
1. Michel Corneille (vers 1603 - 1664)
Saint François-Xavier en adoration devant
la Vierge et l’Enfant
Huile sur toile - 220 x 165 cm
Orléans, Musée des Beaux-Arts
© Musée des Beaux-Arts d’Orléans
De tous les élèves de Vouet, Michel Corneille est l’un des premiers à avoir bénéficié d’une monographie récente, celle d’Yves Picart en 1994. Editée à compte d’auteur, peu diffusée et difficile à trouver, elle avait néanmoins l’intérêt de faire le point sur cet artiste méconnu. L’exposition d’Orléans et la publication qui l’accompagne, qui constitue un catalogue complet de l’œuvre, prennent en compte les nombreuses études et découvertes effectuées depuis une dizaine d’années, la moindre n’étant pas le fonds de dessin de Vouet et de son entourage de la Bayerische Staatsbibliothek de Munich où plusieurs feuilles de Corneille ont pu être identifiées. Parmi les peintures, plus d’un tiers étaient inconnues de Picart. En revanche, contrairement à ce qu’écrit Emmanuel Coquery, la monographie de 1994 ne négligeait pas les tapisseries, puisque celles-ci y font l’objet d’un chapitre de vingt-cinq pages. Quant aux grands décors, trois d’entre eux subsistent, en plus ou moins bon état, dont deux sont d’attribution récente [1] : un profane, au château de Maisons-Laffite, l’autre religieux (chapelle de la Sainte-Famille dans l’église Saint-Nicolas-des-Champs). Cela constitue un score tout à fait remarquable si l’on considère le grand nombre de destructions et le peu d’ensemble décoratifs de cette époque encore conservés.
L’exposition est divisée en trois sections : tableaux, dessins et tapisseries. Le premier tableau connu de l’artiste reste un unicum ; cet Esaü cédant son droit d’aînesse à Jacob, très souvent publié et exposé, n’aurait sans doute jamais pu être donné à Corneille sans sa signature. L’œuvre témoigne de multiples influences dont la plus prégnante est celle de l’école nordique. Dès le numéro deux du catalogue, un Saint François-Xavier agenouillé devant la Vierge et l’enfant (ill. 1), identifié récemment dans les collections du musée d’Orléans (il fut révélé par l’exposition Les maîtres retrouvés), l’artiste modifie son style du tout au tout, sous l’influence de son maître Simon Vouet. La Vierge à l’enfant semble issu du pinceau de ce dernier, même si la composition reste plus sage et moins baroque. Ce tableau définit, pour le reste de sa carrière, la manière de l’artiste qui n’évoluera pas beaucoup : figures tirées du répertoire de Vouet et de ses élèves, compositions classicisantes qui s’insèrent bien dans l’atticisme parisien.

2. Michel Corneille (vers 1603 - 1664)
Jésus chez Marthe et Marie
Huile sur toile - 95 x 95 cm
Paris, collection particulière
Photo : D. Rykner
Un Jésus chez Marthe et Marie (ill. 2), nouvellement identifié et entré dans une collection particulière parisienne [2] présente des coloris d’une très grande subtilité, qu’on retrouvera dans d’autre œuvres du peintre. On remarquera aussi la parenté formelle avec les compositions de Nicolas Prévost, ce qui se vérifiera aisément à Orléans où sont conservés plusieurs tableaux de celui-ci.
Une surprise attend le visiteur qui avait pu voir il y a peu l’exposition de Strasbourg sur Vouet. En effet, Le Baptême de l’eunuque qui y était montré sous le nom de Charles Le Brun est à nouveau présenté ici, mais comme Michel Corneille [3], attribution qualifiée de « possible ». Dominique Jacquot, qui reviendra prochainement ici-même sur cette exposition, aura sans doute l’occasion de discuter une nouvelle fois de la paternité de cette toile. L’hypothèse Le Brun semble pourtant plus séduisante, la confrontation souhaitée par Emmanuel Coquery avec les autres tableaux, notamment la Vue de ville antique avec une scène de sacrifice, n’étant pas réellement convaincante. Cette dernière œuvre, appartenant à une collection particulière, signée, est elle aussi une découverte récente. Il est dommage qu’on ne puisse rapprocher ces toiles de Didon et Enée (ill. 3) un carton de tapisserie présentant également un fond d’architecture (cat. P13), signalé dans le catalogue comme de localisation inconnu et qui est exposé en ce moment même, avec la collection Changeux, au Musée de Meaux.

3. Michel Corneille (vers 1603 - 1664)
Didon et Enée
Huile sur toile - 50 x 65 cm
Paris, collection particulière (non présenté à l’exposition)
Photo : D. R.

4. Michel Corneille (vers 1603 - 1664)
Vocation de la bienheureuse
Agnès d’Assise
Huile sur toile - 316 x 228 cm
Saint-Flour, cathédrale
© Inventaire général
Les autres tableaux, de grands retables, sont pour la plupart comparables par le format, la composition et le type des personnages. On appréciera particulièrement, parmi ceux absents du livre d’Yves Picart, la belle Vocation de la bienheureuse Agnès d’Assise (ill. 4). Assez médiocre en revanche est le Massacre des Innocents de Tours, déjà jugé sévèrement par Clément de Ris. Il serait, selon Emmanuel Coquery, dû au moins en partie à Michel II Corneille sur un dessin de son père.
S’il faut se féliciter de l’exhaustivité du catalogue, qui répertorie et reproduit également les tableaux attribués ou douteux, on peut regretter que les œuvres exposées à Orléans ne soient pas dûment signalées. Il est dommage également que, sans doute pour des raisons budgétaire, les notices soient un peu sommaires, certaines attributions méritant sans doute d’être davantage étayées, surtout pour les dessins. Enfin, aucune mention n’est faite d’un tableau publié par Picart, La Circoncision, appartenant au Musée Pouchkine. Le style semble en effet différent de celui de Corneille, mais cette esquisse [4] aurait néanmoins dû être cataloguée comme rejetée.
Il reste que cette exposition constitue une brique supplémentaire dans la patiente reconstitution de l’atelier de Vouet. La peinture française de la première moitié du XVIIe siècle est actuellement un des champs les plus fertiles de la recherche en histoire de l’art. Articles et expositions se succèdent, contribuant autant à préciser l’image de cette époque qu’à la complexifier. On sait maintenant que la peinture française avant 1627, bien plus foisonnante et de meilleure qualité qu’on le pensait auparavant, n’a pas attendu Vouet pour exister. Le retour de celui-ci en France fut cependant bien le bouleversement souvent souligné. Michel Corneille en est un des témoins, modeste mais attachant.
Emmanuel Coquery, Michel Corneille (v. 1603-1664), un peintre du roi au temps de Mazarin, Somogy, éditions d’art, Paris, 2006, 144 p., 32 €. ISBN : 2-85056-961-5.
