Les temps mérovingiens. Trois siècles d’art et de culture (451-751)


Paris, musée de Cluny, du 26 octobre 2016 au 13 février 2017.

Alors que le haut Moyen Âge devrait être une des premières salles du nouveau parcours chronologique du musée de Cluny à ouvrir au printemps 2018, l’exposition Les temps mérovingiens qui associe aux collections du musée de nombreux prêts français et internationaux en est un très beau prélude. Plus de cent cinquante pièces prennent place dans la salle monumentale du frigidarium des thermes gallo-romains et illustrent les trois siècles qui définissent ce début du moyen âge, situé entre la bataille des Champs Catalauniques en 451 et la fin du règne des «  rois fainéants  » en 751 bien que les chronologies de l’art mérovingien et de l’histoire dynastique ne soient pas strictement concomitantes.


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1. Pentateuque D’Ashburnham
fin VIe - début VIIe siècle
Parchemin - 375 x 310 cm
Paris, Bibliothèque nationale de France
Photo : Paris, Bibliothèque nationale de France
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2. Verre à trompes
1e moitié du VIe siècle
Verre - 12,5 x 11 cm
Rouen, musée des Antiquités
Photo : Rouen, musée des Antiquités
Musée-Métropole-Rouen-Normandie/
Yohann Deslandes
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Vingt ans après la grande exposition internationale consacrée au sujet, Die Franken/Les Francs, présentée à Manheim puis à Berlin, le musée de Cluny propose une exposition d’envergure et s’inscrit à son tour dans l’approche renouvelée que connaît l’histoire de l’art mérovingien depuis la seconde moitié du XXe siècle et le début du XXIe siècle. Celle-ci, comme l’expliquent Isabelle Bardiès Fronty et Charlotte Denoël dans leur Essai de définition de l’art mérovingien, riche des nouvelles techniques de l’archéologie monumentale, des résultats de nombreuses fouilles de sauvetage européennes, du développement des études paléographiques et de la publication de monographies pluridisciplinaires et d’atlas archéologiques ne se prête définitivement plus à la vision évolutionniste, longtemps prégnante, d’un art mérovingien décadent précédant une salvatrice renaissance carolingienne.


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3. Fibules aviformes
Fin Ve siècle - début VIe siècle
Grenat, or, verre - 3 cm
Saint-Germain-en-Laye, musée nationale d’Archéologie
Photo : Rmn-GP (musée d’Archéologie nationale)/Jean-Gilles Berizzi
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4. Fibule circulaire, VIIe siècle
Bronze, grenats, or, argent et verre
Diamètre : 6,1 cm
Saint-Germain-en-Laye, musée d’Archéologie nationale
Photo : Rmn-GP (musée d’Archéologie nationale)/Gérard Blot
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Les commissaires ont privilégié une approche Beaux-Arts – rarement retenue pour cette période - à une approche exclusivement archéologique. Les œuvres sont avant tout mises en scène pour elles-mêmes, pour leurs motifs, leurs techniques et leurs supports, afin de réévaluer de façon objective leur «   place [...] dans l’histoire des formes  ». Sculptures, enluminures, orfèvrerie, textiles, et documents d’archive sont mêlés les uns aux autres dans cinq sections thématiques, créant ainsi des échos significatifs entre objets et images. La campagne de restauration entreprise par le Département des Manuscrits de la Bnf est pour l’exposition l’opportunité exceptionnelle de présenter des manuscrits majeurs déreliés. Feuillets et objets sont mis en regard tout au long du parcours. Vitrine après vitrine de nombreuses correspondances stylistiques et iconographiques sont dévoilées. Le style géométrique de la miniature du Pentateuque d’Ashburhnam (ill. 1) a tout de l’orfèvrerie cloisonnée (ill. 3) emblématique de l’art mérovingien tout comme la typique palette chromatique composée d’orange, de vert et d’ocre se décline de l’enluminure (Missel gallican), aux tesselles de la mosaïque de Saint Hilaire de Poitiers ou aux fragments d’enduit peints provenant de Vouneuil-sous-Biard. La virtuosité des artistes mérovingiens est également mise à l’honneur par de très belles vitrines conçues autour des techniques artistiques, arts du feu (ill. 2), orfèvrerie cloisonnée (ill. 3), filigrane (ill. 4) et damasquinure.


