Manet, inventeur du Moderne Contenu abonnés


Paris, Musée d’Orsay, du 5 avril au 3 juillet 2011.

JPEG - 45.9 ko
1. Edouard Manet (1832-1883)
Bateaux en mer, soleil couchant, 1872/73
Huile sur toile - 42 x 94 cm
Le Havre, Musée André Malraux
Photo : RMN
Voir l'image dans sa page

Les amateurs d’expositions ambitieuses sont gâtés en ce printemps : après l’ouverture, depuis la mi-mars, à Lille, des « Portraits de la pensée », en attendant la prometteuse « Rembrandt et la figure du Christ » (au Louvre à partir du 21 avril), voici une superbe et plus qu’intelligente exposition consacrée à Manet. La première de cette importance en France depuis trente ans. A l’opposé de ces blockbusters qui se contentent de montrer et ne soulèvent aucune question, le « Manet » que nous propose Stéphane Guégan accumule les problématiques. A commencer par le titre, où, refusant justement d’utiliser le passe-partout et « démonétisé » néologisme baudelairien de modernité « qui ne renvoie plus qu’au culte absurde de l’éphémère et à sa consommation fébrile », il préfère « Moderne, avec la capitale de l’adjectif substantivé1 ». Querelle sémantique diront certains. Que nenni ! C’est précisément tout l’enjeu de l’exposition que de faire voir un Manet « moderne », c’est-à-dire en accord à la fois avec son temps et notre goût, et non la « modernité » de Manet telle que Baudelaire pouvait la discerner chez un Constantin Guys. Ce « Moderne » c’est ainsi la rencontre entre un artiste et un public, rencontre qui dans le cas de Manet fut recherchée avec une intransigeance et une obstination malgré les rebuffades, les incompréhensions et les contresens que commirent même certains de ses plus proches. Seul Mallarmé comprit Manet de l’intérieur, parce que, sans doute, son propre parcours poétique se heurta aux mêmes difficultés. Et c’est au lendemain d’un violent article critique publié en anglais pour prendre la défense de Manet2 que celui-ci peignit un très beau portrait (1876, Paris, Musée d’Orsay) de l’auteur du Coup de dés que Stéphane Guégan analyse avec beaucoup de finesse comme la « métaphore de la concentration poétique, parente du tableau3 ».


JPEG - 103 ko
2. Edouard Manet (1832-1883)
Sur la plage, vers 1864
Huile sur toile - 59,5 x 73 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : RMN
Voir l'image dans sa page
JPEG - 142.7 ko
3. Edouard Manet (1832-1883)
La Rue Mosnier aux drapeaux, 1878
Los Angeles, The J. Paul Getty Museum
Photo : Getty Museum
Voir l'image dans sa page

Sans respecter le parcours de l’exposition, qui n’est d’ailleurs pas chronologique (encore que…), essayons de poursuivre les explorations proposées par Stéphane Guégan. Deuxième sujet revisité par l’exposition : la relation de Manet à l’Impressionnisme. Rompant avec la longue tradition critique faisant de l’artiste le père du mouvement (même si les tonalités et le titre de Bateaux en mer. Soleil couchant (ill. 1) ne peuvent manquer d’inciter le spectateur à partager ce point de vue), Stéphane Guégan, allant plus loin que Bataille qui voyait en Manet un « impressionniste distant », retourne le problème et montre que le peintre « a vampirisé les traits…

Pour avoir accès à ce contenu, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous à l’aide de ce formulaire :





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Expositions : Le Théâtre des Passions (1697-1759). Cléopâtre, Médée, Iphigénie...

Article suivant dans Expositions : Odilon Redon, prince du rêve 1840-1916