Les dernières acquisitions du Clark Institute


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1. Manufacture de Vienne
Peinture d’Ignaz A. Bottengruber (actif en 1721–1736)
Tasse et sous-tasse, vers 1726–1730
Porcelaine dure, Schwartzlot, or -
Tasse : H. 4,4 D. 9,8 cm, sous-tasse : D. 12,7 cm
Williamstown, Clark Art Institute
Photo : Clark Art Institute

25/10/11 - Acquisitions – Williamstown, The Sterling and Francis Clark Institute - C’est une politique d’acquisitions dynamique qu’a menée le Clark Institute ces quatre dernières années, enrichissant ses collections d’objets d’art, de sculptures, de dessins et de peintures (voir le dernier article sur le sujet). Les arts du feu, tout d’abord, sont évoqués par une tasse et sa sous-tasse en porcelaine dure (acquises en 2009), dotées d’un décor de bataille en grisaille, qui furent réalisées vers 1726-1730 par la manufacture de Vienne fondée par Claudius Innocentius du Paquier en 1718 (ill. 1). Rivale de Meissen, elle devint manufacture d’État après sa vente à l’impératrice Marie-Thérèse en 1744.
Un portrait de Louis XV en faïence fine - technique inventée au XVIIIe siècle - fut sans doute élaboré par la manufacture de la rue de Charenton d’après un modèle de Jean-Baptiste II Lemoyne (ill. 2). La manufacture fut créée en 1743 rue de Charenton, puis transférée Pont-aux-Choux en 1749, avant de fermer en 1788. Portraitiste attitré du Bien Aimé, Lemoyne propose ici un portrait élégant, animé par le mouvement du drapé, certes plus sage que celui de Louis XIV par le Bernin. On connaît quelques exemplaires de cette œuvre, notamment au Musée national de la céramique ou au Getty qui conserve aussi son pendant : le buste de Marie Leszczy ?ska.


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2. D’après Jean-Baptiste II Lemoyne (1704–1778)
Manufacture de la rue de Charenton, Paris
Portrait de Louis XV, vers 1745
Faïence fine - H. 57,5 cm
Williamstown, The Clark Art Institute
Photo : The Clark Art Institute
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3. Jean-Baptiste Carpeaux (1827–1875)
Mater dolorosa, 1870
Marbre - 34 x 70 x 49 cm
Williamstown, The Clark Art Institute
Photo : The Clark Art Institute

C’est une autre Marie dans une autre matière que représente Carpeaux : sculptée dans le marbre une Mater dolorosa (acquise en 2007) fut exposée au Salon de 1870 (ill. 3). Le plâtre original se trouve au Petit Palais de Paris et l’on connaît différentes versions en bronze, terre cuite et plâtre, notamment au Musée national de Stockholm, aux musées des Beaux-Arts de Bordeaux et de Nancy, ou encore à Notre-Dame de La Garde à Marseille. Le sculpteur traite un sujet religieux avec réalisme, donnant à la Vierge un visage émacié et des yeux creusés. Il se serait inspiré d’une femme qu’il aurait rencontrée dans la rue alors qu’elle venait de perdre son enfant. Il semble avoir également regardé la Madone de Bouchardon à Saint-Sulpice, reprenant le drapé et accentuant fortement le mouvement de la tête dans une contorsion douloureuse.


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4. Pierre-Eugène-Emile Hébert (1828–1893)
Honoré de Balzac, 1877
Plâtre et terre cuite - H. 101 cm
Williamstown, The Clark Art Institute
Photo : The Clark Art Institute
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5. Claude Monet (1840–1926)
Caricature d’un homme avec une
tabatière
, vers 1858-1859
Fusain, rehauts de craie blanche - 58,8 x 33 cm
Williamstown, The Clark Art Institute
Photo : The Clark Art Institute

Le très beau portrait en plâtre d’Honoré de Balzac, vif et massif à la fois, est dû à Pierre-Eugène-Emile Hébert et a été acquis en 2009 (ill. 4). Commandé bien après la mort de l’écrivain par Alexandre Houssiaux, son éditeur, ce buste fut exposé au Salon de 1877 avant d’orner la librairie d’Houssiaux qui en offrait une version réduite à tout acheteur de l’œuvre complète balzacienne. Le bas-relief du socle illustre un chapitre de l’essai truculent de Balzac sur La Physiologie du mariage, plus précisément sur sa théorie du lit. Un buste rétrospectif en terre cuite de cette œuvre est conservé au High Museum of Art d’Atlanta (voir l’article).


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6. Bartolomeo Pinelli (1781–1835)
La Mort d’Almon et de Galèse, 1812
Plume, encre brune et grise - 61.3 x 88 cm
Williamstown, The Clark Art Institute
Photo : The Clark Art Institute
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7. Bartolomeo Pinelli (1781–1835)
La Mort d’Epaminondas, 1812
Plume, encre brune et grise - 61.3 x 89 cm
Williamstown, The Clark Art Institute
Photo : The Clark Art Institute

Quelques feuilles intéressantes ont également rejoint les collections du Clark Institute ; ainsi ce fusain rehaussé de craie blanche, représentant un homme avec une tabatière, vers 1858-1859, rappelle que le jeune Monet commença par réaliser des caricatures sous le nom d’Oscar Monet (ill. 5). Les lavandières de Tivoli, les gendarmes de Naples, le marché ou le carnaval… Bartolomeo Pinelli est connu pour ses dessins et ses gravures parfois satiriques représentant les sites, les coutumes et les costumes d’Italie. Il s’intéressa aussi à la mythologie, choisissant d’interpréter des épisodes peu connus, voire obscurs, dans des compositions entre néoclassicisme et romantisme. Il exécuta notamment une série d’illustrations pour une nouvelle traduction en vers de l’Enéide en 1811, et l’on pense que le grand dessin conservé au Clark Institute, très fini, fut exécuté par l’artiste a posteriori, d’après ses propres œuvres graphiques (ill. 6).

