Louyse Moillon. La nature morte au Grand Siècle. Catalogue raisonné


Auteur : Dominique Alsina

local/cache-vignettes/L228xH290/Couverture_Moillon-2-c305c.jpgCertains livres défient la critique. On pourrait certes renoncer à en parler et jeter sur eux un voile pudique mais cette solution de facilité n’est pas celle que nous avons choisie. L’absence de monographie sur Louise Moillon (nous continuerons à préférer cette graphie traditionnelle) peut inciter les lecteurs à acquérir cet ouvrage sans se poser de questions. Ils le feront peut-être, mais en toute connaissance de cause.

Dès le premier chapitre, on ne compte plus les erreurs factuelles d’histoire de l’art. Comment peut-on écrire qu’après 1600, le voyage en Italie des peintres français « n’apparaît [...] plus comme une nécessité [...] » alors que presque tous ceux du début du XVIIe siècle se sont rendus à Rome ? Comment peut-on affirmer, quelques lignes plus loin : « Antérieurement aux années 1600, les œuvres restaient souvent anonymes. La notion d’auteur n’existait pas [...] » ? Ou encore (nous sommes toujours sur la même page) que : « C’est au début du XVIIe siècle que la notion de mécénat d’abord pratiqué par les grands du royaume va permettre aux peintres de se faire connaître et d’y trouver une certaine reconnaissance ». On cessera là une énumération cruelle. Elle serait toutefois limitée par le peu de texte que contient le livre. Celui-ci est très abondamment illustré, ce qui constitue à peu près son unique intérêt avec la retranscription en annexe des documents d’archives.

La partie consacrée au milieu familial de Louise Moillon est plus convaincante. Mais à aucun moment il n’y est fait mention du catalogue de l’exposition Isaac Moillon de 2005 (rappelons qu’il s’agit du frère de Louise) où l’essentiel de ces informations était déjà donné. Les cotes des Archives Nationales, notamment celle de l’inventaire après décès de Nicolas, le père de Louise Moillon, sont indiquées en notes comme si elles avaient été retrouvées par l’auteur alors qu’elles étaient déjà signalées dans ce livre publié il y a quatre ans. Il est par ailleurs incompréhensible que les paragraphes consacrés à Isaac Moillon n’y fassent pas non plus référence. Seul un article de Sylvain Laveissière est signalé ici. Pourtant, Dominique Alsina connaissait cette exposition : le catalogue, également présent dans la bibliographie de fin d’ouvrage, est enfin cité un peu plus loin pour justifier une information donnée sur Louise, dans le petit nombre de lignes qui lui sont consacrées dans un chapitre intitulé : « Le cadre familial de Louyse Moillon et ses jeunes années »

On passera sur la partie dédiée à l’« Analyse de l’œuvre » où l’on apprend que : « La base de référence pour classer chronologiquement les œuvres de l’artiste ont été les œuvres datées et les critères stylistiques et picturaux de chaque œuvre » ou que : « Par rapport aux couleurs le blanc et le noir sont des couleurs à part [...] » car tout est à peu près de la même eau. Réfutons cependant l’affirmation suivante : « La palette des peintres protestants n’est pas celle des catholiques », les couleurs des premiers étant, paraît-il, moins vives que celles des catholiques, ce qui ne se vérifie jamais. Rappelons que Sébastien Bourdon, par exemple, était protestant. On survolera également rapidement le chapitre intitulé « Analyse scientifique » qui dévoile tout de l’analyse des pigments de l’artiste (ceci devrait être rejeté en annexe).
On ne s’attardera pas davantage sur le catalogue raisonné, qui n’a de raisonné que le nom. En effet, seuls quelques tableaux sont commentés, et de quelle manière ! On prendra un unique exemple, le cat. 2 : « La représentation comme la facture sont similaires aux œuvres datées 1629. En conséquence, dater cette œuvre vers 1629, nous semble tout à fait approprié. ». Hélas d’ailleurs, nulle part la facture des œuvres de 1629 n’est analysée, pas plus que ne nous sont expliquées les différences avec celles datées de 1630, ou de 1631... Les œuvres rejetées le sont pour des raisons tout aussi mystérieuses, les explications se résumant à : ce tableau n’est pas de Louise Moillon car son style et sa facture ne correspondent pas à ceux de l’artiste !
Attribuer des natures mortes est un exercice particulièrement difficile. On ne s’y risquera pas ici. En revanche, la suggestion de l’auteur (p. 64) que les figures de La Collation, peinte pour le château de Wideville (cat. 42), puissent être données à Simon Vouet laisse planer des doutes sur l’ensemble des identifications. Ce tableau est le seul qui fasse l’objet d’une longue notice (où cette attribution n’est d’ailleurs pas reprise).

On l’aura compris : la publication de ce livre reste une énigme. Certes, les amateurs de peinture du XVIIe siècle qui veulent avoir une bibliothèque exhaustive se devront de l’acquérir. Ils resteront probablement les seuls. L’ouvrage scientifique, documenté et raisonné consacré à Louise Moillon reste à écrire.

Dominique Alsina, Louyse Moillon. La nature morte au Grand Siècle. Catalogue raisonné, Editions Faton, 2009, 344 p., 148 €. ISBN : 978-2-87844-113-0.


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Didier Rykner, mercredi 8 avril 2009



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