
1. Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)
Saint Louis vénérant la couronne d’épines
Plume et encre noire, lavis gris - 16,8 x 8,4 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts
et d’Archéologie
Photo : Musée des Beaux-Arts
et d’Archéologie, Besançon
Les fonds graphiques de Besançon sont de mieux en mieux connus et étudiés. Nous avions parlé ici-même de la sélection des plus beaux dessins du musée montrée en 2004 et, plus récemment, des expositions de dessins italiens des XVIIe et XVIIIe siècles qui ont fait une part très large aux feuilles provenant de cette ville. On ne s’attardera pas ici sur l’éclatement un peu absurde des collections municipales entre le Musée des Beaux-Arts et la Bibliothèque, fruit de l’histoire de ces institutions. On sait que l’architecte Pierre-Adrien Pâris est à l’origine de cette richesse, et que l’ensemble des Fragonard est l’un des points forts de sa donation. Cette exposition en montre pour la première fois toute l’ampleur et est l’occasion de la publication d’un catalogue.
Toutes les facettes de Fragonard dessinateur sont ici représentées. L’accrochage et le catalogue sont organisés chronologiquement.
Les tous débuts du peintre, avant 1756 et le départ à Rome, sont mal connus et ne sont illustrés ici que par deux dessins, à la plume et au lavis. Si le premier est évidemment un projet de plafond, le second, Saint Louis vénérant la couronne d’épines (ill. 1)nous semble plutôt préparatoire à un retable. Le style est déjà bien caractéristique comme l’indique Pierre Rosenberg : « les yeux indiqués par un point, parfois un petit trait net et précis, les visages ronds et bien pleins ».

2. Jean-Honoré Fragonard (?) (1732-1806)
Vue intérieure des Ecuries de Mécène à Tivoli
Sanguine - 35,7 x 49,4 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie, Besançon
La section suivante, Fragonard à Rome est marquée par les fameuses sanguines de Tivoli, dessinées lors du séjour que l’artiste passe dans cette ville en compagnie de l’Abbé de Saint-Non. Parmi cette série de dix feuilles, l’un des sommets de son art, la Vue intérieure des Ecuries de Mécène à Tivoli (ill. 2) une pose un problème, non encore résolu de manière satisfaisante. Pierre Rosenberg conserve un point d’interrogation après le nom de Fragonard, doute qui fut partagé par Marianne Roland-Michel qui était tentée de revenir à l’attribution à Hubert Robert qui prévalut longtemps (alors que Pâris la donnait sans hésitation à Fragonard et que Jean-Pierre Cuzin s’en tient fermement à cette identification). La comparaison avec les autres vues de Tivoli montreeffectivement un traitement légèrement différente, qui justifie que l’on reste prudent.

3. Jean-Honoré Fragonard (1732-1806),
d’après Guido Reni
Saint Job recevant les hommages
du peuple
Sanguine - 29,8 x 20,3 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts
et d’Archéologie
Photo : Musée des Beaux-Arts
et d’Archéologie, Besançon

4. Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)
Clorinde et Tancrède
Plume, encre brune,
lavis - 44 x 35,5 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts et
d’Archéologie
Photo : Musée des Beaux-Arts
et d’Archéologie, Besançon
Les dessins d’après les maîtres ont également posé des problèmes d’attribution et de séparation des mains entre Fragonard et, cette fois, Jean-Robert Ango. Deux feuilles de ce dernier, l’une d’après Poussin, l’autre d’après Ribera, lui ont été rendues et font partie de la section des refusés. La variété des artistes copiés montre la curiosité de Fragonard qui se nourrit de ces influences : de Raphaël bien sûr aux grands peintres du XVIIe siècle italien, les Carrrache, Guido Reni, Pierre de Cortone, Luca Giordano, Giovanni-Benedetto Castiglione...
La période suivante, 1761-1775 est moins bien représentée, à l’exception de deux belles feuilles, Clorinde et Tancrède, et Deux cavaliers s’affrontant sur un champ de bataille, de la série un peu décevante des quatre Danseuses à la sanguine et du léger Lit aux amours. L’esquisse d’un plafond, à l’huile sur bois avec ses figures gracieuses et l’audace du ciel qui laisse vide plus de la moitié de la composition, symbolise la quintessence du rococo français.

5. Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)
Portrait de vieille femme
Pastel - 59 x 50 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts
et d’Archéologie
Photo : Musée des Beaux-Arts
et d’Archéologie, Besançon
Du second voyage en Italie, on verra à la fois des paysages aux techniques variées et la célèbre série des fillettes à la sanguine qu’il exécuta en compagnie de François-André Vincent, chacun croquant son modèle d’un point de vue différent. La fin de la vie de l’artiste est évoquée par des portraits, dont l’un de ses rares pastels, une tête de vieille femme (ill. 5), que Pierre Rosenberg considère comme un « chef-d’œuvre absolu ». L’exposition est l’occasion d’exposer celui-ci aux côtés du pastel de Chardin, de sujet voisin, également conservé à Besançon.
Le chapitre des refusés est toujours passionnante dans un catalogue raisonné. Celle-ci ne fait pas exception en proposant plusieurs nouvelles attributions à des feuilles jusqu’ici données, parfois sans conviction, à Fragonard. On citera ici un grand dessin donné maintenant à Louis-Félix de La Rue (ill. 6 ), deux dessins inédits attribués à Gabriel-François Doyen et plusieurs paysages maintenant anonymes.

6. Louis-Félix de La Rue (1730-1777)
Essaim d’amours
dans les nuages
Plume, encre noire,
lavis de bistre
130,7 x 47,5 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts
et d’Archéologie
Photo : Musée des Beaux-Arts
et d’Archéologie,
Besançon
Avec les refusés sont cataloguées les œuvres de la famille Fragonard, sans doute parce qu’une huile sur toile de Théophile (le petit fils) avait été donnée abusivement à Jean-Honoré. La femme ce dernier, Marie-Anne, miniaturiste, est représentée par un portrait sur ivoire. Leur fils, Alexandre-Evariste Fragonard (le père de Théophile) fut un peintre très original qui mériterait une monographie et une exposition. On apprend ici qu’il fut sans doute également sculpteur. L’exposition montre la tête en bronze du général Pichegru, retrouvée dans le Doubs suite à la destruction de la statue en pied, en 1830, quelques jours après les Trois Glorieuses. On ne sait, en revanche, s’il a réellement sculpté le modèle où s’il s’est contenté d’en donner des dessins.
On soulignera pour terminer la réussite du catalogue, bien édité, avec d’excellentes reproductions. Modestement intitulé Inventaire, il est bien plus que celà et réunit, avec des annexes conséquentes (index, tables de concordance) tout ce qu’il faut savoir sur cet ensemble exceptionnel. Rappelons que Fragonard a fait récemment l’exposition d’une autre belle exposition, à Barcelone, chroniquée sur ce site par Carole Blumenfeld (qui prépare une thèse sur la belle-sœur du peintre, Marguerite Gérard).
Pierre Rosenberg, Les Fragonard de Besançon, Cinq Continents, 2006, 232 p., 35 €. ISBN : 88-7439-363-6.

