Libérez le Palais Farnèse !


La galerie des Carrache, à Rome, est l’un des deux ou trois ensembles les plus importants pour la connaissance de la peinture du Seicento. Elle a servi de référence à toutes les galeries peintes après elle et a inspiré d’innombrables artistes, italiens ou étrangers. Elle est, en soi, un chef-d’œuvre comparable à la Sixtine ou aux chambres de Raphaël.

Pourtant, cette galerie est invisible, ou presque. Siège de l’ambassade de France depuis 1874, on ne peut visiter le palais Farnèse que lors de visites guidées, organisées le lundi et le jeudi, à 16 h et 17 h (une en français, une en anglais1)). Un visiteur individuel, en basse saison, doit réserver au moins un mois à l’avance. Planifier, dans de telles conditions, une visite à partir de la France est particulièrement complexe. C’est un peu plus facile pour un romain. Encore faut-il qu’il soit au chômage, ou qu’il n’aie pas des horaires trop contraignants pour se libérer l’après-midi d’un jour de semaine. Le résultat est évident : personne, ou presque, ne peut visiter le palais Farnèse. Pour ma part, malgré de nombreux séjours romains, je suis toujours resté à sa porte. La visite, lorsqu’elle est autorisée, est d’ailleurs limitée : impossible de voir le Camerino, impossible de voir le bureau de l’ambassadeur. La demande est pourtant énorme, comme l’a prouvée la longue file d’attente lors des dernières journées du patrimoine lorsque, par une bonté extrême, l’ambassade a daigné ouvrir ses portes au peuple romain.
Le terrorisme sert, depuis longtemps, de prétexte facile pour éviter des visites plus fréquentes. C’était vrai même après la disparition des brigades rouges, alors que le risque était proche de zéro. Depuis le 11 septembre 2001, c’est, évidemment, toujours le cas, les plans vigipirates se succédant sans interruption.
Le terrorisme a bon dos. A ce compte, il faudrait fermer tous les bâtiments publics. En réalité, l’ambassadeur de France et son personnel jouissent d’un privilège exorbitant, qu’ils n’ont aucune envie de voir cesser. Priver l’Italie d’un de ses chefs-d’œuvre n’est pas leur problème, puisqu’ils en usent pour leur propre confort. Si l’on a si peur du terrorisme, déménageons l’ambassade de France dans un autre bâtiment, moins chargé d’histoire, où personne ne viendra déranger les diplomates. Libérez le palais Farnèse !


Didier Rykner, mardi 1er février 2005


P.-S.

Nous avons reçu, de Mme Florence Mangin, Ministre-Conseillère à l’ambassade de France à Rome, un courrier en réponse à cet éditorial.


Notes

1En réalité, il s’agit d’une visite en italien (précision apportée le 20 février 2005 par la lettre reçue de l’ambassade de France en Italie, citée ici





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