Les pleurants préemptés par le Louvre


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Jean de Cambrai (connu entre 1375 et 1438)
Deux Pleurants du tombeau de Jean de France, duc de Berry
Bourges, vers 1396-1416
Marbre - H. 37,5 et 37,8 cm
Préempté par le Musée du Louvre
Photo : Christie’s

15/6/16 - Acquisitions - Paris, Musée du Louvre - La Tribune de l’Art mange son chapeau ! Et nous sommes plus qu’heureux de le faire, de reconnaître que sur ce plan nous nous sommes totalement trompé et que le Louvre a fait un bien bel achat. Nous ne pensions pas, après avoir échoué à acquérir ces œuvres pendant les deux ans et demi où elles étaient interdites de sortie, qu’il pourrait réunir les 4,4 millions d’euros (sans les frais) pour les préempter.
Depuis notre article, nous avons eu connaissance de la délibération de la Commission des trésors nationaux qui avait recommandé le refus de certificat le 19 décembre 2012. Et celle-ci, à l’initiative du Louvre (et de Geneviève Bresc-Bautier qui, à l’époque, dirigeait le département des sculptures et avait présenté les œuvres devant la commission), avait particulièrement bien travaillé.

Car le prix demandé par le vendeur était absolument exorbitant : pas moins de 6,5 millions d’euros pièce, soit 13 millions pour les deux. Un prix sans commune mesure avec ceux qui avaient été atteints précédemment par des œuvres comparables, et indiscutablement trop élevé. Mais la question posée alors était bien celle de l’importance, ou non, de ces œuvres pour le patrimoine français, et non la possibilité de l’acquérir. Le Louvre précisait d’ailleurs à la commission qu’il était prêt à les acheter 2 millions chaque, ce qui n’est pas très éloigné de celui finalement payé en vente public.
On ne peut donc, comme nous le faisions, reprocher au Louvre de ne pas avoir acheté les deux marbres pour 13 millions d’euros, prix beaucoup trop élevé. Certes, il était sans doute possible de s’engager dans une procédure d’offre contradictoire avec contre-proposition et avis d’expert, mais cela se passe rarement au bénéfice des musées.

Ces deux pleurants, chefs-d’œuvre de la sculpture médiévale, entrent donc au Louvre qui a su avoir la patience d’attendre la vente aux enchères. Nous préciserons, dès que nous le saurons, comment le musée a pu financer cet achat, nous nous contenterons ici de nous réjouir et de rappeler que ces deux petits marbres avaient été commandés à Jean de Cambrai pour le tombeau de Jean de France, duc de Berry, à la Sainte-Chapelle de Bourges, vers 1396-1416 et qu’ils font partie de la première commande. Deux autres pleurants, pour la seconde commande réalisée vers 1450-1453, avaient malheureusement échappé aux musées français en 2013, vendus aux enchères chez Christie’s également pour un peu plus de 4 millions avec les frais.

Concluons, après avoir fait notre contrition, sur un point : il y a quatre ans donc, le Louvre refusait de signer le certificat d’exportation pour des œuvres qui le méritaient alors qu’il savait ne pas pouvoir les acheter au prix proposé (et alors même que celui-ci était beaucoup trop élevé). La délibération de la commission précisait même que le prix ne devait pas entrer en ligne de compte. Nous ne disons, régulièrement, rien d’autre.


Didier Rykner, mercredi 15 juin 2016





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