Louvre à Abu Dhabi : Socialistes contre Jeunes Socialistes


Le parti socialiste, suivant en celà Jack Lang, a apporté son soutien au projet d’Abu Dhabi, dans un texte alambiqué qui conditionne celui-ci à des pré-requis qui ne sont aucunement remplis.
Parallèlement, le Mouvement des Jeunes Socialistes, qui participe aux campagne du P.S. mais en est autonome, nous indiquait pour sa part qu’il s’y opposait fermement, prouvant ainsi qu’il ne s’agit aucunement d’un débat qui suivrait un clivage politique. Je publie ici-même ces deux textes.

Didier Rykner

Communiqué d’Anne HIDALGO
Secrétaire nationale à la Culture et aux Médias

Les projets de développement international d’institutions muséographiques nationales, et notamment du Louvre tant aux Etats-Unis qu’à Abou Dhabi, suscitent une polémique sur leur principe même ou sur leurs modalités, au motif qu’il s’agit de dérives commerciales des musées.

Le Parti socialiste estime très souhaitable que les grandes institutions culturelles dont est dotée la France contribuent au développement des échanges culturels et au dialogue des cultures, participent au rayonnement culturel international de notre pays, et, pour ce qui est des musées, soient présentes activement dans le processus d’internationalisation en cours.

Il approuve de la même façon leur mouvement d’implantation en région, comme le Louvre à Lens, permettant à un public nouveau de découvrir les richesses des collections nationales, dès lors que celui-ci se fait en cohérence et en complémentarité avec les initiatives des collectivités territoriales et leur souci d’un développement égalitaire et solidaire des territoires.

Il est indispensable que cette politique de présence française à l’étranger soit mise en œuvre dans le plein respect des compétences, de l’intégrité et de la maîtrise technique, scientifique et morale des experts et des services responsables des projets comme des oeuvres.

Le Parti socialiste rappelle son combat en faveur du financement public de la culture, et déplore la chute des crédits de l’Etat dont est responsable l’actuel gouvernement, et qui met en péril les missions de service public, dans le patrimoine comme dans la création.

Devant les mutations du monde, il faut plaider pour l’ouverture, le décloisonnement, l’innovation, à condition que la puissance publique maintienne et développe son engagement en faveur des grandes fonctions de l’Etat dans la culture, et du message d’universalité dont notre conception d’une vie culturelle à la fois libre, foisonnante et diverse est porteuse.


Communiqué du Mouvement des Jeunes Socialistes (reçu le 24 janvier 2007)

Soldes de janvier : haro sur la culture !

Les récents comportements de plusieurs musées d’Etat français marquent la soumission de l’éthique culturelle à la logique économique.

Après le prêt d’œuvres payant à Atlanta, le Louvre est sur le point d’être « vendu » par le gouvernement aux Emirats Arabes Unis afin de préserver des relations commerciales stables avec ce pays qui vient de nous acheter 40 airbus A-380. Destiné à une station balnéaire pour riches touristes, le Louvre devient alors une marque de luxe, et son musée deviendra dans la ville de Abou Dhabi un centre commercial de plus, en concurrence avec le Guggenheim, récemment acquis, et d’autres grandes marques.

Le domaine de la culture et de l’art bascule vers celui de la publicité et de l’économie. Les œuvres deviennent alors des « actifs immatériels » selon le rapport Levy remis il y a peu au ministre de la culture, apparemment bien décidé à le suivre. Ce rapport préconise que la nation française soit convertie en « marque France » soumise à ce dogme que la « gestion de l’image nationale s’impose comme un facteur de succès économique ». Les œuvres d’art se transforment ainsi en monnaie d’échange et les enjeux diplomatiques et politiques priment sur toutes autres considérations.

Nous, Jeunes Socialistes, réaffirmons les fondements de la culture publique en vertu desquels les œuvres du patrimoine public doivent être toujours accessibles au peuple et demeurer inaliénables, c’est-à-dire soustraites au marché de l’art. Or, en faisant de la location et de la vente de certaines pièces de leurs collections l’un des modes de gestion des musées, le rapport Lévy jette les œuvres publiques sur le marché et les transforme en marchandises soumises à la concurrence entre les musées sur la scène internationale et à une logique de rentabilisation.

Nous ne refusons pas le mécénat privé mais la vulnérabilité financière peut être particulièrement critique quand le musée relève du secteur privé, les financements étant fluctuants, comme on peut le voir aux Etats Unis par exemple. En effet, en se développant en quelque sorte à crédit, ils connaissent alors des crises financières répétées. Aussi, le prêt gratuit ou l’échange d’œuvres d’art dans le cadre de la contribution à l’histoire de l’art et à la connaissance doit rester la règle. Le financement public doit stopper le mercantilisme grandissant des musées nationaux. En effet, face à cette logique économique, le musée se trouve confronté à plusieurs tentations.

La première est de se soumettre à une logique managériale des collections dont la position extrême est de considérer le musée comme une entreprise certes culturelle mais comme une entreprise avant tout.

La seconde est l’inscription du musée dans une démarche commerciale et l’adoption, sans adaptation, de techniques issues du marketing des entreprises. Or, cette évolution managériale et entrepreneuriale tend à banaliser la mission patrimoniale et culturelle des musées. Sans renier l’expérience gestionnaire du privé, les musées doivent continuer à respecter la dimension publique inhérente au patrimoine dont ils ont la charge.

Et cette dimension publique doit permettre aux musées de s’ouvrir à tous les publics : multiplication des médiateurs culturels, développement des services éducatifs, renforçant ainsi les contacts entre le musée et son environnement et faisant de l’ancrage social de ceux-ci un objectif essentiel.

Les passages soulignés le sont par leurs auteurs
Le texte est également visible sur le site du M.J.S. (sans que ces passages soient soulignés)


Didier Rykner, lundi 29 janvier 2007





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