Chronique Semaine de l’Art n° 15 : Les musées vertueux


Ce texte est la transcription de la chronique de l’émission La Semaine de l’Art n° 14 du 24 avril 2014.

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Jusepe de Ribera (1591-1652)
Saint Jude Thaddée, vers 1609-1610
Huile sur toile - 111,2 x 88,6 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rennes

Nous avons passé en début de semaine deux jours au Musée des Beaux-Arts de Rennes et nous avons été particulièrement impressionné par l’activité qui y règne. Depuis l’arrivée d’Anne Dary à sa tête, et le recrutement de Guillaume Kazerouni comme responsable des collections anciennes et XIXe siècle, ce musée semble connaître une nouvelle vie. Acquisitions nombreuses, qu’il s’agisse d’œuvres très importantes comme le tableau de Ribera récemment entré dans les collections (voir la brève du 13/1/14) ou d’œuvres plus mineures mais importantes pour les collections comme un album de dessins de Léon Cogniet, dont certains en rapport avec le Massacre des innocents montré dans les salles ; restaurations, expositions comme celle qui vient d’ouvrir sur les dessins français du XVIe et XVIIe siècle, travail sur les collections comme celui qui vient de débuter sur le fonds de dessins de Camille Godet, un artiste de la première moitié du XXe siècle qui constituera certainement une révélation en 2018 lorsqu’ils seront exposés, publications autour des collections avec une petite série de fascicules… Il y a de la passion dans le travail de cette équipe qui fait plaisir à voir. Rennes est un musée vertueux, comme on les aime.

Il y a, heureusement, beaucoup de musées vertueux. Lyon est un autre exemple, et nous parlions la semaine dernière de son exposition magnifique, « L’invention du passé ». Sylvie Ramond réussit aussi des acquisitions exceptionnelles en multipliant les sources de financement. Autre musée bien sûr, que nous citons souvent, et Sylvain Amic le connaît bien puisqu’il y a longtemps travaillé : le Musée Fabre de Montpellier, mené de main de maître par Michel Hilaire. Nous pourrions en citer beaucoup et nous serions forcément injuste d’autant que nous ne savons pas forcément tout ce qui se passe en province. Parlons de Quimper où Guillaume Ambroise fait un travail remarquable, là encore scandé d’expositions et d’acquisitions. Ou Caen qui depuis de nombreuses années est dirigé par Patrick Ramade qui chaque année achète au moins un tableau important et d’autres œuvres moins chères mais pas moins intéressantes
Parmi les petits musées, n’oublions pas Bourg-en-Bresse, ou Moulins… Nous pourrions en citer beaucoup, notre liste n’est forcément pas exhaustive.

Si, derrière un musée vertueux, il y a souvent une collectivité territoriale qui le soutient, ce n’est pas forcément le critère principal. Car par exemple, les musées de la ville de Paris sont aujourd’hui souvent dirigé par des personnalités remarquables qui réussissent un travail de fond, même si les moyens qui leur sont alloués sont très réduits. On doit reconnaître à la municipalité parisienne un choix plutôt heureux des conservateurs récemment nommés. Au Petit Palais, Christophe Leribault fait renaître le musée, il n’y a pas d’autre mot, grâce à des expositions en tous points remarquables (et un programme à venir non moins allèchant), et à des acquisitions réalisées avec des moyens réduits mais toujours avec beaucoup d’à propos (nous en parlerons bientôt). A la vie romantique, il n’était pas facile de succéder à Daniel Marchesseau. Jérôme Farigoule (formé à l’excellente école montpelliéraine), est en train d’y réussir avc brio. On pourrait parler de la remarquable Amélie Simier au musées Bourdelle et Zadkine. On aura sans doute de bonnes surprises avec le musée Cognacq-Jay et le musée Carnavalet où les échos qui nous parviennent sont plutôt bons, même si le choix des directrices, au départ, n’était pas forcément évident, celles-ci étant plutôt spécialisées dans l’art contemporain.

Nous ne connaissons pas le musée Antoine Lécuyer de Saint-Quentin mais nous voyons le travail réalisé par Hervé Cabezas avec des moyens terriblement réduits. Nous pourrions parler aussi de Berck, mené par Patrick Descamps… Bref, ce qui fait d’un musée un musée vertueux, c’est d’abord la personnalité de celui ou de celle qui le dirige. Même si parfois, à l’impossible, nul n’est tenu (comme doit s’en apercevoir la directrice du Musée Bonnat à Bayonne dont il faudra que nous parlions bientôt)

Rouen est également, bien sûr, un musée vertueux. Là encore, nous sommes impressionnés par le travail que mène Sylvain Amic et l’équipe de conservation. Malgré un budget d’acquisition en berne, au moins pour cette année, ils ont réussi à acheter en vente un très important tableau d’Adrien Sacquespée, grâce à l’aide de la société des amis. Une grande exposition vient d’ouvrir, dont nous parlerons aussi, qui vient en parallèle de l’opération Le Temps des Musées désormais annuel qui permet de faire redécouvrir les collections permanentes. Bref, beaucoup de raisons de se réjouir.


Didier Rykner, vendredi 25 avril 2014





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