
Table à écrire en marqueterie Boulle et placage d’ébène
Estampillée C.I.DUFOUR et J.M.E.
79 x 93 x 63 cm
Photo : Daguerre
23/9/10 (mise à jour le 22/10/11, voir le P.S.) – Marché de l’art – Paris – L’affaire de la table écritoire acquise par Maryvonne et François Pinault revient à la une de l’actualité, judiciaire davantage qu’artistique. Ceux-ci viennent en effet une nouvelle fois d’être déboutés par la Cour d’appel de leur demande d’annulation de la vente, et condamnés aux dépens.
Rappelons les faits : le 14 décembre 2001, à Drouot salle 4, étaient proposés par la société de vente Daguerre et sous le marteau de Me Paul Renaud, des « tableaux, orfèvrerie, meubles et objets d’art provenant principalement d’une grande collection européenne ». L’origine mystérieuse fut rapidement identifiée : il s’agissait des Rothschild, certains objets portant la marque « R ». Plus précisément, comme le révéla Libération sous la plume de Vincent Noce le 20/12/01, ils provenaient de la Villa parisienne de Salomon de Rothschild qui avait été léguée en 1922 à l’Etat par sa veuve. Les enchères flambèrent et pulvérisèrent les estimations1
Sous le lot n° 120 était vendue une table écritoire (ill.) en marqueterie Boulle et placage d’ébène, décrite au catalogue comme « Epoque Louis XVI. (accidents et restaurations). », estimée 60/80 000 F et finalement adjugée pour la somme colossale de 7 900 000 F à Maryvonne Pinault. Le procès-verbal porte en outre un avertissement donné au moment de la vente : « manques, en l’état ».
Peu après en faisant démonter la table par son propre expert, l’acheteuse s’aperçut que certains éléments, dont les pieds, n’étaient pas d’origine, et demanda l’annulation de la vente.
Le 13 octobre 2005, la Cour d’instance de Paris débouta les époux Pinault et les condamna aux dépens, jugement confirmé en appel le 12 juin 2007. En revanche, le 30 octobre 2008, la Cour de cassation annula ce dernier jugement, ce qui eut pour effet de renvoyer les parties à nouveau devant la Cour d’appel. Celle-ci vient donc de rendre son verdict qui condamne les plaignants aux dépens. Il est probable que ceux-ci se pourvoient à nouveau en cassation, ultime étape de ce marathon judiciaire.
On comprend mal cet acharnement. La Cour d’appel souligne avec justesse dans ses attendus « que la notice descriptive du meuble était assortie de la mention "accidents et restaurations", suffisamment explicite, tout comme l’expression "en l’état" prononcée par le commissaire-priseur lors de la vente » et « que cette circonstance et la modicité de l’estimation étaient propres à introduire un aléa dans le champ contractuel et à éveiller l’attention de M. et Mme Pinault [...] » On pourrait ajouter qu’en achetant 7,9 millions de francs une table estimée au mieux 80 000, Mme Pinault a agi en « amateur éclairée », selon les termes employés lors d’un précédent jugement, et fait sa propre expertise, supposant à ce meuble une valeur bien plus importante que l’expert de la vente ne le prétendait.
