Les sculptures de Nantes de nouveau à l’honneur


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1. Vue de l’exposition des sculptures dans « L’Atelier »
Photo : Didier Rykner

9/7/14 - Exposition, publication, acquisitions, restaurations - Nantes, Musée des Beaux-Arts - Alors que les travaux d’agrandissement et de rénovation ont enfin commencé (et devraient se terminer fin 2016 pour une inauguration prévue en décembre de cette année), le Musée des Beaux-Arts de Nantes poursuit ses expositions dans ses murs (dans la chapelle restée ouverte) et hors de ses murs dans plusieurs lieux de la ville. Pendant tout l’été, à côté d’expositions d’art contemporain (plusieurs œuvres d’Anne et Patrick Poirier et deux installations du japonais Aida Makoto), on peut ainsi voir une petite rétrospective d’œuvres de Fernand Léger portant sur les rapports de son art avec le surréalisme, dont nous parlerons dans un autre article, et une présentation d’une partie de sa collection de sculptures, qui compte essentiellement des œuvres du XIXe siècle, dans un lieu d’exposition appelé « L’atelier », qui dépend de la ville (ill. 1 et 2).

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2. Vue de l’exposition des sculptures
dans « L’Atelier »
Photo : Didier Rykner

Comme la plupart des musées français, la collection de sculptures XIXe du Musée des Beaux-Arts de Nantes, et notamment les plâtres, a été fortement négligée dans la seconde moitié du XXe siècle. Contrairement à d’autres villes cependant, les pertes ont été relativement limitées (même si certaines pièces ont disparu, probablement détruites, notamment un plâtre de Rodin !)1.
Si certains marbres avaient retrouvé une place dans la présentation permanente des années 1980, la plupart des plâtres étaient conservés en réserve, souvent en mauvais état. Ils ont fait l’objet pour beaucoup d’entre eux d’une campagne de restauration, ainsi que d’une étude qui vient de donner lieu, outre l’exposition, à la publication d’un catalogue sommaire exhaustif. Les œuvres sont très bien reproduites et beaucoup d’entre elles bénéficient même d’une notice2. Ce travail a été l’occasion d’un grand nombre de redécouvertes de premier ordre. Les visiteurs pourront découvrir pour la première fois depuis 1940 le superbe modèle du portrait équestre du colonel Howard par Emmanuel Frémiet dont le bronze est aujourd’hui sur une place de Baltimore (ill. 3). L’œuvre, conservée en morceaux dans les réserves3, a été magnifiquement restaurée. Les autres restaurations d’importance concernent notamment le portrait en pied de Paul Baudry par Jean-Léon Gérôme (ill. 4), celui du maréchal Ney par Henri-Alfred Jacquemart, La Sculpture par Louis Noël et La Peinture d’Agathon Léonard (deux modèles pour les sculptures de la façade du musée) ou encore le Faune à l’amphore de Gustave Crauk.


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3. Emmanuel Frémiet (1824-1910)
Le Colonel Howard, 1903
Plâtre - 536 x 283 x 96 cm
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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4. Jean-Léon Gérôme (1824-1904)
Paul Baudry, vers 1896
Plâtre - 233 x 100 x 104 cm
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner

La collection ne conserve presque pas d’œuvres antérieures au XIXe siècle, à l’exception notable d’un beau buste en terre cuite de Pajou par Jean-Baptiste Lemoyne et de quelques œuvres provenant de la collection Cacault, essentiellement des copies d’antiques. Celui-ci a également offert plusieurs œuvres néoclassiques : des terres cuites de Francesco Maximilien Laboureur, un portrait de Canova par son élève Antonio d’Este (dont une version en marbre se trouvait naguère sur le marché de l’art)4. L’œuvre n’est pas présentée dans l’exposition, mais on y voit en revanche un de ses deux Canova, l’impressionnant buste colossal en plâtre du pape Clément XIII (ill. 5), en rapport avec son monument funéraire de la basilique Saint-Pierre de Rome et doté de sa belle patine originale (ill. 6).


