Love and Mariage in Renaissance Florence : The Courtauld Wedding Chest


Londres, Courtauld Institute, du 12 février au 17 mai 2009.

Longtemps négligés par les études d’histoire de l’art, les coffres de mariage de la Renaissance (plus connus sous le nom de cassoni) sont revenus récemment sur le devant de la scène grâce à une série d’expositions. Citons en premier celles organisées aux États-Unis l’année dernière. A Brunswick (Maine) d’abord, Beauty and Duty : The Art and Business of Renaissance Marriage, de mars à juin 2008 ; puis, de novembre 2008 à janvier 2009, celle du Musée Isabella Stewart Gardner de Boston - The Triumph of Marriage : Painted Cassoni of the Renaissance, actuellement au Ringling Museum de Sarasota jusqu’au 17 mai, et celle qui a ouvert au Metropolitan Museum de New York en novembre, Art and Love in Renaissance Italy, dont la deuxième étape a lieu maintenant au Kimbell Museum de Fort Worth (15 mars- 14 juin). Cette dernière couvre un domaine plus large – celui de l’amour en général – avec des objets, des joyaux, des tissus, des céramiques, et présente une large section dédiée au mobilier. Actuellement, et jusqu’au 17 mai, on peut visiter en Europe, à Londres, une troisième exposition sur le même sujet, Love and Marriage in Renaissance Italy. The Courtauld Wedding Chests.

Comme le laissent deviner les titres, ces manifestations se focalisent sur le mariage à la Renaissance, et sur le complexe des rituels dans la formation des familles, dont les coffres peints étaient l’un des symboles les plus éclatants. Leur importance est double. Ils étaient les mobiliers principaux de la décoration des maisons du nouveau couple, et les thèmes de l’histoire classique, de la mythologie ou de la littérature traités sur les panneaux le sont à la manière contemporaine (les vêtements des personnages, leurs attitudes, les architectures) décrivant ainisi les coutumes de la vie à la Renaissance, tel un véritable documentaire. Il faut ajouter que les artistes engagés n’étaient pas seulement ceux que nous connaissons par les archives comme « spécialistes » du genre, mais aussi les grands noms de la Renaissance, tels que Paolo Uccello ou Pesellino. Plus tard, surtout en ce qui concerne la peinture des « spalliere » (les panneaux qui surmontaient les coffres mêmes et qui se déployaient sur les murs comme une boiserie), on peut nommer entre autres

Les expositions dont nous parlons ici s’intéressent plutôt au contexte social des cassoni. Par conséquent, les catalogues qui les accompagnent fournissent une importante documentation historique qui nous éclaire sur les commanditaires, le rôle des familles dans la société, les liens qui les unissaient, le mode d’utilisation et d’exposition des coffres, le sens des sujets qui y étaient représentés et leur réception par ceux qui en étaient destinataires et y voyaient des scènes de leur vie quotidienne. Car les thèmes ne sont jamais dépourvus d’une intention didactique – soit pour apprendre la vertu des héroïnes anciennes aux jeunes mariées, soit pour célébrer la valeur sociale et politique de l’époux... Le phénomène des coffres de mariage se développe principalement en Toscane (bien qu’il y en ait eu aussi dans d’autres régions d’Italie, à Vérone surtout), ce qui a montré l’actualité d’études au caractère « positiviste » comme celle d’Attilio Schiaparelli qui, en 1908, avait bien exploré le sujet dans un livre (La casa fiorentina e i suoi arredi) qui reste une référence pour les historiens du mobilier florentin. Mais on peut évaluer l’extension du genre avec l’unique catalogue complet jamais écrit : celui de Paul Schubring, Cassoni : Truhen und Truhenbilder der italienischen Frührenaissance. Ein Beitrag zur Profanmalerei in Quattrocento, publié à Leipzig en 1915, réédité avec des suppléments en 1923. Les publications ultérieures sont rarement liées aux questions d’attribution abordées par Schubring, et cela malgré des monographies comme celle de Ellen Callmann sur Apollonio di Giovanni (1974), le plus connu peut-être des peintres de cassoni au Quattrocento, et des articles sur des cas particuliers, éparpillés dans les revues et dans les anthologies.
L’attention s’est portée essentiellement sur de passionnants problèmes iconographiques qui offrent, par la variété et la quantité de matériel et de sources, une richesse presque illimitée. Parmi les exceptions, citons l’ouvrage de Patricia Lurati, Doni nuziali del Rinascimento nelle collezioni svizzere [1] (Locarno, 2007), un inventaire territorial qui constitue une première petite étape vers un catalogue moderne et complet des coffres, dont le projet est déjà mis en œuvre depuis quelques années, sous le patronage du Kunsthistorisches Institut-Max Planck Institut de Florence et de l’auteur de ces lignes.