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5. Trésor de la tombe de Childéric
Abeilles, Ve siècle
Or et grenats - 0,3 x 1,6 cm
Paris, Bibliothèque nationale de France
Photo : Paris, Bibliothèque nationale de France
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6. Trône « de Dagobert »
Fin du VIIIe siècle, IXe siècle ?
Alliage cuivreux fondu et gravé, fer,
nombreux restes de dorure - 104 cm
Paris, Bibliothèque nationale de France
Photo : Bibliothèque nationale de France, Paris
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7. Châsse-reliquaire : Vierge à l’Enfant
1ère moitié du VIIIe siècle
Argent, grenats, verroterie, bois et cuivre
8,2 x 9,2 x 2,9 cm
Paris, musée de Cluny - musée national du Moyen Âge
Photo : Rmn-GP (musée de Cluny - musée national du Moyen Âge)
/Michel Urtado
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8. Sarcophage de saint Drausin, VIe siècle
Marbre, 52 x 213 x 67 cm
Paris, musée du Louvre
Photo : Rmn-GP/Thierry Ollivier
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9. Croix votive du trésor de Guarrazar
Millieu du VIIe siècle
Or, saphirs, émeraudes, améthystes, cristaux de roche,
perles, nacre et jaspe - 18,5 cm x 10,8 cm
Paris, musée de Cluny -
musée national du Moyen Âge
Photo : Rmn-GP (musée de Cluny -
musée national du Moyen Âge) / Michel Urtado
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L’exposition aborde d’emblée la permanence de la romanité qui émane des différents symboles monarchiques mérovingiens. De la tombe de Childéric (ill. 5) au trône de Dagobert (ill. 6) en passant par les codes de loi, les sceaux, la monnaie et les armes d’apparat, les mérovingiens reprennent les codes antiques d’expression de la royauté pour mieux justifier leur pouvoir. Si la diffusion du christianisme, de son architecture, de sa liturgie et de son iconographie sont partie intégrante de cet héritage antique, des variantes originales apparaissent rapidement. Une nouvelle forme de dévotion se met en place autour du culte des reliques (ill. 7) en plein essor qui, tout comme les pratiques funéraires qui délaissent progressivement le mobilier funéraire des tombes, traduit une nouvelle manière d’appréhender la mort. Le motif de la croix n’en reste pas moins omniprésent et se décline sur tous les supports, des bas reliefs (ill. 8) ou des chapiteaux en pierre, aux croix (ill. 9) et aux parures en or, aux manuscrits ou aux plaques boucles. Trois autres motifs iconographiques primordiaux témoignant du grand syncrétisme de l’art mérovingien sont mis en avant : les entrelacs, héritage antique et celte (ill. 10), les motifs zoomorphes aux consonances germaniques (ill. 11) et la figure humaine qui remet en question la certitude qui a longtemps prévalu de sa disparition à cette époque. Si les canons sont antiques, ils sont simplifiés en une version moins naturaliste, plus schématique et symbolique (ill. 12). Concluant autour des Evangiles de Gundohinus (ill. 13) et du Sacramentaire de Gellone, l’exposition ne laisse aucun doute quant à la persistance des formes artistiques mérovingiennes dans la seconde moitié du VIIIe siècle et l’art carolingien, loin d’entrer en rupture avec elles, s’inscrit dans leur continuité.


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10. Garniture de ceinture
VIIe siècle
Argent doré et grenats
Plaque-boucle - 12 cm
Saint-Germain-en-Laye, musée d’Archéologie nationale
Photo : Rmn-GP (musée d’Archéologie nationale)/Frank Raux
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11. Trois fibules de Krautheim-Klepsau
Dernier quart du VIe siècle
Argent moulé, doré et niellé, grenats cloisonnés
11,3 x 6,7 cm
Or, verre vert et bleu
Diamètre : 4,1 cm
Karlsruhe, Badisches Landesmuseum Karlsruhe
Photo : Badisches Landesmuseum Karlsruhe
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12. Stèle à la croix triomphante
vers 600
Pierre (grès) - 90 x 57 x 13 cm
Narbonne, musée lapidaire
Photo : Agence Defacto
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13. Evangiles de Gundohinus
754 - 755
Parchemin - 32 x 24,5 cm
Autun, bibliothèque municipale
Photo : Autun, Bibliothèque municipale/
IRHT (CNRS)
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L’heureuse coïncidence de programmes d’analyses scientifiques menés parallèlement au projet de l’exposition, par le C2RMF, le musée de Cluny, le département de science et innovation technologique de l’Université du Piémont oriental ou les Archives nationales et l’hôpital universitaire de Garches, permet de présenter au public des résultats inédits, détaillés dans l’introduction du remarquable catalogue de l’exposition. Tous confirment cette grande capacité d’invention technique et symbolique de l’art mérovingien.

Commissaires : Isabelle Bardiès-Fronty, Charlotte Denoël et Inès Villela-Petit.


Sous la direction d’Isabelle Bardiès-Fronty, Charlotte Denoël et Inès Villela-Petit, Les temps mérovingiens. Trois siècles d’art et de culture (451-751), Editions de la Rmn-GP, 2016, 288 p., 39 €, ISBN : 9782711863280.


Informations pratiques : Musée de Cluny - Musée national du Moyen-Âge, 6 Place Paul Painlevé, 75005 Paris. Tél : +33 (0)1 53 73 78 16. Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 9h15 à 17h45. Tarif : 9 € (réduit : 7 €).


Julie Demarle, mardi 24 janvier 2017





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