Les deux plus célèbres Titien du Duc de Sutherland sont à vendre


28/8/08 – Musées – Edimbourg, National Gallery of Scotland et Londres, National Gallery – Les collections particulières du Royaume-Uni demeurent très riches en chefs-d’œuvre de la peinture occidentale, parfois déposés à long terme dans les musées britanniques. Depuis quelques années, ceux-ci font face à un défi majeur : le souhait de leurs propriétaires (souvent des membres de l’aristocratie), de s’en séparer au plus haut prix. Nous avions déjà évoqué ici (voir brève du 12/7/07) le Duc de Rutland désireux de vendre sa série des Sacrements de Poussin (qu’il a, pour l’instant, décidé de maintenir en prêt à la National Gallery de Londres), l’Earl of Halifax un Portrait d’homme de Titien (à notre connaissance, le tableau est toujours proposé par Dickinson), et feu Viscount Hampden une esquisse de Rubens pour le plafond de Banqueting Hall (une souscription, sur le point d’aboutir favorablement, a été lancée par la Tate Gallery).


Tiziano Vecellio, dit le Titien (1489/1490-1576)
Diane et Actéon, 1556-1559
Huile sur toile - 184,5 x 202,2 cm
Collection du Duc de Sutherland, en dépôt
à la National Gallery of Scotland
Photo : National Gallery of Scotland

Tiziano Vecellio, dit le Titien (1489/1490-1576)
Diane et Callisto, 1556-1559
Huile sur toile - 187 x 204,5 cm
Collection du Duc de Sutherland, en dépôt
à la National Gallery of Scotland
Photo : National Gallery of Scotland


C’est au tour du Duc de Sutherland de vouloir céder quelques-uns des principaux fleurons de sa collection. Celle-ci, de tout premier plan, est exposée depuis 1945 à la National Gallery of Scotland. On y trouve notamment, outre la seconde série des Sacrements de Poussin, un Autoportrait de Rembrandt et trois Raphaël (La Sainte Famille au palmier, La Madone Bridgewater et la Sainte Famille rencontrant saint Jean-Baptiste - ce dernier avec participation de l’atelier).
Si en 1984, le musée écossais avait déjà pu acquérir quatre œuvres [1] et en 2003 un Titien, Vénus Anadyomène), le challenge est aujourd’hui d’une toute autre dimension [2].
Souhaitant que sa collection demeure au Royaume-Uni, le duc a cependant proposé aux National Galleries de Scotland et de Londres d’acquérir ensemble ses deux plus célèbres Titien, Diane et Actéon (ill. 1) et Diane et Callisto (ill. 2) peints par l’artiste pour le roi Philippe II d’Espagne [3], à un prix « préférentiel ». Le premier devra d’abord être acquis (pour 50 millions de livres tout de même) puis, dans un délai de quatre ans, le second pourra être acheté pour un montant identique. A ces conditions, le duc promet de laisser le reste des œuvres en prêt à long terme à la National Gallery of Scotland (pendant au moins 21 ans selon The Scotsman daté d’aujourd’hui). A défaut, il disposera de ces deux tableaux et peut-être d’autres pour les vendre éventuellement à l’étranger.

On doit espérer, bien sûr, que cette affaire se termine favorablement. Cependant, la solution retenue, qui prévoit l’exposition des pendants alternativement à Londres et à Edimbourgh, n’est pas satisfaisante. L’augmentation des prix des œuvres d’art implique ainsi de plus en plus souvent, notamment au Royaume-Uni et aux Etats-Unis - pas encore en France heureusement - l’achat à parts égales par deux établissements d’œuvres majeures, imposant ainsi des déplacements permanents et risqués [4].

English version


Didier Rykner, jeudi 28 août 2008


Notes

[1] Lorenzo Lotto, Vierge à l’enfant avec des saints ; Tintoret, Le Christ porté au tombeau ; Gerrit Dou, Intérieur avec un jeune violoniste et Jan Steen, Une école pour garçons et filles.

[2] Outre les tableaux déjà cités et les deux Titien dont il est question ici, les dépôts du Duc actuellement conservés à Edimbourg sont un huitième Poussin, Moïse frappant le rocher, un Gerard Ter Borch, un Portrait de jeune homme de Van Dyck, un Paysage avec une vue de Bergkerk, Deventer par Meindert Hobbema, un Portrait d’un vénitien de Tintoret, deux autres Titien (La Vierge et l’Enfant avec saint Jean-Baptiste et un saint non identifié et Les Trois âges de l’homme), un Rubens (Mercure portant Psyché dans ses bras) et une Vierge à l’enfant avec le jeune saint Jean-Baptiste et saint Joseph de Bonifazio Véronèse, ainsi que deux ateliers et un suiveur de Rembrandt, une copie d’après Raphaël et un portrait de vieille femme de l’école hollandaise.

[3] Une esquisse ou un ricordo du Diane et Callisto était exposé galerie Canesso à Paris en 2005 (voir brève du 27/9/05).

[4] C’est le cas par exemple des Trois Grâces de Canova, partagées entre le Victoria & Albert Museum et la National Gallery de Scotland. On imagine les dangers que court ce grand marbre, transporté d’un musée à l’autre tous les trois ans environ.



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