1. Biagio di Antonio et Jacopo del Sellaio
Cassoni Morelli et Spalliere, 1472
Bois et Tempera - 205,5 x 193 cm
Londres, The Courtauld Gallery
Photo : Service de presse

2. Biagio di Antonio et Jacopo del Sellaio
Cassoni Nerli et Spalliere, 1472
Bois et Tempera - 205,5 x 193 cm
Londres, The Courtauld Gallery
Photo : Service de presse


Les expositions récentes ne se soustraient pas à la vogue générale. Elles tendent à l’enquête iconographique et sociologique, bien qu’une grande attention soit portée aussi aux attributions, surtout pour les expositions de New York et de Londres. Cette dernière est construite autour de l’unique couple de cassoni (car ils étaient normalement construits en pendants) resté intact jusqu’à présent, sans avoir subi les modifications que le temps, les changements de style et surtout le goût historiciste des antiquaires, entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, ont imposé à leur menuiserie. Il s’agit des fameux Cassoni Morelli-Nerli (ill. 1 et 2), commandés en 1472 par Lorenzo Morelli à l’occasion de son mariage avec Vaggia di Tanai de’ Nerli, aux peintres Jacopo del Sellajo et Biagio d’Antonio (ce dernier travaille, dix ans plus tard, à la Chapelle Sixtine à Rome avec les plus célèbres de ses collègues florentins). Restaurés dans leurs conditions originales (les spalliere avaient était clouées au corps des coffres, probablement au XIXe siècle), ils sont maintenant exposés dans une salle de la Courtauld Gallery avec une dizaine d’autres exemplaires, dont la majorité ont retrouvé les pendant qu’ils avaient perdu au cours des siècles. L’une des paires les plus intéressantes est celle de Giovanni Toscani qui représente une nouvelle du Decameron de Boccaccio (ill. 3) , Ginevra de Gênes, Bernabò et Ambrogiuolo (Decameron, 2, 9), dont un exemplaire se trouve à la National Gallery d’Ecosse à Edimbourg, et l’autre dans une collection particulière. L’amusante menuiserie des deux meubles est dessinée avec toutes les caractéristiques de l’historicisme du XIXe siècle, et pourtant, les panneaux de Toscani qui y sont insérés (et qu’on pourrait dater après 1425), en ressortent dans toute leur fraîcheur et leur animation, révélant l’influence de la peinture de Gentile da Fabriano et de Masolino.


3. Atelier de Giovanni Toscani
Cassoni, avec des scènes du Decameron,
vers 1420-25
Bois et Tempera - 82,5 x 195,5 x 68,6 cm
Edimbourg, Galeries nationales de Scotland
Photo : Service de presse

D’autres surprises attendent le visiteur de l’exposition, qui peut y admirer des panneaux de collections anglaises, connus seulement par des publications : on se réfère ici surtout à ceux du Maestro de Marradi, prêtés par le comte et la comtesse de Harewood, et aux panneaux avec les Histoires de la Reine de Saba (collection particulière) peints par le frère de Masaccio, Giovanni di Ser Giovanni dit le Scheggia, qui s’est aussi adonné au genre de la peinture domestique. Le catalogue écrit par Caroline Campbell, historienne de l’art très connue pour ses études sur l’iconographie, principalement sur Ovide et les dérivations populaires des textes classiques à la Renaissance, aborde évidemment les thèmes sociaux et historiques désormais bien connus, bien qu’elle fasse preuve d’un intérêt très fort pour les attributions. Son texte s’appuie sur un vaste éventail de sources, officielles, privées et familiales.et présente aussi l’histoire du collectionnisme et du goût pour ces objets, complémentaire à celle écrite par Alan Chong dans le catalogue de l’exposition de Boston. De plus, les notices des œuvres sont accompagnées d’un essai très pointu sur les matériaux employés, les détails d’élaboration des objets, expliquant aussi les restaurations anciennes.


local/cache-vignettes/L115xH101/Couverture_coffres_Renaissance-1bf9a.jpgCaroline Campbell, Love and Marriage in Renaissance Florence : The Courtauld Wedding Chests, 2008, 128 p., £25.00, ISBN : 9781 903470916


Informations pratiques : The Courtauld Gallery, Somerset House, Strand, London WC2R 0RN. Tél : + 44 (0)20 7848 2526. Ouvert tous les jours (sauf 25-26 décembre) de 10 h à 18 h (dernière entrée 17.30). Tarif : £ 5 (réduit : £ 4).


Roberta Bartoli, vendredi 17 avril 2009


Notes

[1] Patricia Lurati, Doni nuziali del Rinascimento nelle collezioni svizzere, Lugano, Dadò, 2007. Ouvrage d’une remarquable rigueur que l’on se plait à signaler ici à l’attention du public parce qu’ il a souffert d’une distribution limitée.



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