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8. Horace Vernet (1789–1863)
Bonaparte à la bataille d’Aboukir, années 1810
Craie noire, crayon et encre brune - 44,5 x 59,7 cm
Williamstown, The Clark Art Institute
Photo : The Clark Art Institute

Il décrit ici un passage de la guerre du Latium provoquée par Junon, que l’on aperçoit au second plan sur son char, opposant les Troyens aux Latins. Pinelli dessine le jeune Almon et le vieux Galèse tués lors de la bataille et dont la mort ne fit qu’envenimer la guerre. Un autre dessin de l’artiste raconte La Mort d’Epaminondas (1812) (les deux œuvres ont été acquises en 2009) : blessé, le général thébain fait preuve de virtus en retirant l’épée de sa poitrine, sachant que ce geste provoquerait sa mort (ill. 7).
Autre général, autre guerre : Bonaparte est représenté à la bataille d’Aboukir en 1799 par Horace Vernet (ill. 8) dans une feuille qui met en scène la confrontation du vainqueur et du vaincu, Bonaparte à cheval toisant Mustapha Pacha, blessé mais impassible, soutenu par des soldats, tandis qu’autour de lui les Turcs ottomans implorent la clémence des troupes françaises. Le Clark possède aussi le pendant de ce dessin (les deux ont intégré les collections en 2008) illustrant un autre épisode de la campagne d’Egypte : Bonaparte pardonnant aux révoltés du Caire. Là encore, le grand format de ces deux feuilles et leur aspect très fini suggèrent qu’il s’agit d’œuvres indépendantes et non de dessins préparatoires.


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9. Eugène Isabey (1803–1886)
Falaises, 1810–1886 Huile sur panneau - 37,5 x 30,5 cm
Williamstown, The Clark Art Institute
Photo : The Clark Art Institute
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10. Théodore Rousseau (1812-1867),
La Ferme dans les Landes, 1844-1867
Huile sur toile - 64,8 x 99,1 cm
Williamstown, Sterling and Francine Clark Art Institute
Photo : Clark Art Institute

Pour finir, les peintures acquises par le Clark varient largement du maniérisme à Barbizon, selon les opportunités du marché de l’art et la générosité des collectionneurs. En 2009 sont entrées au musée les falaises de Normandie vues par Eugène Isabey (ill. 9) ainsi qu’une ferme dans les Landes, très beau tableau de Théodore Rousseau (ill. 10) qu’on a pu admirer à Maastricht sur le stand de la Matthiesen Gallery et qui fut récemment exposé à Giverny (voir l’article).


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11. Panneau pour le Salon de Musique
de Henry G. Marquand, vers 1883-1884
Dessin de Sir Lawrence Alma-Tadema
Réalisation par Johnstone, Norman & Co., Londres
Genévrier, ivoire, buis, ébène, ormeau - 21 x 52,1 x 2,5 cm
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12. Giuseppe Cesari dit le Cavalier d’Arpin (1568–1640)
Persée et Andromède, 1594/1595
Huile sur panneau - 52,5 x 38 cm
Williamstown, Clark Art Institute
Photo : Clark Art Institute

Acquis en 2010, un panneau conçu par Sir Lawrence Alma-Tadema vers 1883-1884 donne une idée du mobilier que l’artiste conçut pour le salon de musique de Henry G. Marquand, riche industriel et président du Metropolitan. De cet ensemble, le Clark conserve un piano à queue et un tabouret de piano ; ce panneau semble être un échantillon destiné à montrer au commanditaire la qualité et la beauté du mobilier à venir (ill. 11).
Mais l’année 2010 mit surtout à l’honneur la peinture d’histoire, italienne, des XVIe et XVIIe siècles, avec notamment un tableau du Cavalier d’Arpin représentant Persée et Andromède (vers 1594-1595), bel exemple de ces petits formats que le peintre, alors au faîte de sa gloire, réalisait pour les amateurs (ill. 12).


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13. Giovanni Battista Cremonini (vers 1550- vers 1610)
L’Agonie au jardins des oliviers, vers 1595
Huile sur panneau - 42,2 x 32 cm
Williamstown, The Clark Art Institute
Photo : The Clark Art Institute
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14. Giovanni Battista Cremonini (vers 1550- vers 1610)
Crucifixion, vers 1595
Huile sur panneau - 42,2 x 32 cm
Williamstown, The Clark Art Institute
Photo : The Clark Art Institute

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15. Alessandro Turchi (1578-1649)
La Lamentation sur le corps du Christ, vers 1615-1620
Huile sur pierre de touche - 25 x 35 cm
Williamstown, The Clark Art Institute
Photo : galerie Aaron

De ces mêmes années date une œuvre de Giovanni Battista Cremonini, peintre actif à Bologne, représentant au recto L’Agonie du Christ au jardin des Oliviers (ill. 13) et au verso la Crucifixion (ill. 14). Le chemin de croix se poursuit avec le Véronais Alessandro Turchi qui joue du clair-obscur pour mieux traduire la Lamentation sur le corps du Christ mort (ill. 15), scène dont la Vierge est étrangement exclue. Peint en 1615-1620 ce tableau fut acquis en 2011 auprès de la galerie Aaron qui l’avait exposé à la Biennale des Antiquaires (voir l’article) et à Maastricht. Espérons que le Salon Paris-Tableau, qui débute la semaine prochaine, attire lui aussi les musées, français si possible.

English Version


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 26 octobre 2011





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