Les dernières acquisitions du musée de Limoges


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1. Atelier de Jean Court, Limoges, 1614-1620
Alof de Wignacourt devant le Christ.
La fuite des Ottomans

Émail peint polychrome et rehauts
d’or - 28,5 x 19 cm
Limoges, Musée des Beaux-Arts
Photo : SGL

1/6/16 - Acquisitions - Limoges, Musée des Beaux-Arts - « Je recognoy Seigneur de tes dons l’efficace / D’un liberal arbitre il t’a plu m’animer... ». Ainsi Alof de Wignacourt remercia-t-il Dieu en 1614 pour l’avoir aidé à mettre en fuite les Ottomans ; ce fut d’ailleurs leur dernière tentative de conquérir Malte. Il est représenté à genoux devant le Christ en croix, sur une plaque émaillée - sans doute un ex-voto - que le Musée des Beaux-Arts de Limoges a préemptée pour 21 000 euros lors de la vente du 24 avril dernier organisée à Saint Germain-en-Laye, avec l’expertise de Pierre-Richard Royer (ill. 1). À l’arrière-plan, la flotte ottomane s’éloigne sur une mer agitée et sous un ciel sombre percé d’un rayon de soleil. Les diverses inscriptions en lettres d’or et les armoiries ne laissent aucun doute sur le sujet de la composition ni sur l’identité de celui qui fut Grand Maître de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem de 1601 à 1622. Il est d’autant plus reconnaissable que l’on conserve plusieurs portraits de lui, le plus célèbre ayant été peint par le Caravage, qu’Alof de Wignacourt accueillit à Malte en 1607.
Comme le souligne Véronique Notin, si les Hospitaliers ont fréquemment fait appel aux émailleurs de Limoges au cours du Moyen Age, on ne connaissait pas jusqu’à ce jour de commande aussi tardive. En outre, il s’agit d’un rare exemple d’émail en lien avec un événement historique de cette époque. On en trouve d’autres exemples au siècle précédent, notamment la plaque ovale attribuée à Léonard Limosin illustrant le Siège de Calais par le duc de Guise.
La signature IC est la marque de l’atelier Jean Court, mentionné dans les archives entre 1541 et 1627 ; différents émailleurs s’y sont succédé sans que l’on puisse attribuer plus précisément les œuvres qui y furent produites.


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2. Atelier de Francis Chigot (1879-1960)
Prélude à l’’après-midi d’un faune, 1934
Vitrail - 70 x 70 cm et 70 x 150 cm
Limoges, Musée des Beaux-Arts
Photo : BAL
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3. Vue de la galerie Chigot
au Musée des Beaux-Arts de Limoges
Photo : BAL

Du Christ en émail du XVIIe, on passe au faune en vitrail du XXe siècle, autre acquisition récente du musée. Un grand triptyque fut en effet réalisé par l’atelier Chigot de Limoges en 1934 pour la résidence de campagne de Gérard Serpaut, qui fut porcelainier à la suite de son père Charles (ill. 2). Le vitrail a été donné par l’actuel propriétaire de la maison, avant la mise en vente de celle-ci. Sur le panneau central, deux nymphes nues se trouvent près d’une rivière bordée d’arbres ; à droite un faune les observe ; à gauche deux maisons isolées sur une colline. Les couleurs restreintes - blanc, jaune, orange rouge, quelques rehaut de verts et de bleus - accentuent l’effet de simplicité. Le sujet est probablement tiré du Prélude à l’après midi d’un faune de Claude Debussy, qui s’est lui-même inspiré d’un poème de Mallarmé. Chigot a plusieurs fois emprunté à l’œuvre du compositeur, en témoigne le Jardin sous la pluie
On ne sait si ce vitrail répond à une demande précise du commanditaire ou s’il est l’invention du verrier, on ne sait pas non plus s’il a été réalisé par Chigot lui-même ou par Pierre Parot, peintre de l’atelier. Le musée possède plusieurs vitraux qui illustrent l’évolution stylistique de l’atelier disposés dans une galerie spectaculaire (ill. 3).


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4. Profession de foi d’une dominicaine
Jean-Baptiste Nouailher, Limoges, 1752
Plaque en émail peint polychrome - 14,5 x 15 cm
Limoges, Musée des Beaux-Arts
Photo : Tessier et Sarrou

Les Amis du Musée de Limoges ont, quant à eux, offert une plaque en émail peint polychrome de Jean-Baptiste Nouailher, achetée dans la vente organisée le 11 mai dernier à Drouot par l’étude Tessier et Sarrou (ill. 4). Quatre anges tiennent un cartel sur lequel est écrite la profession de foi d’une dominicaine, Sœur Suzanne de l’Heulie au monastère du Saint-Rosaire d’Agen. Cette profession est datée de 1752. La palette de couleurs claires et sa sous-couche blanche sont assez caractéristiques des émaux tardifs, qui sont rarement datés. Elle permet de montrer que cette technique est toujours en vogue à l’époque et qu’une clientèle hors de Limoges continue au milieu du XVIIIe siècle à passer des commandes aux ateliers. Elle rejoint au musée plusieurs émaux de la famille Nouaiher.


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5. Commode Louis XV
estampillée Louis Claude Pierre, reçu maître le 13 août 1767
Bois et Bronze - 85,5 x 102 x 52 cm
Limoges, Musée des Beaux-Arts
Photo : Tessier et Sarrou
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6. Suzanne Lalique (1892-1989)
La Garçonnière, 1933
Huile sur toile - 73 x 61 cm
Limoges, Musée des Beaux-Arts
Photo : BAL

Enfin, une commode Louis XV estampillée Louis-Claude Pierre a été achetée le 5 décembre 2015 lors de la vente dirigée par Christophe Sabourin à Châtellerault (ill. 5). Son intérêt vient avant tout de sa provenance puisqu’elle a appartenu à Charles Haviland, puis à Suzanne Lalique et faisait partie de la succession du fils de celle-ci. Elle apparaît dans un tableau de Suzanne conservé au musée (ill. 6) : La Garconnière ou les Cravates - celles de Paul Morand - sortent en effet des tiroirs de la commode, dans un cadrage resserré et dynamique. Une exposition montrait les multiples talents de l’artiste (voir l’article).


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 1er juin 2016





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