Les Duval Le Camus peintres de père en fils


Saint-Cloud, musée des Avelines du 8 avril au 4 juillet 2010

Cette rétrospective, qui propose de redécouvrir deux peintres méconnus du XIXe siècle, fait plaisir car elle prouve que même un petit musée peut organiser des expositions passionnantes, qui font progresser l’histoire de l’art. Il faut juste souhaiter que sa localisation à Saint-Cloud ne décourage pas les amateurs de s’y rendre. Curieusement, franchir le périphérique pour se rendre dans la proche banlieue de Paris semble souvent un périple compliqué aux parisiens. Et il faut avouer que le trajet vers Saint-Cloud en provenance de Paris, avec les immondes bureaux de la Colline, l’un des plus grands crimes urbanistiques des années 1970, et le viaduc de l’autoroute de l’Ouest, peut en décourager plus d’un [1].

1. Pierre Duval Le Camus (1790-1854)
Portrait de Mme de Cherrier, 1834
Huile sur toile - 40 x 31 cm
Collection particulière
Photo : S. Ageorges

2. Pierre Duval Le Camus (1790-1854)
Portrait de la Comtesse de Bizemont, vers 1835
Huile sur toile - 41 x 33 cm
Collection particulière
Photo : S. Ageorges


3. Pierre Duval Le Camus (1790-1854)
La partie de piquet de deux invalides
Salon de 1819
Huile sur toile - 46 x 35,5 cm
Collection particulière
Photo : S. Ageorges

Répétons-le donc : il faut aller au Musée des Avelines voir cette manifestation consacrée aux Duval Le Camus père et fils. Pierre, né à Lisieux, habita Saint-Cloud dont il fut maire la dernière année de sa vie. Elève de David, son premier tableau connu, exposé, est un portrait officiel du procureur impérial, monsieur Courtin. Il s’agit de la seule tentative de l’artiste dans le grand format : par la suite, il se spécialisa dans la scène de genre et le portrait de petite taille, prenant ainsi la suite d’une tradition initiée par Marguerite Gérard et poursuivie par Boilly, dont Duval Lecamus est parfois proche. Le musée possède trois exemples de ces petits portraits acquis récemment (voir brève du 29/1/10). La formule de ces portraits est toujours la même : le modèle est en pied, dans un paysage, peint d’une manière très minutieuse (ill. 1 et 2). La plupart ont un très grand charme.
Les scènes de genre, exécutées avec le même sens du détail, rappellent à la fois Michel-Martin Drölling et les tableaux troubadours. La plus belle, La partie de piquet de deux invalides (ill. 3) qu’on n’hésitera pas à qualifier de chef-d’œuvre, provient d’une collection particulière. La confrontation entre une estampe d’un mariage villageois reproduisant un tableau exposé au Salon de 1822 et une toile de sujet identique nous incite à corriger l’hypothèse émise dans le catalogue. Il est peu probable que cette toile soit celle reproduite par la gravure. Un examen attentif montre trop de différence. Il s’agit plutôt d’une autre noce : si plusieurs personnages sont repris de manière presque littéral, les mariés eux-mêmes sont clairement distincts. Ces deux œuvres montrent que l’artiste devait réutiliser certaines compositions à succès en les adaptant légèrement.

5. Pierre Duval Le Camus (1790-1854)
Le retour de la pêche
Salon de 1842
Huile sur toile - 65 x 81 cm
Saint-Vaast-la-Hougue, Musée Maritime de l’Ile de Tatihou
Photo : P. Y. Le Meur
Photo : C2RMF

4. Pierre Duval Le Camus (1790-1854)
Un piferrari donnant une leçon à son fils
Salon de 1845
Huile sur toile - 49,5 x 61 cm
Paris, Musée du Louvre
Demeure en dépôt à l’Assemblée Nationale
contre toutes les règles en vigueur
Photo : C2RMF


Deux autres œuvres méritent d’être signalées. La première est une acquisition récente (2007), dont nous n’avions pas parlé, du Musée Maritime de l’Ile Tatihou (ill. 4). La seconde est une très belle scène de la campagne romaine représentant Un pfifeffari donnant une leçon à son fils (ill. 5), encore un tableau déposé par le Louvre à l’Assemblée Nationale et qui nous avait échappé dans notre article Le Musée caché de la République.

