Marché(s) de l’art en province 1870-1914 Contenu abonnés


Auteur : collectif sous la direction de Laurent Houssais et Marion Lagrange

Huitième livraison des Cahiers du Centre François-Georges Pariset, des Presses universitaires de Bordeaux, ce volume publie les actes d’un colloque qui s’est tenu dans cette ville en 2008. Le marché de l’art parisien bénéficie depuis des années d’études nombreuses mais la situation provinciale est loin d’avoir été appréhendée avec la même ampleur en dépit des travaux pionniers de la sociologue Raymonde Moulin (qui préface le présent ouvrage) publiés en 1967 et 1976 et de ceux consacrés à l’histoire des collections et des institutions non parisiennes. Le marché restait un territoire quasi vierge : cet ensemble de textes apporte un regard nouveau et très utile.
Dans leur introduction, Laurent Houssais et Marion Lagrange, responsables de ces journées d’études, cernent et délimitent le sujet non sans avoir pris soin de définir prudemment le concept même de province. Le débat lui-même, qui hésite entre volonté d’indépendance, souci d’attirer gloires parisiennes mais aussi méfiance et revendication de la singularité locale, reflète tout le propos : qu’est-ce que la province ? Entre souhait de briller dans le cadre national, et affirmation patriotique en ces années d’entre deux guerres, et prise de distance par rapport au monde admiré, jalousé, craint, de Paris, la province hésite, met en place des stratégies, ménage des paradoxes. Avec le vote de lois sur la décentralisation (1881-1884) mais aussi le renouvellement d’une culture localiste, organes de presse et sociétés d’amis naissent à travers tout le territoire. Mais y a-t-il un public en province pour l’art ? Et les problématiques parisiennes sont-elles superposables au territoire : à l’évidence, non. Modes de fonctionnements, position des intervenants, statut même de l’objet d’art et de son acquéreur diffèrent fondamentalement. Le recueil s’organisera donc en tenant compte de toutes ces spécificités, non sans s’articuler en grande partie autour des relations Paris-province-étranger. L’ampleur du sujet est entrevue : cet ouvrage rigoureux, avec seulement onze contributions retenues, ouvre d’importants champs de recherche.

Anne-Doris Meyer étudie le cas de la Société des amis des arts de Strasbourg entre 1870 et 1918, sujet « entre art et politique » puisqu’il s’agit d’une province annexée par l’Allemagne. L’auteur étudie le positionnement de la société des amis des arts dans ce contexte difficile, son fonctionnement, sa tombola, sa rivalité avec la création d’un Kunstverein germanophile, la problématique de la création d’un nouveau musée, de ses collections et acquisitions. La question des publics, des clivages entre alsaciens et émigrés allemands, le positionnement des écoles et le rapport des artistes aux deux pôles extérieurs, l’Allemagne et la France sont bien étudiés jusqu’à une exposition d’art français organisée en 1907 avec le voyage à Strasbourg de Rodin, Cottet, Besnard et leur accueil par les autorités allemandes. Dans un contexte complexe, on s’aperçoit que la période, riche en…

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