Les éditions Diane de Selliers ne publient qu’un livre par an, toujours selon le même principe : enrichir les grands textes littéraires par des tableaux de maîtres. Le dernier paru, en deux tomes, illustre Ovide par les peintres baroques, le terme étant entendu dans un sens large allant de la fin du XVIe siècle au début du XVIIIe.
Ce très bel ouvrage satisfera à la fois les amateurs de beaux livres et les historiens d’art. Car l’éditeur ne s’est pas contenté de tableaux très connus par des artistes majeurs. Certes, on trouvera de nombreux Poussin ou Rubens, deux peintres opposés par le style et qui ont chacun abondamment puisé dans l’ouvrage d’Ovide. Mais la richesse du livre, ce qui fait sa différence, ce sont - parmi bien d’autres - les tableaux de Federico Cervelli, de Giovanni Maria Bottalla, de Dirck de Quade Van Ravesteyn ou d’Alessandro Rossi, artistes méconnus dont on pourra découvrir de superbes toiles. Même les spécialistes de peinture ancienne découvriront probablement des œuvres ignorées d’eux. Cette curiosité iconographique se retrouve également dans la localisation des toiles. On vient de citer Bottalla, artiste gênois. Son Deucalion et Pyrrha est conservé au Musée National des Beaux-Arts de Rio de Janeiro.
Si l’Italie se taille la part du lion avec quatre-vingt-neuf artistes différents, la peinture française est également bien représentée par des tableaux peu reproduits. Qui connaît le Dédale et Icare de Le Brun au Musée de l’Ermitage, la Vénus sommeillant sur des nuages d’un élève de Vouet, conservé à Budapest ? Ou encore ce Narcisse de François Perrier, conservé dans une collection particulière.
La lecture des Métamorphoses montre que la richesse du texte a finalement été parfois sous-exploitée : si certains passages ont été illustrés un nombre incalculable de fois (la chute de Phaëton, Diane et Callisto, La mort d’Euridyce, Le combat des Lapithes et des Centaures,...), d’autres sont plus rares. Ainsi, Athamas tue le fils d’Ino, de Gaetano Gandolfi, scène d’une brutalité inouïe qui peut expliquer le peu de représentations connues de ce sujet : Athamas, fils d’Eole, rendu fou par Tisiphone, une Erynie, confond son épouse et ses deux enfants avec des bêtes sauvages ; il prend son fils par une jambe et : « le fait tournoyer deux ou trois fois dans les airs comme une fronde, puis il brise sans pitié contre un dur rocher la tête de l’enfant. » Autre sujet, nettement moins violent mais tout aussi rare, la métamorphose de Coronis en corneille est illustrée par deux tableaux de Giulio Carpioni.
D’autres thèmes ne sont pas illustrés car ils n’ont quasiment donné lieu à aucune représentation. Pourtant, la mort d’Ardée, pour ne prendre qu’un exemple, formait un beau sujet : « Quand un glaive étranger l’eut tué, et que les toits se furent effondrés, sous des cendres encore chaudes, du milieu de ses ruines s’envole un oiseau jusqu’alors inconnu, qui, à grands coups d’ailes, rejette au loin la cendre ; ses cris, sa maigreur, sa pâleur, toute en lui rappelle une ville prise, tout jusqu’au nom même de la ville ; Ardée célèbre lui-même son deuil en se frappant de ses propres ailes [1]. »
Cet ouvrage peut ainsi s’aborder de plusieurs manières : lire ou relire Ovide, découvrir des tableaux et des peintres rares, faire des recherches iconographiques. Sa lecture est recommandée, malgré un prix élevé justifié par la qualité de l’édition et des reproductions.
Ovide, Les Métamorphoses illustrées par la peinture baroque, traduit du latin par Georges Lafaye, avec des préfaces par Roberto Mussapi, Pierre Rosenberg et Carlo Falciani. Notes de Jean-Pierre Néraudau, Paris, 2003, Diane de Selliers éditeur. 2 volumes, 632 pages et 370 illustrations. ISBN 2-903656-28-2.
Prix de lancement : 245 € jusqu’au 31 janvier 2004, puis 302 €.
