Mantes-la-Jolie acquiert un portrait d’Emile Verhaeren par Maximilien Luce


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Maximilien Luce (1858-1941)
Portrait d’Emile Verhaeren, 1892-1898
Huile sur bois - 32 x 42 cm
Mantes-la-Jolie, Musée de l’Hôtel-Dieu
Photo : Artcurial

24/8/16 - Acquisition - Mantes-la-Jolie, Musée de l’Hôtel-Dieu - C’est un portrait sans visage, ou presque : Maximilien Luce montre Émile Verhaeren penché sur son bureau, la tête appuyée sur la main, trop occupé à lire ou à écrire pour prêter attention au peintre et encore moins au spectateur, offrant à voir son crâne essentiellement, à défaut de laisser deviner ses pensées. On le reconnaît pourtant grâce à ses grosses moustaches broussailleuses de Gaulois qui dépassent de ses joues.
L’œuvre était mise en vente chez Artcurial le 5 avril 2016 ; elle a été achetée 36 400 euros (frais inclus) par le Musée de l’Hôtel-Dieu de Mantes-la-Jolie qui conserve une collection de trois-cents œuvres de l’artiste, constituée à partir du fonds d’atelier donné à la Ville par son fils en 1977.

Beaucoup de portraits du poète réalisés par différents peintres le montrent ainsi, attablé devant des feuilles de papier et un encrier, entouré de livres ou de bibelots dans son cabinet de travail, aussi bien à Bruxelles, - au 31 bis rue du Moulin, puis au 42 rue du Commerce entre 1892 et 1898 - qu’à Saint-Cloud où il vécut à partir de 1900. Son cabinet de Saint-Cloud fut d’ailleurs donné par sa femme à la Bibliothèque royale de Belgique où il est fidèlement reconstitué.
Dans un tableau de Georges Tribout, Verhaeren s’est arrêté de travailler et toise le spectateur, une pipe à la bouche ; sur une toile de Théo Van Rysselberghe, il est voûté sur son bureau, mais relève la tête, comme s’il était surpris, interrompu dans son travail par le peintre ou par le spectateur. Van Rysselbherge le peignit une multitude de fois et le montre en 1915 dans une attitude assez proche de celle du portrait de Mantes-la-Jolie.
Maximilien Luce adopte ici une touche divisionniste moins systématique, un peu plus large, un peu plus libre que celle qu’il utilise par exemple pour le portrait de Cross en 1898. Il organise sa composition en deux parties colorées de part et d’autre d’une diagonale, : en bas à droite, la froideur des bleus et des verts, en haut à gauche, la chaleur des rouges et des oranges. Une dédicace est visible sur le rebord de la table : « Aux bons amis ».

Le poète belge, auquel le Musée des Avelines a tout récemment consacré une exposition voir l’article, fut proche en effet des néo-impressionnistes - Van Rysshelberghe, Luce, Cross... - et partagea avec certains d’entre eux les mêmes préoccupations sociales. Maximilien Luce séjourna en Belgique, découvrant le « pays noir » de Charleroi modelé par la révolution industrielle, et exposa plusieurs fois à Bruxelles, notamment au Salon des XX en 1889 et en 1892, puis au Salon de la Libre Esthétique en 1895. Puis, à l’occasion de son exposition personnelle chez Durand-Ruel en 1899, c’est Émile Verhaeren qui rédigea la préface du catalogue.
Ce tableau rejoint au musée de l’Hôtel-Dieu deux autres portraits d’amis réalisés par le peintre : celui de Félix Fénéon et celui d’Henri Edmond Cross acquis tout récemment (voir la brève du 19/5/16). Le portraits d’amitié dans l’œuvre de Maximilien Luce est un thème auquel le musée avait consacré une exposition l’année dernière, accompagné d’un catalogue1.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 24 août 2016


Notes

1« Maximilien Luce : en amitiés, portraits croisés » présentée au musée de l’Hôtel-Dieu du 13 juin au 30 août 2015. Catalogue aux éditions Point de vue.





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