Musée de Valence : quatre tableaux du XVIIe siècle sont en cours de restauration


3/4/13 - Restauration - Valence, Musée des Beaux-Arts et d’archéologie - Faut-il qu’une peinture soit connue - ou son auteur reconnu - pour que l’on finance sa restauration ? Heureusement non ; ce serait oublier l’un des enjeux de la restauration, outre évidemment la préservation de l’œuvre : une meilleure connaissance de son histoire.


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1. Anonyme XVIIe siècle
La Pêche miraculeuse
(avant restauration)
Huile sur toile - 257 x 336 cm
Valence, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
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2. Anonyme, XVIIe siècle
Jésus et la Samaritaine
(avant restauration)
Huile sur toile - 257,5 x 338 cm
Valence, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie

Ainsi ce sont des tableaux anonymes conservés au musée de Valence qui sont actuellement confiés aux soins de l’équipe Vicat-Blanc1, grâce au mécénat de la Fondation BNP-Paribas avec une contribution de 50 000 € sur les 200 000 nécessaires, le reste étant assuré par l’État, la ville et la région. On ne sait encore rien de leur provenance ni de l’artiste ou plus probablement de l’atelier qui les a peints. Ni le support ni la surface n’ont pour l’instant apporté d’indices mais leur style révèlera sans doute un peu de leur identité une fois leur lisibilité retrouvée. En attendant les spécialistes penchent du côté de l’Italie du sud, la région des Pouilles, la Calabre, ou peut-être Naples.
Il s’agit d’une série de peintures du XVIIe siècle sur les nourritures célestes et terrestres, thème qui traverse les Évangiles, de la pêche miraculeuse (ill. 1) à l’eau vive promise par Jésus à la Samaritaine (ill. 2), sans oublier la multiplication des pains (ill. 3) et le Christ servi par les anges après avoir jeûné dans le désert (ill. 4).


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3. Anonyme, XVIIe siècle
La Multiplication des pains
(avant restauration)
Huile sur toile - 257 x 336 cm
Valence, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
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4. Anonyme, XVIIe siècle
Jésus tenté par le démon et servi par les anges
(avant restauration)
Huile sur toile - 256 x 336 cm
Valence, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie

Les quatre toiles auraient été rapportées de Rome au XIXe siècle par Monseigneur Chatrousse, évêque de Valence entre 1840 et 1857, lors de sa visite ad limina ; il les plaça dans la chapelle du Petit Séminaire qui fut construite à sa demande et inaugurée en 1845. C’est ce que signale l’abbé Nadal dans son Histoire des séminaires du diocèse de Valence par un chanoine de la cathédrale (1895) et ce que confirme l’inventaire des biens de 1907 établi par la Direction générale des domaines, après la séparation des Églises et de l’État. L’ensemble fut acquis par M. Frigière, marchand de meubles et collectionneur valentinois, lorsque les objets du Petit séminaire furent mis aux enchères en 1910. C’est aux héritiers de ce collectionneur qu’elles furent enfin achetées en 1969 par la Ville de Valence pour son musée municipal.
Mais l’histoire de ces peintures avant leur arrivée en France reste inconnue. Leur iconographie laisse penser qu’elles ornaient le réfectoire d’un couvent, et l’on pourrait même envisager un ensemble de tableaux plus important, les noces de Cana étant en général un sujet obligé dans ce genre de série où l’on peut aussi trouver les pèlerins d’Emmaüs et le repas chez Simon.


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5. Le Christ et la Samaritaine
en cours de restauration
Photo : Colette Vicat-Blanc
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6. La Multiplication des pains
en cours de restauration
Photo : Colette Vicat-Blanc

Si les quatre œuvres obéissent à une composition assez similaire, détaillant le récit en plusieurs saynètes hiérarchisées - la principale au premier plan, les autres plus petites dispersées dans le paysage - leur traitement varie légèrement. Certaines montrent des personnages auréolés, d’autres non, deux d’entre elles comportent du bleu de smalt pour les vêtements ou pour le ciel, deux autres de l’azurite. Le semis de fleurs dans chacune des toiles confère une indéniable poésie à l’ensemble, en plus d’un sentiment de cohérence, mais leur accumulation n’a pas dû plaire à toutes les époques car certaines ont été camouflées par des repeints.
La Pêche miraculeuse, qui en générale marque le moment où les apôtres quittent tout pour suivre Jésus, est abordée de façon assez originale puisque l’artiste repousse l’action principale de la pêche et du miracle au second plan et choisit de mettre en avant une scène qui n’est pas directement citée dans l’Évangile de saint Luc (5, 1-11) e : Jésus attablé avec ses apôtres. Cette image, en réalité, correspond davantage à un événement raconté par saint Jean (21,1-19) survenu après la Résurrection du Christ.


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7. Le Christ servi par des anges
en cours de restauration
Photo : Colette Vicat-Blanc
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8. Le Christ servi par des anges
en cours de restauration
Photo : Colette Vicat-Blanc

Cette restauration est le fruit d’une collaboration entre le C2RMF2 et le CICRP3 de Marseille. Il fallait avant tout assurer l’homogénéité de l’ensemble, une intervention simultanée sur les quatre toiles était donc nécessaire (ill. 5 à 8). L’étude préalable a révélé beaucoup de restaurations antérieures, dès le XVIIe siècle et jusqu’au XXe siècle, les œuvres souffraient donc de nombreux repeints, parfois superposés, tandis qu’un rentoilage à la colle avait provoqué des soulèvements. Une première intervention sur le support a permis de stabiliser les œuvres et de leur rendre une planéité suffisante. La couche picturale quant à elle était opacifiée, usée aussi, souffrant de transparences accrues au point que l’on devine certains repentirs. Il a été décidé de préserver les repeints les plus anciens et d’enlever les autres, puis d’entreprendre une réintégration illusionniste. L’équipe a utilisé des produits naturels et synthétiques choisissant les qualités des uns et des autres.

Les quatre peintures retrouveront les cimaises du musée de Valence à la fin de l’année 2013, lorsqu’il rouvrira ses portes après plusieurs années de travaux. Elles seront censées illustrer la naissance du paysage comme un genre progressivement autonome.

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Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 3 avril 2013


Notes

1Intervention commencée en septembre 2011 par le groupement Vicat-Blanc, atelier à Lyon, par Colette Vicat-Blanc, mandataire et responsable du traitement des couches picturales, co-traitantes Julie Barth, Aurélia Catrin, Florence Delteil, Éléna Duprez, Caroline Snyers, Patricia Vergez & Gérard Blanc, responsable du traitement du support toile, co-traitants Christian Chatelier, Jean-François Hulot et Emmanuel Joyerot. Nous avons visité l’atelier de restauration le 28 mars.

2Centre de recherche et de restauration des musées de France.

3Centre Interdisciplinaire de Conservation et de Restauration du Patrimoine.





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