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5. Antonio Canova (1757-1822)
Le Pape Clément XIII, 1787
Plâtre - 104 x 68 x 68 cm
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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6. Antonio Canova (1757-1822)
Le Pape Clément XIII, 1787
détail de la patine
Plâtre - 104 x 68 x 68 cm
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner

L’exposition met également en valeur le célèbre Gorille d’Emmanuel Frémiet (ill. 7), doté au début d’une XXe siècle d’une patine bronze dont rien ne prouve qu’elle était souhaitée par l’artiste et dont il faudra peut-être un jour se débarrasser, un joli portrait d’enfant de Ruxthiel ou encore le grand plâtre représentant L’Espérance, par Henri Chapu (ill. 8), dont le marbre ornait le tombeau du comte polonais Michel Tyszkiewickz de l’église de Raudondvaris en Lituanie, détruite pendant la Première guerre mondiale.


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7. Emmanuel Frémiet (1824-1910)
Gorille enlevant une femme, 1887
Plâtre teinté - 195 x 133 x 80 cm
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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8. Henri Chapu (1833-1891)
L’Espérance, 1889
Plâtre - 267 x 200 x 80 cm
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner

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9. Emil Wolff (1802-1879)
Buste de Paul Delaroche, 1844
Marbre - H. 62 cm
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner

Notons que très récemment le musée a eu la bonne fortune de s’enrichir de deux sculptures de grande qualité. La première est un buste de Paul Delaroche en marbre par le sculpteur allemand Emil Wolff (ill. 9). Ce dernier était le directeur de l’Académie de Saint-Luc à Rome quand le peintre français y fut admis. Acheté à la galerie de Bayser à Paris, il provient directement de la famille Delaroche-Vernet chez qui il était resté jusqu’à nos jours. Cette acquisition se justifie d’autant plus que Nantes conserve de nombreuses œuvres de Paul Delaroche et de son beau-père Horace Vernet.
La seconde œuvre, un très beau buste en bronze figurant le général Cambronne (ill. 10). Acquis chez Sotheby’s Paris le 16 avril 2013 pour 5625 € (avec les frais) comme un portrait de l’homme d’affaire Louis Pommeraye, le véritable modèle a été reconnu par le musée ; les deux sont, de toute façon, nantais d’origine, comme l’est le sculpteur. Il s’agit en effet soit de Jean de Bay fils, soit peut-être de son père Jean-Baptiste-Joseph de Bay. Les deux ont en effet sculpté Cambronne, et la signature (« J. DEBAY ») ne permet pas avec certitude d’identifier la main.


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10. Attribué à
Jean-Baptiste-Joseph Debay (1802-1862)
ou à son père (1779-1863)
Buste du Général Cambronne
Bronze - 64 x 36 x 20 cm
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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11. Vue du patio du Musée des Beaux-Arts
avant la Seconde guerre mondiale
Photographie ancienne

Cette collection de sculptures, comme le montrent des photographies anciennes (ill. 11), était présentée dans le patio du musée, un endroit magnifique pour exposer de telles œuvres. Il est dommage que le projet actuel n’ait pas prévu de les y remettre, cet espace devant à nouveau être utilisé pour les expositions temporaires comme cela était le cas avant la fermeture. Au moins les conservateurs ont-ils la volonté de leur consacrer toute une salle où le colonel Howard de Frémiet devrait trouver une place d’honneur. Surtout renommé pour ses peintures, le Musée des Beaux-Arts de Nantes comptera désormais aussi pour sa collection de sculptures du XIXe siècle.

L’exposition est présentée à L’Atelier, 1, rue de Chateaubriand, du 27 juin au 31 août 2014, tous les jours de 10 h à 19 h. Entrée libre.

Sous la direction de Cyrille Sciama et Édouard Papet, La sculpture au Musée des Beaux-Arts de Nantes. Canova, Rodin, Pompon..., Silvana Editoriale, 2014, 288 p., 29 €. ISBN : 9788836628605.
Acheter le catalogue sur La Tribune de l’Art


Didier Rykner, mercredi 9 juillet 2014


Notes

1Celui-ci, d’après la notice, a été détruit en 1969 (sans que les circonstances soient précisées) et non lors de la Seconde guerre mondiale comme l’écrit Édouard Papet dans son essai. Nous reviendrons dans notre prochaine chronique sur cette vague de vandalisme qui a touché les musées français après la seconde guerre mondiale.

2Même si cela va au delà d’un catalogue raisonné, on aurait aimé que toutes puissent ainsi être commentées a minima.

3Elle n’était pas brisée, mais démontée. Quelques morceaux, telle la bride, doivent encore être remis en place.

4Vendu à l’hôtel Drouot il y a quelques années, il était encore récemment chez Daniel Katz.





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