Memling et le portrait


New York, Frick Collection, du 12 octobre 2005 - 31 décembre 2005 (Exposition terminée.
Bruges, Groeningemuseum. Exposition terminée le 4 septembre 2005.
Elle sera présentée à New York, Frick Collection, du 12 octobre 2005 au 31 décembre 2005.
La recension porte sur l’étape brugeoise.

Hans Memling (vers 1435-1494)
Portrait d’homme
Panneau - 31 x 23,2 cm
Anvers, Musée Royal des Beaux-Arts

L’exposition consacrée aux portraits de Memling a tenu toutes ses promesses. C’est l’une des plus fortes du moment, l’une des plus utiles aussi. Parvenue à son étape brugeoise, elle s’est enrichie de tableaux qui n’étaient pas visibles à Madrid. Le triptyque Moreel, un des sommets de l’œuvre jusque dans l’hybridité assumée entre fonction religieuse et vocation sociale, ne pouvait être rapproché hors de Belgique du double portrait des donateurs conservé à Bruxelles. Par ailleurs, le Louvre a permis la réunion du diptyque que formaient initialement les portraits d’un homme et d’une femme âgés, d’identité encore inconnue, par le prêt du pendant de Berlin. Evidemment, l’un comme l’autre gagne à ces retrouvailles inespérées.

Deux salles regroupent l’ensemble des panneaux, une quinzaine au total, chacun étant isolé sur un présentoir métallique. Sacralisation heureuse car assez sobre pour se faire oublier après quelques minutes. Eclairées par le bas, ces peintures, quoique doublées de verre, sont pleinement visibles, parfaitement lisibles. Mais il arrive que la lumière accrochant le fort relief des cadres crée une ombre désagréable dans le bas des compositions. Or, il se passe beaucoup de choses, chez Memling, à cet endroit. Le Portrait d’homme du musée d’Anvers (ill.) est ainsi presque privé des deux feuilles de laurier, symbole connexe à la médaille de Néron, que le peintre feint de faire reposer sur la limite inférieure du support. Après le réglage qui s’impose, ces petits désagréments seront levés et l’exposition sera alors irréprochable. Inoubliable.

Car cet éclairage dirigé et soutenu met en évidence le dessin sous-jacent et la façon dont il fait vivre chaque visage et anime en profondeur l’épiderme comme une seconde ossature. L’intelligence de la distribution des œuvres dans l’espace est remarquable de même que les regroupements typologiques (fond neutre versus paysage, fenêtre ouverte, colonnes structurantes ou chemins en zigzag, regards obliques ou frontaux, etc.). Autre rapprochement riche d’intérêt : le portrait de l’Homme à la lettre des Offices, dont on sait la postérité chez Bellini et Pérugin, est ainsi montré aux côtés d’une réplique dont la fadeur permet de mesurer instantanément pourquoi la main de Memling était recherchée de toute l’Europe. Cette exposition exceptionnelle à maints égards, et qui s’offre le luxe supplémentaire d’une confrontation avec deux panneaux de Campin et Van Eyck, ne laisse qu’un regret ou qu’un souhait. Celui de voir réunis un jour Memling et ses héritiers italiens. Puisque Michel-Ange est déjà à Bruges, Botticelli pourrait aussi faire le voyage.

De même que l’Eurostar a rapproché Londres, le Thalys a fait de Bruxelles, de Gand ou de Bruges des destinations d’un jour. Il serait donc impardonnable de rater une si belle occasion de savourer le meilleur de Memling.

Catalogue remarquable, textes et reproductions :

IMG/jpg/Couverture_Memling.jpg Les portraits de Memling, Editions Ludion, 192 p., 40 €, ISBN 90-5544-545-2.


Stéphane Guégan, jeudi 30 juin 2005



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