toile - 87,5 x 79 cm
Dijon, Musée Magnin
Photo : RMN-GP/M. Rabeau

Né à Anvers, Abraham Janssens séjourna longtemps en Italie – il est signalé à Rome en 1598 - avant de retourner dans sa ville natale. Il fut l’un des premiers à introduire le caravagisme en Flandre, après avoir été tenté par le maniérisme. Le Musée Magnin conserve une peinture de 1623 opposant deux allégories (ill. 1) : l’Allégresse, représentée sous les traits de la jeunesse, se tient debout, couronnée de fleurs, elle brandit du vin et une coupe ; car la joie se partage. La Mélancolie, en revanche, conformément à l’Iconologie de Cesare Ripa, est une vieille femme triste, vêtue d’un simple drap sans ornement, assise avec les coudes appuyés sur les genoux, soutenant son menton avec les deux mains, adossée à un arbre sans feuille ». Le choix de couper les personnages aux chevilles et de les placer dans un cadrage serré leur confère une monumentalité certaine et participe au dynamisme de la composition.
Cette peinture est la copie d’une autre conservée dans la collection Lassala à Valence (Espagne). Sa qualité néanmoins, laisse penser qu’elle est probablement de la main de Janssens lui-même. On retrouve son style dur et froid, ses figures cernées et sculpturales, son goût pour les contrastes d’ombre et de lumière très marqués.

Le contraste, justement, est grand entre cette peinture et la douceur sensuelle de la Sainte Agathe peinte par Felice Ficherelli dit il Riposo (ill. 2) qui fut l’élève de Jacopo da Empoli et travailla à Florence avec Antonio Franchi et Baldassare Franceschini. La martyre est présentée à mi-corps, sa chair nue, traitée en léger sfumato, se détache sur le fond sombre et s’offre aux yeux du spectateur, bourreau ou voyeur. La sainte, résignée, alanguie, lève les yeux au ciel. Attachée les mains dans le dos, elle n’est pas sans rappeler le Christ à la colonne. La restauration a permis de faire réapparaître l’outil de son supplice : les tenailles posées au premier plan luisent dans la pénombre de reflets métalliques. On retrouve la religiosité sentimentale quoique imprégnée d’érotisme que développa Francesco Furini à Florence. Le tableau du musée Magnin est présenté à côté du Saint Charles Borromée par Carlo Dolci qui appartient à la même école.

La Conversion de Saint Paul, peinte vers 1625 par Ferraù Fenzoni (ill.3), est monumentale malgré ses petites dimensions. L’artiste qui conserve des relents maniéristes, n’hésite pas à présenter les corps en raccourcis, à les mêler aussi dans un tumulte tournoyant, pour former une roue dont les rayons sont les membres des différents protagonistes, y compris Dieu qui tend le bras. Les parties céleste et terrestre sont séparées par un ciel d’un bleu irréel. Fenzoni s’inspire d’une composition de Taddeo Zuccari peinte en 1563 et conservée dans l’église San Marcello al Corso de Rome, dans laquelle on ne trouve pas cependant cet élan circulaire. Il a peint deux autres versions de cette œuvre, l’une conservée à la Fondation Sgarbi-Cavallini à Rome, l’autre à la Cassa di Risparmio à Cesena.


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3. Ferraù Fenzoni (1562-1645)
La Conversion de saint Paul, vers 1625
Huile sur toile - 70 x 58 cm
Dijon, Musée Magnin
Photo : RMN-GP/M. Rabeau
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4. Attribué à Hendrick van Somer (1615-1684)
Saint Jérôme, entre 1630 et 1640
Huile sur toile - 171 x 121 cm
Dijon, Musée Magnin
Photo : RMN-GP/M. Rabeau

Enfin un Saint Jérôme (ill. 4), en mauvais état de conservation, se trouvait en pénitence dans les réserves du musée. Le coloris et le goût du détail, le clair-obscur aussi, font penser à une peinture caravagesque napolitaine, dans la lignée d’un Ribera. La toile a probablement été peinte entre 1630 et 1640 par un artiste nordique actif à Naples et sa restauration a permis de proposer une attribution à Hendrick van Somer, artiste né et mort à Amsterdam qui séjourna à Naples de 1644 à 1654. Le traitement réaliste du corps et du visage, le détail des veines, de la barbe, les rides du visage, les plis du ventre font penser à d’autres figures peintes par l’artiste et notamment plusieurs Saint Jérôme dont l’un est conservé au Musée de Picardie d’Amiens. On retrouve dans l’une de ces représentations le motif de la trompette qui surgit dans un coin de la composition tandis que le souffleur reste hors champ, dans l’autre le lion endormi, ou encore les livres qui évoquent la traduction que Jérôme fit de la Bible.

Ces restaurations sont l’occasion de rappeler l’engagement auprès des musées français de la Fondation BNP Paribas qui fête cette année ses trente ans d’existence et les vingt ans de son programme de restauration.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mardi 7 octobre 2014





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