Marie de Régnier, muse et poète de la Belle Epoque


Paris, Bibliothèque de l’Arsenal. Exposition terminée le 23 mai 2004.

Marie de Régnier (1875-1963) est de retour sous les lambris de la bibliothèque de l’Arsenal. Fille d’un de ses célèbres directeurs, José Maria de Hérédia, c’est là qu’elle y écrivit ses premiers vers, c’est aussi là qu’elle y connut ses premiers émois. C’est donc là qu’il fait bon aller, jusqu’au 23 mai prochain, pour redécouvrir un écrivain présenté sans fard, et à travers une multitude de documents passionnants, dans son écriture et dans ses passions.

1. Pierre Louÿs
Marie de Régnier pose devant le rideau
de Pierre Louÿs
, vers 1897
Paris, Bibliothèque de l’Arsenal

2. Henri Bataille
Portrait de Pierre Louÿs
dans Têtes et Pensées
, Paris, Ollendorff, 1901
Paris, Bibliothèque de l’Arsenal


A travers les dons qu’elle consentit à la Bibliothèque de l’Institut, à la Bibliothèque Nationale et à celle de l’Arsenal, toutes les personnalités qui croisèrent son chemin ont pu être ici représentées par des documents, parfois officiels tels que leurs manuscrits ou leurs livres, mais aussi, bien souvent, au travers de souvenirs intimes, lettres ou photographies
Après l’évocation d’un lignage exotique enrichi dans le tabac et ruiné par le jeu, sur fond de salon et de mondanités, la jeune femme - ou son double littéraire Gérard d’Houville -, affirme sa personnalité et son style au contact des écrivains et poètes attiré par les cénacles Hérédia puis de Régnier. De Leconte de Lisle aux Goncourt, de Proust à Mallarmé, de Valéry à Anna de Noailles, toutes les gloires de l’écriture sont au rendez-vous. Mais Marie de Laubier, le commissaire de cette exposition, a su leur donner une juste place, périphérique, quand toute l’attention de l’écrivain allait à des célébrités moins souvent nommées aujourd’hui, qui firent cependant la renommée de cette Belle Epoque. Et là, une documentation abondante, mais savamment choisie, nous révèle les qualités littéraires et les caractères des quelques relations qui comptèrent le plus dans l’existence de Marie, à commencer par son époux Henri de Régnier et son amant Pierre Louÿs (ill. 2), et le fruit de ce trio, Pierre de Régnier, dit Tigre, fils de l’un reconnu par l’autre, dont il ne faut absolument pas manquer les leçons d’éducation morale en cartes postales et préceptes bien sentis, adressés par son père. Viennent ensuite les évocations d’autres brèves aventures qui ont nom Jean de Tinan, Henri Bernstein (avec son portrait par Blanche) ou Gabriele d’Annunzio (accompagné de son étrange et célèbre portrait par Romaine Brooks)...


3. Anonyme
Marie de Heredia posant pour son portrait
dans l’atelier de Jacques-Emile Blanche
, 1893
Paris, Bibliothèque de l’Arsenal

Complétant cette documentation - que certains, a priori mais a tort, jugeraient aride -, quelques prêts de tableaux du Musée d’Orsay (par exemple : le sombre profil de conquérant de José Maria de Hérédia par Emile Lévy ou Henri de Régnier par Léonetto Cappiello aux inattendus accents whistlériens), du Musée Gustave Moreau (avec quelques variations sur Salomé qui hanta l’époque), du Musée de Rouen (cette fois, un pastel impressionnant par sa taille, sa qualité et sa franchise, d’Emile Lévy) et quelques portraits de Jacques-Emile Blanche (ill. 3) à la présence insistante, venant de collections privées, donnent corps aux personnages évoqués et à leurs œuvres, et apportent les tonalités que la littérature et l’édition s’efforçaient alors d’évoquer à grands renforts d’encre violette, d’impressions en couleurs ou de reliure mosaïquée.

L’héroïne de cette exposition, dont nous avons jusqu’alors si peu parlé, n’est cependant pas oubliée, et, scandant le parcours, ses lettres, ses articles, et ses livres donnent parfois le contrepoint, parfois le complément, de cet univers masculin. Des photographies, quelques dessin et quelques peintures sont aussi là, qu’aucun sourire n’éclaire : Marie de Régnier n’écrivait-elle donc tant que parce que, contrairement aux apparences, elle trouvait la chair triste ?

Commissariat : Marie de Laubier.

Catalogue Marie de Régnier, muse et poète de la Belle époque par Marie de Laubier, Robert Fleury, Jean-Paul Goujon, Yann Mortelette et Eric Walbecq, 160 p. 35 €. ISBN : 271772270X.


Dominique Lobstein, lundi 5 avril 2004



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