Monsieur,
Nous sommes des collectionneurs, donateurs du Louvre, de plusieurs musées et des lecteurs attentifs de La Tribune de l’Art ; nous avons déjà protesté auprès de la direction du Louvre, en particulier auprès de M. Loyrette sur le principe même de « l’antenne » d’Atlanta ; nous n’avons obtenu que des paroles lénifiantes et rassurantes, nous affirmant qu’il ne s’agirait que d’œuvres dites mineures.
Le prêt pendant un an de certains fleurons du musée est inacceptable : il s’agit du patrimoine de la Nation et nul ne devrait avoir le droit de donner l’autorisation de leur faire quitter le pays. Sait-on dans quelles conditions ces prêts auront lieu ? Qui a pris la décision d’en disposer ? Qui les accompagnera et dans quelles conditions ? Qui sera responsable de leur sécurité ? Qui seront les « heureux accompagnants » ? Il est à craindre que des décisions politiques et personnelles soient à l’origine de ce projet aberrant. Celui de Lens, bien que discutable, a au moins le mérite d’être en France. Puisque nos Assemblées font des lois pour tout et pour rien, ne serait-ce pas justement l’occasion d’en voter une qui règlemenerait sévèrement le prêt à l’étranger des œuvres des musées nationaux (en les limitant dans le temps, en en réduisant la fréquence, voire en l’interdisant pour certains objets trop précieux ou trop fragiles) ? Certains donateurs, certains musées interdisent les prêts et, devant de tels abus, ils ont raison.
Nous vous serons reconnaissants de diffuser notre protestation ; il faut espérer qu’il y en aura de nombreuses autres pour faire, si possible, interdire le prêt des œuvres majeures.
Bien cordialement.
