Les dix raisons pour lesquelles le Louvre-Lens est un mauvais projet


JPEG - 6.2 ko
Photo : Kazuyo Sejima Ryue Nishizawa/ Sanaa, Tim Culbert
Celia Imrey/Imrey Culbet, Catherine Mosbach

Vendredi 3 décembre, la première pierre du Louvre-Lens sera posée par le ministre de la Culture. Nous n’avons pas parlé de ce projet depuis novembre 2008 (voir article). Hélas, même lentement, il avance. Rappelons sans plus les développer, et pour ceux qui auraient manqué la polémique, les dix raisons pour lesquelles ce projet est excessivement mauvais :

1. Les vraies antennes du Louvre sont les musées de province, dont certains ont des dépôts du Louvre qu’ils ne peuvent même pas exposer ; plutôt que de créer un nouveau musée, il aurait mieux fallu aider ceux déjà existants.

2. Lens est loin d’être un désert culturel : Lille est à une demi-heure de train, Arras à un quart d’heure. Soit deux des plus riches musées en France. Arras a encore en réserve de grands Mays qu’il ne peut exposer.

3. La multiplication des expositions (Lens, Abou Dhabi, le Louvre lui-même plus les autres partenariats) va accaparer une grande partie du temps des conservateurs, au détriment des collections permanentes.

4. Ces multiples expositions à Lens et à Abou Dhabi vont entraîner de nombreux transports inutiles d’œuvres, ce qui est risqué et difficilement admissible lorsque la raison du déplacement est discutable.

5. Le coût pour la ville de Lens et la région Nord est très élevé ; compte-tenu de la situation économique, peut-être cet argent aurait-il pu être dépensé de manière plus utile. Bien sûr ce projet a déjà gravement dérapé sur le plan financier. D’un coût de 100 millions d’euros d’investissement et 10 millions de charges de fonctionnement, on est aujourd’hui passé respectivement à 150 millions et 15 millions, soit 50% d’augmentation.

6. Les autres musées du Nord-Pas-de-Calais voient leurs budgets diminuer, car il faut payer le Louvre-Lens.

7. Paris est bien plus facile d’accès à partir de Bordeaux, Pau, Montpellier, Toulouse, Grenoble, Lyon, Dijon, Rennes, Cherbourg... que ne l’est Lens ; la France étant, de par son histoire, un pays centralisé, il sera beaucoup plus difficile pour les habitants des autres régions de se rendre à Lens qu’à Paris, ce qui les privera de nombreuses œuvres, pendant de longues durées.

8. La collection du Louvre ne peut être dépecée comme si elle n’avait pas une cohérence. Il est question par exemple d’envoyer Monsieur Bertin d’Ingres à Lens pendant plusieurs années. Ce tableau - et bien d’autres - manquera évidemment aux cimaises du Louvre.

9. De très nombreuses collections sont en déshérence dans les musées français ; s’il fallait vraiment créer un nouveau musée à Lens, celui-ci aurait pu exposer des œuvres importantes tout en les sauvant, sans priver le Louvre de ses collections.

10. La seule raison pour laquelle le Louvre-Lens a été créé est politique ; il fallait montrer que l’on décentralise. On ne devrait jamais faire de musées pour des raisons politiques.


Didier Rykner, jeudi 3 décembre 2009





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Musées : Musées en danger (1) : Auxerre

Article suivant dans Musées : Interview de Philippe Laporte et Yannick Pellegrin