6. Jules-Alexandre Duval Le Camus (1814-1878)
Saint Côme et saint Damien guérissant des malades
Salon de 1852
Huile sur toile - 325 x 130 cm
Luzarches, église Saint-Côme et Saint-Damien
Photo : Conseil Général du Val d’Oise

7. Jules-Alexandre Duval Le Camus (1814-1878)
Le Christ portant sa Croix, 1841
Huile sur toile - 130 x 101 cm
Amiens, cathédrale Notre-Dame
Photo : Y. Medmoun


8. Jules-Alexandre Duval Le Camus (1814-1878)
Macbeth et les sorcières
Salon de 1855
Huile sur toile - 166,5 x 205 cm
Rouen, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musées de la Ville de Rouen

Si Pierre est donc un artiste de réel mérite, notre goût pour la peinture d’histoire nous fait préférer son fils Jules-Alexandre, qui exerça son art dans un genre résolument différent. Presque exclusivement peintre religieux, il exécuta de nombreux grands formats pour les églises françaises. L’un d’entre eux a trouvé son chemin vers le Musée des Avelines et tient de justesse dans la salle. Ce Saint Côme et saint Damien guérissant les malades (ill. 6), exposé au Salon de 1852, dont la composition semble marquée par la peinture française du XVIIe siècle, montre en arrière-plan un savoureux paysage orientaliste. Le reste de sa production est évoquée ici par des esquisses ou des petits formats, dont un élément du chemin de Croix de la cathédrale d’Amiens (ill. 7). Dans l’escalier menant au premier étage, on admirera un tableau appartenant au Musée des Beaux-Arts de Rouen, restauré à l’exposition, autre conséquence heureuse de ce genre de manifestation. Ce Macbeth et les sorcières (ill. 8), proche de Chassériau qui traita le même sujet, ne pouvait en raison de son état être exposé dans son musée. Il sera déposé à Saint-Cloud pendant plusieurs années.


9. Jules-Alexandre Duval Le Camus (1814-1878)
L’Apothéose de saint Cloud
Huile sur toile marouflée
Saint-Cloud, église Saint Clodoald
Photo : Didier Rykner

10. Jules-Alexandre Duval Le Camus (1814-1878)
Saint Cloud construit son monastère
Huile sur toile marouflée
Saint-Cloud, église Saint Clodoald
Photo : Didier Rykner


11. Jules-Alexandre Duval Le Camus (1814-1878)
Saint Cloud construit son monastère, 1841
Huile sur toile - 30,4 x 19,8 cm
Albuquerque, University of New Mexico Art Museum
Photo : Beaussant Lefèvre

Les visiteurs de l’exposition devront impérativement se rendre dans l’église de Saint-Cloud, qui conserve in situ dans son chœur le plus important décor réalisé par Jules Alexandre Duval Le Camus (ill. 9 et 10). Ces cinq tableaux marouflés sur toile, surmontés de figures allégoriques peintes directement sur le mur, représentent des scènes de la Vie de saint Cloud. Les esquisses préparatoires (ill. 11) sont passées, anonymes et comme Scènes de la vie de saint Bernard, dans la vente Ciechanowiecki à Drouot en 2002. Attribuées très récemment, elles n’ont malheureusement pas pu être présentées [2].
On peut féliciter sans réserves la municipalité de Saint-Cloud de permettre l’organisation d’une telle exposition. Espérons qu’elle prendra rapidement la décision de restaurer les peintures de l’église. Leur état n’est pas encore trop mauvais mais des infiltrations ont affecté certains éléments et pourraient à terme menacer leur intégrité. Plus l’on attendra, plus le coût sera important. Le patrimoine de la ville a trop souffert dans les années 70 (1870 et 1970...) pour qu’elle puisse se permettre de perdre encore un de ses fleurons.

La préparation de l’exposition a permis de faire resurgir plusieurs tableaux dont l’un, Le petit maraudeur, exposé au Salon de Lyon de 1844/45 a même été ajouté quelques jours avant l’ouverture, l’excluant de fait du catalogue. Celui-ci contient d’excellents essais mais aucune notices des œuvres exposées ce qui peut se justifier par le projet de publier très bientôt les deux catalogues raisonnés de Pierre et de Jules-Alexandre Duval Le Camus. Le musése compte donc poursuivre vaillamment sa politique de mise en valeur de ses collections et de la découverte de l’histoire de Saint-Cloud.

Sous la direction d’Emmanuelle Le Bail, avec Jessica Volet, Les Duval Le Camus peintres de père en fils, 2010, Musée des Avelines, 126 p. ISBN n. c.


Informations pratiques : Musée des Avelines, 60, rue Gounod, 92210 Saint-Cloud. Tél : + 33 (0)1 46 02 67 18. Ouvert du samedi au dimanche de 14 h à 18 h et du mercredi au vendredi de 12 h à 18 h. Tarif : entrée gratuite.


Didier Rykner, jeudi 29 avril 2010


Notes

[1] Il est possible de s’y rendre rapidement par train, à partir de la gare Saint-Lazare.

[2] Ces esquisses, non vendues en 2002, ont été offertes par Andrew Ciechanowiecki au University of New Mexico d’Albuquerque.



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