Les historiens de l’art français contre le projet de reconstruction des Tuileries


30/1/09 – Patrimoine – Paris – Lors de son Assemblée Générale qui s’est tenue le 17 janvier 2009, le Comité Français d’Histoire de l’Art a voté à l’unanimité contre le projet de reconstruction des Tuileries.

Nous reproduisons ci-dessous l’intégralité de cette motion :

« Les membres du Comité Français d’Histoire de l’Art, représentant la communauté des historiens de l’art français, réunis à l’occasion de leur assemblée générale annuelle le 17 janvier 2009, ont examiné le projet de reconstruction du château des Tuileries. Après en avoir débattu, ils ont adopté à l’unanimité la motion suivante :

* Le Comité rappelle qu’il est impossible de prétendre restituer le château des Tuileries dans l’état qui était le sien au moment de l’incendie de 1871. Les pavillons de Flore et de Marsan, les deux extrémités du château, ont en effet été entièrement reconstruits depuis, et selon des dessins et des plans complètement différents de l’état du Second Empire pour le second. De plus, pour les relier à nouveau au corps central, il faudrait en sacrifier les façades latérales, elles-mêmes classées monuments historiques.

* Le Comité souligne ensuite qu’il est absurde de vouloir greffer une copie, obligatoirement approximative, sur un ensemble palatial, celui du Louvre, auquel l’Histoire a accordé le très rare privilège d’être aujourd’hui encore composé d’éléments d’époques différentes mais tous originaux et authentiques, depuis la façade de Lescot jusqu’à la Pyramide de Peï.

* Le Comité s’étonne qu’un tel projet puisse faire abstraction du passage du temps et de ses conséquences. Plus de cent vingt cinq ans se sont écoulés depuis la décision d’enlèvement des ruines du château prise par le gouvernement de la IIIème République. L’immense espace ouvert créé par cette décision est désormais inscrit dans le paysage de la capitale. Il en a influencé de façon déterminante l’urbanisme au cours du XXème siècle, notamment pour les développements accordés à la perspective centrale, courant désormais de la Pyramide de Peï jusqu’à l’Arche de la Défense. Il s’agit là d’une composante essentielle du patrimoine de Paris, appréciée du public et universellement reconnue.

* Le Comité regrette enfin, qu’au moment où des interventions urgentes sont indispensables sur tant de monuments historiques célèbres et encore existants, on puisse envisager de détourner de façon irresponsable compétences, temps et moyens au profit d’un projet aussi discutable. Il est faux de prétendre que celui-ci pourrait être réalisé sans participation de financements publics. En revanche, les véritables objectifs d’éventuels investisseurs privés sur un tel emplacement au cœur de la capitale, ne sauraient tromper personne.

Pour ces raisons, le Comité Français d’Histoire de l’Art proclame son opposition complète et unanime au projet de reconstruction du château des Tuileries. »

Rappelons que La Tribune de l’Art a, à plusieurs reprises, dénoncé ce projet absurde (voir brève du 14/2/04, l’éditorial du 10/6/07, et l’article Les reconstructions sont un danger pour le patrimoine).

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Didier Rykner, vendredi 30 janvier 2009





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